‹ Les pygméesChapitre 110 sur 137 · HOTTENTOTS ET BOSCH ISM ANS · texte numérisé non relu

HOTTENTOTS ET BOSCH ISM ANS

vision d'eau était épuisée, et Ton était encore loin de la source la plus rapprochée. La nuit vint; on s'égara. La caravane était menacée de mourir de soif, et le voyageur, rempli de colère, s'en prit au guide, qui était un païen endurci de la tribu des Habobés. « Qu'avez-vous fait, s'écria-t-il, demain nous seront mangés par les chacals et les vautours ! Qui nous assistera dans ce danger? » Le Hottentot répondit avec sang-froid : « Tsûi-goa nous viendra en aide. — Quelle bêtise ! vous et votre Tsûi-goa vous êtes deux fous stupides. — Pour sûr, maître, il nous viendra en aide. » Dans la matinée, on trouva de l'eau et. quand chacun se fut désaltéré, le guide dit à M. Hahn : « Mon cher maître, hier vous avez été sur le point de me tuer ; mais le Seigneur vous en a empêché. Et maintenant êtes-vous convaincu que le Seigneur est venu à notre aide? »

Qu'aurait pensé et dit de plus le missionnaire le plus fervent?

Les Khoï-Khoï n'élèvent ni temple ni chapelle, pas plus en l'honneur de Tsûi-goa que de leurs autres dieux. Ils ont seulement certains lieux consacrés devant lesquels ils ne passent jamais sans y déposer quelque légère offrande accompagnée d'invocations; je reviendrai plus loin sur ce sujet. Mais ils ont en outre de grandes fêtes religieuses, accompagnées de danses et de chants, qui semblent se rattacher presque toujours à quelque phénomène céleste. Le premier lever annuel des Pléiades, entre autres, est solennellement célébré. Dès qu'apparaît

absences d'édifices religieux 305

la constellation impatiemment attendue, toutes les mères gagnent un lieu élevé, portant leurs enfants dans les bras, et leur apprennent à tendre leurs petites mains vers ces étoiles amies. La population se rassemble ensuite pour danser, en chantant une hymne en l'honneur de Tsûi-goa1.

M. Hahn reproduit ici les récits de George Schmidt, qui, envoyé par les frères Moraves en 1736, tenta le premier d'introduire le crhistianisme chez les Hottentots2. L'invocation que le vieux missionnaire entendit, mais dont il n'a donné qu'un très court résumé, était donc bien un produit de l'inspiration indigène, sans aucun mélange possible d'idées empruntées ailleurs. Or nous la connaissons aujourd'hui. M. Hahn a assisté à la danse sacrée (gei) qui solennise le retour des Pléiades; il a retrouvé le chant qui l'accompagne; il a constaté qu'il est partout identique, chez diverses tribus dispersées sur plusieurs points de l'aire encore occupée par les Khoï-Khoï.

Il en a donné le texte et la traduction anglaise, que je traduis à mon tour en français.

Toi, ô Tsûi-goa !

Toi, père des pères (le père de tous) ! Toi, notre père!

Permets que Nanub3 fasse ruisseler la pluie!

1 George Schmidt, cité par M. Hahn, loc. cit., p. 43.

2 Robert Moffat, Vingt-trois ans dans le sud de l'Afrique, p. 15.

3 Le nuage orageux personifîé.

Q.uatrefag es , Pygmées. 20

HOTTENTOTS ET BOSCII ISM AN3<

Qu'il te plaise de laisser vivre nos troupeaux L Qu'il te plaise aussi de nous laisser vivre! Je suis en vérité si faible, De soif, de faim !

Que je puisse manger les fruits des champs! N'es-tu donc pas notre père?

Le père des pères !

Toi, Tsûi-goa!

Que nous puissions te louer respectueusement! Que nous puissions te bénir respectueusement! Toi, père des pères !

Toi, notre Seigneur!1

l Hahn, loc. cit., p. 58. Les linguistes seront probablement bien: aises de trouver ici le texte hottentot et la traduction anglaise de l'auteur.

Tsûi-goatse ! Thou, oh Tsûi-goa!

Abo itse !

Thou Father of the Fat h ers (i. e.

AU Father) !

Sida itse !

Thou our Father; Nanuba avire !

Let stream (i. e. let rain) the

ihunder cloud !

En /una ûire !

Let please live (our) flocksl Eda sida ûire !

Let us (also) live please!

Kabuta gum goroô !

/ am so very zveak indeed !

Gâs yao !

From thirst !

As ^ao !

From hanger ?

ta yurina amre!

That I may eat field fruits !

Stats gum yave sida itsao ?

Art thou then not our Father T Abo itsao !

The Father of the Father s !

Tsûi-goatse !

Thou, Tsûi-goa!

Eda sida gangantsire !

That we may praise thee !

Eda sida khava khaitsire !

That we may give thee in retum (i. e. that we may hless thee).

Abo itse !

Thou Father of the Father s!

Sida Khutse!

Thou our Lord! Tsûi-goatse !

Thou, oh Tsûi-goa!

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