SACRIFICES A LA LUNE }IJ
Hottentots disent qu'elle meurt, et son retour est regardé comme une résurrection. Les éclipses inspirent une grande terreur; M. Hahn a vu en pareil cas toute la population pousser des gémissements et des cris de douleur.
Malheureusement notre auteur ne parle de Khâb que par allusion, pour ainsi dire, et pour l'identifier auec Tsûi-goa et Heitsi-eibib. Sans doute il résulte de là-même qu'il accepte comme vrais tous les dires de Kolbe et que les choses se passent de nos jours comme au temps du vieux voyageur allemand. Les témoignages ne manquent pas d'ailleurs sur ce point. Mais les renseignements donnés par M. Hahn n'en auraient pas eu moins de prix. Surtout, il eût été bien intéressant de connaître ces chants religieux qui se répètent pendant des nuits entières et de pouvoir juger jusqu'à quel point ils justifient ou doivent faire repousser les rapprochements proposés par M. Hahn.
Les Namaquois, qui ont conservé bien des traditions oubliées dans les cantons plus rapprochés des Européens, ont une curieuse légende, que M. Hahn emprunte à un autre voyageur et qu'il regarde comme authentique. Ils racontent que la lune voulut un jour envoyer un message aux hommes. Le lièvre s'offrit pour le porter. « Va, lui dit-elle, et apprends aux hommes qu'ils ressusciteront de même que je meurs et que je ressuscite. » Mais le lièvre essaya de tromper les hommes et leur dit : « Vous périrez comme je péris moi-même. »
3 l8 HOTTENTOTS ET BOSCHISMANS
Pour le punir, la lune le maudit1. Voilà pourquoi, chez les Namaquois, les hommes faits s'abstiennent de manger du lièvre, évidemment regardé comme un animal impur2.
Nanub (le nuage) ; Gariib (le tonnerre ) ; Nabas (l'éclair). — Dans une contrée où la pluie est plus souvent accompagnée d'orages formidables, il n'est pas surprenant que les phénomènes électriques aient vivement frappé l'imagination des indigènes. Les Hottentots ont distingué et personnifié le nuage qui porte la foudre, le tonnerre et l'éclair. Ils en ont fait une famille. Le nuage estle père; il se nomme Nanub, Nanum ou Nanti, c'està-dire le verseur, le filtreur. On l'implore en disant : « O Nanub! ô seigneur! fais pleuvoir maintenant. »
Par suite des idées générales que j'indiquerai plus loin, M. Hahn identifie le nuage Nanub, et le tonnerre Gurub (le couvreur), avec Tsûi-goa. Mais il résulte clairement des documents fournis par luimême que les Hottentots ont parfaitement distingué ces divinités les unes des autres. Nous avons vu plus haut qu'ils supplient Tsûi-goa de permettre à Nanub de faire ruisseler la pluie. Ils font aussi
1 Le capitaine James Alexandre, qui a recueilli ce récit, avait su conquérir l'entière confiance des Hottentots. Un vieux Namaquois a dit à M. Hahn : « Cet homme a l'odeur d'un homme rouge », voulant exprimer par là combien ce voyageur avait su fraterniser avec ces indigènes. (Hahn, p. 92.)
2 Hahn, p. 131. Une légende assez semblable à celle-ci existe aux îles Fidji. (Hahn, p. 10c.)