‹ Les pygméesChapitre 71 sur 139 · NOURRITURE · texte numérisé non relu

NOURRITURE

ges; les abeilles fournissent du miel en abondance. A ces trois mets, qui constituent le fond de leur régime, s'ajoutent quelques mammifères ou reptiles plus rarement capturés, divers oiseaux, plusieurs fruits et racines comestibles. Cette abondance de ressources naturelles fait très bien comprendre comment cette population intelligente et industrieuse n’a jamais éprouvé le besoin de domestiquer un animal, de cultiver une plante; comment elle ne connaît pas même l'espèce de jardinage et les cultures élémentaires que l’on a rencontrées chez toutes ses sœurs du continent et des archipels orientaux.

À la question de nourriture se rattachent un certain nombre de Superstitions, aboutissant toutes à un veritable fabou. J'ai déjà signalé quelques faits de ce genre, mais ilen est de plus frappants. Ainsi il est certains fruits, certaines racines dont les Mincopies s’abstiennent à des saisons déterminées, pour obéir aux prescriptions de leur Dieu suprême, Puluga. N s’agit donc bien ici d’une véritable pratique religieuse.

La chair du dugong et du marsouin est défendue a tout individu qui n’a pas accompli les cérémonies de l'initiation dont j'ai parlé plus haut. La femme enceinte et son mari doivent aussi s'abstenir de certains mets. En outre, chaque individu s’interdit, pendant sa vie entière, l'usage d’un aliment déterminé (yattab). Une pratique semblable a été signalée chez certaines tribus américaines.

180 CARACTERES DES MINCOPIES

Caractères moraux.

Notions du crime et du péché. — Les Mincopies ont un mot, yubba, que M. Man traduit par peche, mauvaise action *, Ce mot, dit notre voyageur, s'applique au mensonge, au vol, aux violences graves, au meurtre, à l’adultère. Tous ces actes sont regardés comme provoquant la colère de Puluga, le Créateur. Mais, en outre, ils portent atteinte au bon ordre, dans ces petites tribus comme dans nos plus grandes sociétés, et peuvent, à ce titre, être rangés dans la catégorie des délits et des crimes civils. Il en est d’autres qui, indifférents en eux-mêmes et blessant seulement des idées religieuses, sont de vrais péches, dans l’acception que nous donnons à ce mot. Telle est, par exemple, l’action de jeter au feu de la cire d’abeilles. L'odeur qu’elle exhale en brûlant est on ne peut plus désagréable à Puluga, qui manifeste sa colère en soulevant une tempête. Aussi, lorsqu'un Mincopie veut nuire à quelque ennemi et qu'il le sait engagé dans une partie de chasse ou de pêche, il brûle de la cire dans l’espoir de le faire périr ou tout au moins de le mettre dans la peine. On voit que ces insulaires ont de véritables #aléfices.

Ainsi ces petits Nègres, isolés depuis des siècles

1 Sin, wrong doing. (Loc. cil., p. 112.)

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