MARIAGE
dont quelques femmes maintiennent les jambes. Après une feinte résistance des deux parts, le fiancé s'assoit sur les genoux de sa belle. Alors on allume des torches pour que tous les assistants puissent constater que la cérémonie a été régulièrement accomplie. Enfin le chef déclare les jeunes gens dûment mariées, et ils se retirent dans une hutte préparée d'avance. Là, dit M. Man, ils passent plusieurs jours sans s'adresser une parole, sans même se regarder, recevant les provisions et les présents de toute sorte qu'on s'empresse de leur apporter, et ont bientôt monté leur ménage. Enfin le nouveau couple rentre dans la vie ordinaire ; et, alors seulement, le mariage est célébré par une danse à laquelle prend part la communauté entière, à l'exception des jeunes époux.
Ces unions sont heureuses. « Les femmes, dit M. Man, sont des modèles de constance, et les maris ne leur cèdent guère sur ce point. » Bien loin que-la femme soit esclave, comme on l’a dit, les deux époux vivent sur le pied d’une égalité parfaite ; leurs rapports mutuels sont empreints de courtoisie et d'affection; chacun d'eux a sa tâche particulière, mais n’en est pas moins prêt à aider l'autre au besoin. En somme, conclut M. Man, la considération et le respect avec lesquels sont trai- tées les femmes mincopies pourraient être imités avec avantage par certaines classes de nos propres populations.
Il n’est pas défendu de convoler en secondes
150 CARACTÈRES DES MINCOPIES
noces, et même le mariage de la veuve d’un frère ainé avec le frère cadet de son mari est presque obligatoire. Toutefois on respecte profondément le veuf ou la veuve qui témoigne son affection au défunt en vivant seul et chastement. II n’est pas rare de voir des hommes, mêmes jeunes, rester ainsi fidèles au souvenir de leur compagne pendant plusieurs années ou même durant leur vie entière.
La mère allaite ses enfants tant qu’elle a du lait. Par suite la fonction de la lactation, entretenue par l'exercice, passe pour ainsi dire à l’état chronique, et il n’est pas rare de voir les deux frères cadets se partager les seins de la mère.
Ces enfants sont tendrement aimés, et pourtant il est rare qu'ils restent chez leurs parents au delà de la sixième ou septième année, par suite du développement qu'a pris dans ces îles la coutume des adoptions. Tout homme marie, reçu dans une famille, demande, à titre de remerciement et de témoignage d’amitié, l'autorisation d'adopter un des enfants de la maison. La requête est habituellement accueillie et l’adopté change de demeure. Les parents vont le voir souvent, mais ne peuvent le prendre chez eux, même temporairement, qu'avec la permission du père nourricier. Celui-ci peut d’ailleurs disposer de son fils adoptif comme des siens propres et le céder à un nouvel adoptant.
On a dit des Mincopies qu'ils n'ont pas de nom propre. Tout au contraire, ils se désignent entre