PUDEUR
au milieu de l'Océan, ont des notions morales semblables aux nôtres et se rattachant à des croyances religieuses, comme celles des peuples les plus civilisées. Leur conduite est généralement d'accord avec leurs principes. Les crimes de rapt, de séduction, les vices contre nature, paraissent leur être inconnus *. L’adultère est très rare. En pareil cas, comme toujours du reste, l’offensé se venge lui-même sans que les chefs interviennent.
Quelques-uns des détails que j'ai donnés précé-
demment ont déjà fait comprendre que le senti-
ment de la pudeur existe chez les Mincopies.
M. Man revient à diverses reprises sur ce point. La femme qui détache une de ses ceintures pour en faire cadeau à une amie le fait avec une réserve qui touche à la pruderie. Jamais elle ne changerait son tablier de feuilles même devant une de ses compagnes. Pour faire cette opération elle se retire toujours dans quelque lieu secret. Elle agit comme l’'Européenne qui quitte son dernier vêtement ; elle obéit évidemment à la même impulsion instinctive.
M. Man refuse aux Mincopies cette espèce de courage qui fait rechercher le danger pour le plaisir de le braver. Dans leurs guerres, ils agissent autant que possible par surprise et n’attaquent que s'ils se croient de beaucoup les plus forts. Dans
1 Journal of the anthropological Institute, vol. XI, p. 289. — Advenlures, p. 248.
182 CARACTÈRES DES MINCOPIES
leurs premières rencontres avec les Européens, ils se conduisirent pourtant galamment et témoignèrent d'un grand mépris de la mort. Les Jarawas, la seule tribu*qui se soit refusée à des relations amicales avec les Anglais, montrent encore les mêmes vertus guerrières. Déjà Mouat avait fait ressortir le courage avec lequel quelques-uns de ces insulaires avaient bravé les armes à feu, et l'expression de dignité que prit la figure d’un chef tombant sous un coup mortel. M. Man ne voit pourtant dans toute cette bravoure que le résultat de l’ignorance du pouvoir de nos armes. Mais il me semble ici peu juste envers ces insulaires. Il est évident qu’au- Jourd’hui les Jarawas doivent savoir à quoi s’en tenir sur la portée et les effets des fusils européens. Tout ce que notre auteur dit au sujet de la façon de combattre des Mincopies ressemble à ce que l’on raconte en parlant des Peaux-Rouges ; et qui a jamais mis en doute le courage des Hurons et des Delawares ?
Ce qui précède s'applique aux insulaires qui n'ont pas encore subi le voisinage des Européens. Lesrapports de ces sauvages avec nos compatriotes ne leur ont été rien moins que favorables. Ils ont emprunté aux étrangers des vices jusque-là inconnus chez eux, entre autres l'amour des liqueurs fortes et celui du tabac, dont l’usage immodéré semble avoir sérieusement affaibli leurconstitution. En somme, dit M. Man, les Mincopies, au contact de la civilisation, ont perdu leurs vertus caracté-