‹ Les pygméesChapitre 88 sur 139 · INDUSTRIES · texte numérisé non relu

INDUSTRIES

frères des Andaman. (Voir page 177.) En outre celles de leurs tribus que traquent sans cesse des ennemis redoutables n’'élévent pas même d'’abris temporaires et couchent sur Les arbres ou se roulent dans les cendres chaudes d’un grand brasier allumé pour combattre le froid de la nuit. Mais nous avons vu que, placés dans des conditions plus régulières d'existence, ils élèvent des cabanes et savent se fixer. |

Les photographies de M. de Saint-Pol Lias nous montrentles Sakays portant une simple ceinture lâchement nouée sur le devant, et dont les bouts pendent sur les cuisses. M. Montano a décrit la hutte de bambou d’une famille manthra vivant seule au milieu des bois. Elle n’est, certes, rien moins que luxueuse. Pourtant elle présente cette particularité d’avoir un plancher élevé de deux pieds au-dessus du sol. Dans presque toutes les maisons de nos paysans, on ne trouve que la terre nue. Le pauvre sauvage de Malacca à su se placer dans des conditions d'hygiène meilleures que l’Européen.

Nous avons vu que chez les Mincopies les industries d’une application journalières sont parfois remarquablement perfectionnées. Leurs arcs, leurs flèches, leurs barques, leurs poteries, etc., les placent au niveau des sauvages les plus avancés et bien au-dessus à certains égards. Il en est autrement des tribus aëtas, que la persécution maintient à l’état errant, et ce fait ne saurait sur-

prendre. Chez elles, les armes de chasse et de guerre se réduisent à une courte lance, à l’arc et à une seule sorte de flèches. Mais celles-ci sont empoisonnées, et la moindre blessure entraîne, sinon la mort, du moins de longues et terribles souffrances, dont La Gironière a tracé le tableau d'après sa propre expérience ‘.

Le poison est aussi employé par les Manthras, les Sakays et les autres tribus du Bermun. Mais ces métis de Négritos, bien que connaïssant l'arc et les flèches, les ont remplacés par la sarbacane*. On reconnaît aisément dans ce fait, comme dans bien d’autres, l'influence malaise,

Toutefois les Négritos métis de Malacca savent aussi tendre au gros gibier un piège redoutable

1 P. La Gironière fut atteint au doigt par une de ces flèches, à la suite de l’enlèvement d’un squelette d’Aëta, le premier qui soit parvenu en Europe et qui figure dans les collections du Muséum. A peine s’était-il aperçu de la blessure, qu'il prit pour une égratignure faite par quelque épine. Après frois jours d’incubation, l'effet du poison s’accusa par d’atroces douleurs ; le bras enfla tout entier; puis le mal gagna la poitrine. Après un mois de torture, le malade parut être à toute extrémité. Il résista néanmoins; mais, pendant plus d’une année, il souffrit encore de la poitrine. Cet ensemble de symptomes ne rappelle nullement ce que les voyageurs et les expérimentateurs nous disent de l'effet des autres poisons connus. Il semblerait que celui qu’emploient les Aëtas est d'une nature particulière. Mais peut-être le traitement même a-t-il été pour une part dans les souffrances subies par l'intrépide voyageur.

2 Montano ; Bro de Saint-Pol Lias. M. de Saint-Pol a vu une sarbacane rayée. Était-ce une imitation de nos armes à feu perfectionnées ? ou bien ces sauvages avaient-ils découvert par eux-mêmes ce moyen d’assurer la justesse du tir ? — Logan, loc. cif., p. 272.

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