CROYANCES’ RELIGIEUSES
conséquent chez les Sakays, les Manthras, etc. Ici elle a pour représentant officiel un corps de prêtres ou mieux de sorciers, appelés poyand ou pawang. Après avoir donné sur ce point bien des détails que je ne saurais reproduire ici, Logan résume son appréciation à peu près dans les termes suivants : « Nous trouvons chez ces tribus un pur chamanisme avec son accompagnement de charmes et de talismans. C’est une foi vivante qui date des plus. anciens jours de l’Asie, qui a conservé sa vigueur et sa simplicité premières, sans se laisser entamer ni par le bouddhisme ni par le mahométisme. » À peine est-il besoin de rappeler que, chez la plupart des tribus dravidiennes, chez celles mêmes. qui avaient atteint un degré de civilisation assez avancé, on reconnaît un fonds de croyances analogues aux précédentes à travers les emprunts faits aux diverses sectes indoues et à l’islamisme. Croyance à une autre vie. — Tous les Négritos. croient que l'esprit survit au corps, qu'il éprouve des besoins analogues à ceux des vivants, et veut qu'on lui témoigne des égards”. J'ai résumé pré-
1 Le chef sakay, interrogé par M. de Saint-Pol, déclarait n'avoir aucune idée d'êtres supérieurs on d’une autre vie. (Loc. cit., p. 582.) Mais ce résultat d’une courte conversation peut-il infirmer les renseignements circonstanciés et précis donnés par Logan? Évidemment non, Il est probable que Totilo n’a pas jugé convenable de répondre sur un sujet qui touche aux sentiments les plus intimes. C’est ce qu'admettra sans peine quiconque aura essayé de faire causer quelque paysan basque ou bas-breton sur les superstitions les plus généralement acceptées dans nos campagnes.
cédemment ce que Man nous a appris au sujet des Andamaniens. Les détails si précis que nous lui devons ont d’ailleurs confirmé ce qu’avaient de général les conclusions que j'avais tirées dans mon Étude sur les Mincopies, des faits déjà signalés par Day.
Les Aëtas ont une grande vénération pour leurs morts. « Pendant plusieurs années, dit La Gironière, ils vont sur leurs tombeaux déposer un peu de tabac et de bétel. L’arc et les flèches qui ont appartenu au défunt sont suspendus, le jour où il est mis en terre, au-dessus de sa tombe, et toutes les nuits, suivant la croyance de ses camarades, il en sort pour aller à la chasse*.
Les Négritos de Malacca He ne pas avoir des idées aussi précises. Logan dit que les tribus de Bermun allument du feu pendant quelques nuits de suite sur la tombe de leurs morts pour empêcher l'esprit de crier. M. Montano ajoute que, chez les Manthras, la tombe est placée assez loin des habitations « pour que le mort ne puisse pas entendre le chant du coq ». Mais ni l’un ni l’autre ne parlent d’offrandes destinées à l'esprit du défunt, bien que, chez les Manthras, la tombe soit évidemment l’objet de soins tout particuliers.
! Ces détails sont extraits du Mémoire de Day. Ils sont d'autant plus significatifs que l’auteur les donne en passant est ans paraitre avoir compris tout ce qu’ils ont d’intéressant. (Observations on the Andamanese, loc. cit., p. 163.)
2 P. La Gironière, Vingt annees aux Philippines, Paris, 1853, p.301.