COULEUR, TRAITS DU VISAGE I
robuste Sakay sur lequel j'ai déjà appelé l'attention (fig. 8).
Malgré la ressemblance de la chevelure et de la couleur, il est impossible de confondre un Mincopie avec un vrai Nègre africain. La forme de la tête, les traits de la figure, sont trop différents. Ici la tête vue de face paraît presque globuleuse, au lieu d'être comprimée et allongée; le front est large et souvent bombé, au lieu d'être étroit et fuyant1. La face s élargit beaucoup aux pommettes, ce qui donne aux joues un peu trop d'étendue; les oreilles, qui se détachent autant que possible sur ces têtes rasées, sont petites et élégamment modelées; le nez, très enfoncé à la racine, est droit, plutôt court que long; et les narines, en général peu épatées, sont parfois étroites 2. Les lèvres, sans être bien fines, n'ont rien d'exagéré, rien qui rappelle celles du Nègre; surtout elles ne sont que peu ou point empâtées aux commissures. Le menton est petit, arrondi et très peu ou pas du tout fuyant; le prognathisme est ou entièrement nul ou presque nul .Enfin les hommes paraissent n'avoir que rarement quelques traces de moustaches3 (fig. 4).
* Ce trait est très accusé dans la seule femme qui soit vue de profil, dans une des photographies du colonel Tytler, dont je donne ici l'esquisse (fig. 3). Tous les individus représentés par M. Dobson ont été pris de face, ainsi que ceux qui figurent dans la gravure de M. Giglioli.
2 Par exemple, dans le chef figuré par M. Dobson, loc. cit., pl. XXXI.
3 Les villosité sont également nulles sur tout le corps, sauf aux lieux d'élection.
Lorsque Ton examine une à une les nombreuses photographies que j'ai sous les yeux, on reconnaît bien des différences individuelles; et pourtant il est impossible de ne pas être frappé de l'uniformité de physionomie commune à presque toutes. Ce résultat est dû sans doute en partie à ce qu'en somme les traits ne diffèrent que peu, mais surtout peut-être à la forme et à la disposition des yeux. Ces organes, assez saillants et arrondis, sont rejetés sur les côtés et séparés par un intervalle très sensiblement plus grand que chez nous1, ce qui donne à l'expression du visage quelque chose de particulier et d'étrange. Les yeux sont d'ailleurs brillants et très bons comme.chez presque tous les sauvages.
Cet écartement des yeux ne se trouve ni au même degré ni d'une manière aussi général chez les Aëlas. Il n'est donc pas surprenant que la physionomie de ces deux populations diffère. En outre, bien que les traits soient, au fond, des variantes d'un même type, ils sont d'ordinaire plus grossiers chez les Noirs philippins. Le front reste
1 Ce caractère est bien marqué dans les photographies de M Tytler et dans les phototypies de M. Dobson; il manque, au contraire, dans presque tous les individus représentés dans la gravure qu'a publiée M. Giglioli. En outre, les physionomies de ces figures gravées ne rappellent pas du tout celles dont je viens de parler. La forme de la tête diffère aussi parfois absolument de ce que montrent mes photographies et de la description même donnée par l'auteur (p. 249). Je citerai en particulier celle du grand individu debout sur la gauche. Sont-ce là des métis? Ou bien est-ce la faute de l'artiste qui a mal rendu la photographie ?