‹ Les pygméesChapitre 6 sur 139 · ARISTOTE · texte numérisé non relu

ARISTOTE

oiseaux ne rencontrent leurs ennemis qu’après avoir traversé la mer pour échapper aux rigueurs de la mauvaise saison, il est évident que c’est quelque part en Afrique que le poëte plaçait la demeure de ces nains, supposés trop petits et trop faibles pour résister à leurs envahisseurs ailés.

Quoiqu'il ait parlé des Pygmées à propos de l'histoire naturelle des grues, Aristote ne dit rien des prétendues luttes qui ont fourni à Homère son terme de comparaison.On peut affirmer qu’il n'y a pas cru. Voici comment il s'exprime : «.Les grues passent des plaines de la Scythie aux marais de la haute Égypte, vêrs les sources du Nil. C’est ce canton qu'habitent les Pygmées, dont l’existence n'est point une fable. C’est réellement comme on le dit une espèce d'hommes de petite stature, et leurs chevaux sont petits aussi. Ils passent leur vie dans des cavernes‘. »

Sans être aussi explicite qu’on pourrait le dé- Sirer, Aristote fait ici justice des exagérations relatives à la prétendue taille des Pygmées. Il y a loin d'hommes de pete stature à des miniatures d'êtres humains chez lesquels les grues peuvent

porter le carnage et la mort. Sur les autres points, le fondateur des sciences naturelles est, pourrait-on

grue par les anciens l'oiseau de Lybie aussi bien que l'oiseau de Scythie. (Buffon, Histoire des Oiseaux ; la grue.) 4 Aristote, AHisloire des animaux, traduction de Camus, p. 485.

Paris 1785.

ë Fe AN EN à Ce TR #4 et

dire, sur la voie de la vérité, telle qu'elle nous apparaît aujourd'hui.

C'est vers les sources du Nil qu'il place l’habitat des Pygmées. C’est en effet en marchant à peu près dans la direction générale de ce fleuve que Schweinfurth a découvert les petits hommes dont nous parlerons plus loin. Toutefois Aristote place ces sources au milieu de marais situés dans la haute Égypte. Nous savons, mais depuis bien peu d’années, que c'était là raccourcir singulièrement le cours du Nil. Ces marais existent en effet. Tous les explorateurs de ces contrées ont insisté sur les difficultés qu'ils ont éprouvées pour traverser l'inextricable dédale de canaux, encombrés par les îles tantôt fixes, tantôt flottantes, que forme le Seff, véritable barrière végétale, dont le papyrus‘ et l’ambatch * forment, pour ainsi dire, la charpente, et que consolident des végétaux plus humbles, surtout la pistie (Pisfia stratiotes, Linné), comparée par les voyageurs à un

1 Papyrus domestica, Linné. Ce végétal si justement célèbre paraît avoir été autrefois abondant dans toute l'Égypte. Dans ses Letfres sur l'Éeypte, Savary assure en avoir vu encore une forêt près de Damiette. (Poiret, Dictionnaire des sciences naturelles, art. PAPyrus.) Pourtant Schweinfurth l'a vu pour la première fois sur les bords du Nil par 9° 30’ de latitude nord. (Au cœur de l'Afrique, p. 97.)

2? Herminisria, Adanson ; Ædemone mirabilis, Kotschy.Ce végétal, qui atteint 15 à 20 pieds de hauteur sur 5 ou 6 centimètres de diamètre à la base, est remarquable par l'extrême légèreté de son bois. Il est bien moins pesant que le liège. Un homme charge sur l'épaule un radeau capable de porter huit personnes.

Page 1