GROUPE CENTRAL
Presque directement à l’est du groupe pygméen
gabonais, en pleine Afrique centrale, existe bien
probablement un grand centre de population négrille dont les anciens n'ont pu avoir connaissance. Les renseignements recueillis par Stanley auprès d'Ahmed, fils de Djoumah, me semblent être trop précis pour ne pas avoir un fond de vérité’. Ce trafiquant d'ivoire avait vu les petits hommes dont il parlait; il avait eu à les combattre; il avouait avoir été vaincu par eux, et ses dires concordent avec tous les autres renseignements recueillis par le grand voyageur américain. De l'ensemble de ces témoignages il résulte que, vers le centre de la région comprise dans la grande courbe du Livingston, on trouve une population de nains appelés l’oualouas, très nombreuse, répandue sur un vaste espace et ayant conservé une indépendance complète *. À son passage à Ikoundou*, Stanley fit prisonnier un individu appartenant soit a cette tribu, soit à une tribu voisine. Ce Vouatoua mesurait 1”,41; 1l avait la tête grosse, la face entourée de favoris inégaux et d'une teinte chocolat clair. Comme les petits Nègres de Battel, ces Voua-
1 Stanley, À travers le continent mystérieux, t. 1, p. 114.
2? Sur la grande carte de Stanley, cette région est placée vers le 3° degré de latitude sud et le 19€ degré de longitude est. Le voyageur ajoute que les Vouatouas sont aussi appelés Vouakouaangas, V'auakoumas et l’ouakoumous.
3 [Ikoundou est à 20 53 de latitude.
touas sont chasseurs d’éléphants et se servent de flèches empoisonnées.
Le D' Wolff, se rendant chez Loullengo, roi ou chef des Bahoubas, a rencontré une population qui se rattache bien probablement aux Vouatouas de Stanley. Ces Batouas, comme il les nomme, ont évidemment le même teint, d'un brun jaunâtre plus clair que celui des Nègres de grande taille. Toutefois le voyageur assure qu'ils n’ont pas du tout de barbe. Ces Batouas seraient d’ailleurs la plus petite race humaine connue, si les renseignements donnés par le D Wolff sont exacts. Aucun d’eux, selon iui, ne dépasserait 1 ”,40, et la taille moyenne serait 1",30. Ces Batouas sont nombreux dans le pays, mais ne se mêlent pas pour cela au reste de la population. Ils peuplent à eux seuls des villages dispersés sur le territoire des Bahoubas *.
Malgré ce qu’ont de bien incomplet les renseignements recueillis jusqu'ici sur ces Négrilles de l'Afrique centrale, l'ensemble de leurs caractères physiques et sociaux les rattache évidemment à ceux dont nous avons déjà parlé. Nous allons retrouver des traits tout semblables chez leurs frères, les descendants des Pygmées d’Homère et de Pomponius Mela.
La tradition relative à ces derniers ne s’est jamais perdue. Elle à été conservée en particulier chez les géographes arabes, qui ont placé au sud de
1 Gazctte géographique, 1887, p. 153.