HOTTENTOTS ET BOSCH ISM ANS
pour tâcher de le fléchir. 11 est à regretter que l'auteur ne soit pas entré ici dans quelques détails et n'ait pas fait connaître les termes des invocations adressées à l'esprit du mal. Il aurait été intéressant de les comparer aux hymnes chantés en l'honneur de Tsûi-goa.
C'est bien probablement à ce culte de Gaunab qu'il faut rattacher les hommages accordés par les Hottentots à une espèce de mante1. Kolbe avait donné sur ce point les détails les plus précis. Il avait vu les indigènes témoigner un profond respect à cet insecte, de l'ordre des orthoptères, chaque fois qu'ils le rencontraient ; il avait été témoin des sacrifices célébrés en son honneur, lorsqu'il se montrait dans un kraal, et en avait conclu que les Hottentots le regardent comme une divinité bienfaisante2. Au contraire, l'astronome La Caille a cru qu'il était à leurs yeux un animal de mauvais augure. Or M. Hahn a pu constater k diverses reprises que tous les détails donnés par Kolbe sont encore aujourd'hui parfaitement exacts. En même
1 Mantis. Cette espèce n'a pas encore reçu de nom scientifique, à ce que m'assure un entomologiste éminent ; elle est rare au Cap, mais commune aux îles de France et de Bourbon. On sait que chez nous, dans le Midi, la Mante prie-Dieu (Manîis religiosa) est aussi l'objet de diverseses croyances populaires.
2 Le Vaillant à nié l'exactitude des faits signalés par Kolbe; mais ce voyageur, qui a si bien su voir tant de choses, était fort peu préparé à l'étude des religions des peuples sauvages et n'a absolument rien compris à celle des Hottentots.
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temps il a appris avec surprise que cet insecte, accueilli avec tant de démonstrations joyeuses, et qu'il est absolument défendu de tuer, porte chez les Khoï-Khoï le nom du mauvais principe et s'appelle Gaunab. Ces contradictions apparentes s'expliquent très aisément en admettant que la Mante est, aux yeux de ces peuples, une sorte d'incarnation du Dieu. La crainte seule rendrait compte des manifestations qui accueillent sa venue ; mais peut-être s'imaginent-ils aussi que sa présence est la preuve que l'esprit du mal est momentanément apaisé l.
Quoi qu'il en soit, les Khoï-Khoï croient encore que Gaunab se montre parfois, tantôt sous la forme d'un petit homme à la taille voûtée, tantôt sous celle d'un monstre difforme couvert de poils et vêtu de blanc.
On a vu plus haut que l'arc-en-ciel (Tsavirub ou Aïb) est le beau-père de l'éclair. Un vieux Namaquoisa donné à M. Hahn une autre version relative à ce météore. Selon lui l'arc-en-ciel est un feu allumé par Gaunab et dans lequel ce dieu du mal précipite et fait périr quiconque se laisse tromper par lui. Les individus supposés morts de cette manière sont appelés Gauna-ô-khoïn (le peuple des
1 Les détails donnés par Kolbe (Description du Cap, p. 212) sur le véritable désespoir dont quelques Hottentots furent saisis en voyant un jeune enfant faire mine de tuer un de ces insectes sacrés me semblent de nature à justifier cette interprétation.
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morts deGaunab), Saubo-kboïn et Hai-nûn (peuple de l'ombre, pieds de faon, etc.). Les vieillards qu'on laissait autrefois mourir de faim dans une hutte fermée, soit parce qu'il ne pouvaient plus se suffire, soit parce qu'ils étaient soupçonnés de sorcellerie, prenaient place parmi ces sujets de Gaunab.
Si l'on se rappelle ce que j'ai dit, dans le premier article, au sujet des Boschismans, on voit que nous retrouvons, chez les Khoï-Khoï, sous des noms identiques ou presque identiques, les deux divinités du bien et du mal reconnues par les San. C'est un témoignage, après tant d'autres, de la très proche parenté des deux populations. M. Hahn, ne parlant ici que de Gaunab, voit dans ce fait une preuve que le culte de ce dieu malfaisant est antérieur à la division de la race. Il va plus loin et admet que Gaunab était seul adoré dans ces temps reculés, et que l'existence de Tsûi-goa a été admise seulement plus tard. Puis il généralise cette idée. Selon lui, l'homme n'aurait d'abord vu dans la nature que l'œuvre de puissances infernales. La notion d'un Etre bienfaisant serait le produit d'une culture intellectuelle plus avancée.
Je ne saurais accepter cette théorie. Elle est par trop en contradiction avec les faits constatés chez une foule de populations sauvages. Jusque chez les derniers Australiens on a reconnu la croyance dualistique qui se cache au fond de toutes les religions. Schweinfurth est, je crois, le seul voyageur, qui, après une enquête sérieuse, ait cru pouvoir