SUPERSTITIONS, LE FEU
au bon, soit au mauvais principe. Il ne fait pas de prières publiques, il n'instruit pas le peuple dans les choses de la religion. C'est donc, comme dit Kolbe, un maître de cérémonies plutôt qu'un prêtre, dans l'acception que nous donnons à ce mot.
A côté du surri, dont les fonctions se rattachent plus ou moins au culte des dieux bienfaisants, se trouvent les sorciers, parmi lesquels M.Hahn place les faiseurs de pluie. Ceux-ci tiennent leur pouvoir de Gaunab, qui enseigne à qui lui plaît l'art diabolique des enchantements et des maléfices. On n'a aucun détail sur la nature des rapports qui peuvent s'établir entre le mauvais génie et les hommes; il n'est question ni de pacte ni de sabbat. Pourtant les sorciers sont en quelque sorte les ministres de Gaunab. Les Hottentots redoutent extrêmement leurs sortilèges et leur attribuent presque tous les maux qui atteignent soit leur personne, soit leurs troupeaux; aussi ont-ils recours, pour se protéger, à une foule d'amulettes et de pratiques.
Superstitions diverses. — On peut regarder comme se rattachant à la religion proprement dite des Hottentots les croyances dont il a été question jusqu'ici, bien que plusieurs d'entre elles ne soient que de véritables superstitions1 A\ en est autrement
1 J'ai insisté depuis longtemps dans mes cours et dans mes livres sur la distinction que l'on doit faire entre la religion et les super sti-
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d'un certain nombres d'idées, sans rapport apparent avec la mythologie de ces peuples, mais qui n'en sont pas moins acceptées comme articles de foi, et donnent lieu à des pratiques spéciales, que l'on croit ne pouvoir négliger sans danger. M. Hahn leur consacre un assez long chapitre; je me bornerai à en citer quelques exemples.
Le feu paraît jouer un rôle important à ce point de vue. A la naissance d'un enfant, on doit allumer dansla hutte un petit bûcher, sans employer ni pierre ni métal, mais seulement le frottement de deux morceaux de bois; ce foyer doit être entretenu jusqu'à la chute du cordon ombilical, et ne servir à aucun usage domestique. Si ces prescriptions ne sont pas strictement observées, l'enfant mourra. — Lorsqu'un Hottentot part pour la chasse, sa femme allume aussi un feu spécial et ne doit faire autre chose que l'entretenir; s'il vient à s'éteindre, le mari ne rapportera pas de gibier. — A certaines époques, on fait passer les moutons à travers un feu entretenu avec du bois vert et produisant beaucoup de fumée. Je n'ai vu nulle part que les Hottentots se soumettent eux-mêmes à cette cérémo-
tions. Qu'il s'agisse des derniers sauvages ou des populations les plus civilisées, cette distinction est, à mes yeux, également essentielle ; mais on l'oublie trop souvent, surtout lorsqu'il s'agit des tribus inférieures de l'humanité. (Rapport sur les progrès de l'anthropologie en France, 1867; — l'Espèce humaine, i,e édit., 1 877 : 8e édit. , 1886; — Introduction à Vctude des races humaines, 1887.)