‹ Les Pyométries Dans Les Utérus DoublesChapitre 10 sur 13 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

OBSERVATION І (Publiée par Von Horst, dans la Zentralblatt für Gynakologie, mars 1907).

Pyométrie dans la corne fermée d’un utérus double (Traduction personnelle)

La malade est âgée de 16 ans. Les premières règles remontent au 22 novembre 1904 et furent dès le début irrégulières. Le 19 novembre 1905 de fortes pertes de sang la conduisent chez un médecin qui lui prescrit des gouttes. Elle saigna ainsi environ pendant 4 semaines avant Noël 1905. Après un arrêt assez court, les pertes recommencèrent; le 12 janvier 1906, la fièvre apparut, monta à 40° en même temps que de fortes douleurs dans le basventre. Dans l’intervalle survint un écoulement goutte à goutte.

Le 15 janvier la fièvre tombe à la normale. Le 18, elle réapparaît avec les règles qui sont mêlées de pus et accompagnées de vives coliques. |

L’examen pratiqué donne les résultats suivants :

Le sujet est convenablement constitué, les seins bien développés; aucune anomalie n’est apparente. L’abdomen est normal; dans la région iléo-ccecale on sent une résistance еї de la matité.

La résistance qui a une étendue déterminée, atteint environ trois doigts au-dessous du ligament de Poupart, entre la tubérosité pubienne droite et l’épine iliaque antéro-supérieure. Le systéme pileux du pubis est bien développé. La vulve, fermée, est normale. L’entrée du vagin permet l’accès d’un doigt. Le conduit

vaginal, plus court que normalement, est dirigé vers la gauche.

L’orifice utérin un peu mou et un peu agrandi, est rejeté en haut et à gauche. Le cul-de-sac droit est occupé par une tumeur très élastique qui refoule le col vers la gauche.

Dans le fond de cette tumeur sentie à droite, on trouve au palper bi-manuel, une petite dépression qui en impose pour un fond d’utérus et qui siège environ au tiers inférieur de la tumeur droite. Au toucher rectal on sent très bien que les deux tumeurs tout en étant séparées l’une de l’autre, sont en coalescence.

La sonde introduite dans l’utérus pénètre de 7 em dans la direction gauche, ce qui permet de conclure, que nous avons affaire, à un gros utérus normal du côté gauche.

Nous essayons alors de trouver une communication entre Putérus et la tumeur droite; manœuvre inutile puisque même la sonde Іа plus mince ne révèle nulle part la moindre ouverture. Du fait que la portion externe de l’utérus пе se trouve pas dans la partie médiane du pôle inférieur du vagin, mais à gauche, nous devons conclure à la présence d’une tumeur du côté droit, tumeur qui est en connexion immédiate avec l'utérus. Ces considérations et la température, nous font porter le diagnostic de pyométrie développée dans la partie inférieure d’un utérus double; pyométrie qui serait due dans ce cas à une hématométrie.

Le 24 janvier 1906, une seringue est introduite par le canal cervical, à travers la cloison de l'utérus, en vue d’une ponction. Celle-ci ramène du pus. J’introduis alors un scalpel par la même voie, j incisai la paroi et un flot de pus jaillit à l'extérieur. N’ayant pu me rendre compte du niveau auquel la collection s'était étendue, je me contentai de pratiquer un lavage et de drainer avec un méche de gaze. Peu de temps aprés ce drainage fut supprimé et Putérus irrigué. Après cette intervention, la température tomba à la normale, Environ 14 jours après, les règles revinrent très fortes. L’examen montra alors que louverture pratiquée dans la paroi s'était cicatrisée.

Trois semaines après, les règles reviennent à nouveau, sans fiè: vre, ni douleurs, La palpation montre que l’utérus est redevenu gros parce qu’il s’est refermé après l’incision, et que le sang des règles ne peut s'échapper. П fallait donc établir une communica-

tion durable entre les deux utérus ou trouver une autre méthode qui rende impossible la menstruation de l’utérus droit. D’autre part, l’établissement d’une communication entre les deux utérus était devenue très difficile, étant donné la possibilité d’une grossesse qui pouvait s'être installée dans le fond droit et dont оп n'avait aucun indice. De plus, pour séparer l’utérus fermé de l’autre, on pouvait courir le danger d’une grosse difficulté de séparation, ou d’une infection par vidange de la cavité utérine dans la partie inférieure de l’autre.

En présence de ces faits, il fut décidé de recourir à l’extirpation totale en laissant les annexes en place.

La patiente endormie, on pratique la laparotomie.

Chaque corps d’utérus est également gros; la partie cervicale de l’utérus droit est excavée, très épaissie et les annexes normales des deux côtés. La laparotomie confirme en tous points nos suppositions; les deux utérus sont séparés l’un de l’autre seulement „dans le fond par une cloison large de 1 cm. 8 et épaisse de 1 cm., très résistante surtout à ses extrémités. La portion cervicale, en forme de massue, regarde en bas et à droite.

L’utérus est extirpé selon la méthode classique, en laissant en place les annexes. Les plaies opératoires sont refermées au catgut et le péritoine sous lequel sont enfouies les annexes, est suturé avec la paroi. La peau est refermée aux crins. Enfin un pansement

de gaze stérilisée est fixé sur le tout par une bordure de collodion.

OBSERVATION IT (Publiée par THÉDENAT dans la Gazette de Gynécologie, août 1909)

Sur un cas de pyométrie dans un utérus double

Mme М..., 32 ans, sans antécédents héréditaires dignes d’intérêt,

` sans maladies antérieures. Réglée à 13 ans, régulièrement; les rè-

gles duraient 4 ou 5 jours avec accidents dysménorrhéiques légers

consistant en douleurs, pesanteurs lombo-abdominales commenсапі 2 ou 3 jours avant l’apparition du flux menstruel.

Mariée à 23 ans, jamais de grossesse, pas de modifications dans

la menstruation.

П у а 5 ans, poussée par le désir d’être mère, Mme М... fut soignée par un médecin qui pratiqua des cautérisations du col, cinq fois dans l’espace de deux mois. A la suite de ce traitement survinrent des pertes blanches assez abondantes et une poussée de salpingo-ovarite. Le repos, des injections chaudes, calmèrent lenlement les douleurs intramenstruelles; de temps en temps, avec des intervalles de 10 à 15 jours, douleurs plus vives, distensives, suivies d'écoulement muco-purulent plus abondant pendant un ou deux jours, après lequel les douleurs diminuaient beaucoup.

Cette situation durait depuis 3 ans, quand la malade nous fut adressée le 2 juin 1895. Pâle, nerveuse, avec un état génital médiocre. Par le toucher vaginal on sent le col un peu gros, surtout ` en largeur, le corps utérin paraît large, assez mobile; les annexes du côté droit sont un peu tuméfiées, pas trop douloureuses. Pendant dix jours, injections chaudes, application de tampons à lichtyol. A deux reprises, après un ou deux jours de coliques utérines, je trouve un petit flot de mucopus. Les règles arrivent, durant six jours, avec les accidents dysménorrhéiques habituels, mais pas très intenses. ; :

Le 20 juin, au cours d’un examen au spéculum, je vois un petit flot de pus s’écouler à droite, un peu au-dessus de Гогійсе cervical assez large. J’absterge avec soin et vois un orifice très étroit séparé du large orifice gauche par une mince cloison. L’orifice droit est plus haut de 1 cm. $ que le gauche, et sur Гёрегоп mitoyen se trouve un nodule dur du volume d’un grain de mais. Badigeonnage du col et des culs-de-sac avec de la glycérine iodée au 1/20. Gaze iodoformée à demeure.

22 juin. — Je parviens à introduire un fin stylet canulé dans Гоrifice droit; il butte à 3 ст. de profondeur. Grace à Vhystéromètre introduit dans l’orifice gauche, je puis m’assurer que la paroi mitoyenne а tout au plus 2 à 3 m/m d'épaisseur. Je la sectionne sur une hauteur de 2 cm. environ avec un bistouri bouіоппё; je badigeonne à la teinture diode les deux cavités de cet utérus double dont la moitié droite est trés petite et j’y tasse une mèche de gaze iodoformée. La petite tumeur signalée ci-des-

sus était une glande kystique. Hémorragie insignifiante; pas de fièvre.

25 juin. — Avec des ciseaux, section de la lèvre droite de Porifice droit. Badigeonnage iodé; mèche de gaze. Grâce à des pansements répétés tous les trois jours, la cicatrisation est complète le 12 juillet. L’orifice droit admet alors un gros hystéromètre.

Les régles survenues le 16 juillet furent bien moins douloureu- 568. La malade reste à la clinique jusqu’au 29. Pertes blanches insignifiantes, douleurs presque entièrement disparues. Revenue chez elle, elle a continué les injections chaudes, les lavements chauds, les enveloppements lombo-abdominaux à la Priessnitz. Revue en mai suivant, soit dix mois après le traitement, elle dit que ses régles sont presque indolores, qu’elles durent trois jours au lieu de cing.

П n’y a plus de leucorrhée, et Гетраіетепі des annexes droites a presque entièrement disparu.

OBSERVATION III (Thèse de ARNING, Strasbourg, 1880. Traduction personnelle) Sur un cas de pyométrie latérale développée dans Іа corne fermée

d'un utérus double.

L’employée de fabrique Joséphine P..., de Strasbourg, âgée de 15 ans, vient à la consultation de la clinique gynécologique. Son père est mort en 1870 lors du bombardement; sa mère et ses deux frères ou sœurs sont en bonne santé. Aucune maladie à signaler pendant son enfance. А l’âge de 13 ans ses premières rèvles apparurent et revinrent régulièrement 16 20 de chaque mois, durant trois jours et indolores. Les premiers temps, la couleur du sang était normale; plus tard elle devint un peu pâle et la malade vit apparaître à la fin de ses règles des flueurs blanches. Cela dura six mois. Alors apparurent à la période cathaméniale suivante des coliques dans le bas-ventre, si fortes que la malade ne pouvait rester couchée. Trois jours après ces symptômes disparurent pour réapparaître le mois suivant du 17 au 20, sans Іа moindre арраrition de sang. Finalement la jeune fille se vit contrainte, comme en mars les coliques étaient réapparues avec leur violence habi-

tuelle et ne disparaissaient pas d’elles-mêmes après quelques jours,

à se faire admettre dans l’établissement. Les faits suivants furent constatés :

La malade est un sujet frêle, maigre, à musculature insuffisamment développée. Les seins sont petits, les mamelons peu pigmentés. Pas de colostrum. Le ventre n’est pas ballonné, la ligne blanche n’est pas pigmentée. A la palpation, le bas-ventre est sensible et difficilement palpable 4 cause de la résistance de la paroi.

L’examen gynécologique montre des organes génitaux bien développés, un hymen conservé, mais dilaté et un vagin normal. Le cul-de-sac latéral droit est occupé par une tumeur qui fuse jusque sur les lévres de Putérus; à gauche se trouve un bourrelet de Ja portion vaginale en forme de croissant et qui n’est pas palpable. Si on examine le bas-ventre au palper combiné, la tumeur apparaît grosse comme une pomme, sans présenter d’inégalités en quoi que ce soit. Sa consistance est rénittente et aussi partiellement consistante; la fluctuation n’est nulle part perceptible.

Le jour suivant, en vue d’un examen, la malade fut anesthésiée et examinée au spéculum de Siems. On constate que la tumeur est accolée à l'utérus de telle façon que celui-ci est tout entier attiré a droite.

Après cet examen clinique, un sondage est pratiqué. La sonde pénètre sans difficultés et donne la longueur normale de l'utérus. La-dessus est porté le diagnostic d’hématométrie d’un segment fermé d’un utérus septus ou bicollis. Après cet examen les douleurs et la fièvre augmentèrent. Celle-ci dura quatre jours avec un maximum de 39°6 de troisième jour. Après une légère rémission d’un mois les coliques devinrent plus violentes, une constipation opiniâtre apparut ainsi qu’une rétention d’urine qui dura un jour et qui étaient dues à la compression de la tumeur. Ce grossissement et cette résistance semblent s’accroître à chaque examen nouveau, jusqu’à la fin avril où la tumeur devient fluc- 198816.

Le 6 mai, un dilatateur introduit dans le col de l'utérus, le dilate si bien en quelques jours, qu’on peut atteindre la cavité utérine avec le doigt. Cette cavité est lisse et ne paraît pas anor-

ay

male. Quelques jours aprés, pour la confirmation du diagnostic, deux incisions furent faites au bistouri et restérent sans résultat, car au lieu de laisser écouler du sang, elles laissèrent sourdre seulement quelques gouttes de sérosité fluide. A partir de cette intervention le tableau de la maladie change d’aspect. Déjà l’aprèsmidi, la jeune fille a eu de violentes tranchées, toutefois la température est restée à 37° et la nuit a été passablement bonne.

Pour les jours qui suivent nous trouvons les renseignements suivants dans l’observation :

9 mai. — Aujourd’hui fortes coliques atteignant presque tout l'abdomen, céphalée et vomissements glaireux. Abdomen un peu balloné, pouls petit, fièvre, fréquence du pouls allant de 132 à 150. Température 39°, regards attristé.

Ordonnance : Glace sur le ventre, chlorhydrate de morphine, 0,01.

10 mai. — La malade grâce à la morphine a un peu dormi. Les tranchées ont un peu cessées. Un vomissement bilieux. Depuis la veille au soir rétention d’urine. Le cathétérisme ramène 600 gr. d'urine très concentrée. Pouls 132. Température 3894-3994. Du vagin sort un peu de sang. Pas de dyspnée ni de céphalée.

11 mai. — Un peu de sommeil la nuit; les tranchées diminuées semblent circonscrites à droite. Pouls 116. Nouveau cathétérisme. Constipation.

Température, 38°6-39°.

Ordonnance : Morphine, une cuillerée d’huile de ricin.

12 mai. — Grâce à l’huile de ricin, la malade a eu une selle; les coliques diminuent, abdomen n’est plus balloné. Un sondage doit être de nouveau pratiqué. Pouls, 120. Température, 38-39°.

13 mai. — La nuit la malade а assez bien reposé. Les tranchées ont un peu plus diminué. A droite, proche de l'utérus, on sent toujours une résistance, Le ventre semble un peu tendu. Pas de dyspnée ni de vomissements. Le cathétérisme ramène une urine spumeuse, trouble et chargée d’urée. Pouls petit, 126. Température, 38°6-39°6. Ordonnance : Opium.

14 mai. — La nuit a été bonne, mais 18 malade a encore eu des vomissements. La résistance à droite, près de l’utérus, est accom-

жі PE Le

pagnée de sensibilité de l’abdomen. L’urine est sortie spontanément. Pouls 120. Température, 3994-3995.

15 mai. — La nuit а été bonne, mais les nymphes sont enflées. L’abdomen est moins douloureux, la résistance 4 gauche moins nette. L’utérus est béant. Il s’écoule un léger suintement sanguin, non fétide. La vessie de glace mal supportée est supprimée. La malade a vomi encore une fois. Une selle. Miction normale.

Pouls, 116. Température, 39°4-39°6. '

Ordonnance : Fragments de glace. Le soir, opium.

16 mai. — Aujourd’hui la malade se trouve mieux. Les vomissements ont cessé. Les douleurs lombaires se sont bien amendées; en général symptômes d'amélioration et suppression des gémissements fébriles. La consistance droite de utérus semble être plus résistante. Température, 39°-39°6, Respiration calme.

18 mai. — Soudain, dans la nuit, un petit écoulement de pus s’est produit dans le vagin. Le pus ne paraît pas de mauvaise nature. Pas de température : 36°4. Pouls, 92. Les tranchées ont disparues, mais la malade urine sous elle.

19 mai. — Aujourd’hui aussi apyréxie, euphorie, pas de coliques. La résistance droite semble moins dure. Sommeil et appétit bons. L’œdème des nymphes а diminué, mais il y a encore de Jincontinence d’urine. Pas d'écoulement de pus. Température, 36°1-37°.

21 mai. — La malade а de nouveau des coliques à droite : c’est l’époque des règles.

24 mai. — De nouveau, douleurs lombaires, les règles n’ont pas apparues. La tumeur semble avoir grossi vers la gauche. 1/6. tat apyrétique dure depuis quelques jours. L'état de santé est seulement troublé par des douleurs lombaires et des tiraillements dans le côté droit du bas-ventre. Etant donnés le bon appétit et les selles régulières, la malade est autorisée à se lever quelques heures par jour.

À partir du 31 mai, elle ne se plaint plus des douleurs du côté droit de l’utérus.

Au 3 juin on note : Hier et aujourd’hui, douleurs légères; dans Іа пай, léger écoulement de pus. Température, 38°-3802.

12 juin. — Après quelques jours de repos, l'écoulement de pus reprend avec de fortes tranchées. Le pus est de bon aspect. Le doigt explorateur sent que la tumeur est un peu fluctuante. À l'examen au spéculum on constate que le canal cervical laisse sourdre du muco-pus, mais on ne trouve pas l’orifice par où il sort. On fait au bistouri, une incision dans la tumeur qui pointe dans la partie supérieure du canal cervical, elle laisse sortir une grosse quantité de pus. La sonde introduite par cette ouverture pénètre de 2 cm. ў. Du canal la pointe de la sonde pénètre à travers une cloison; là-dessus, la vidange de la cavité est faite avec un cathétére d’homme et une solution antiseptique. Le soir, la malade n’a pas de fièvre. Température, 37°2.

14 juin. — L’incision qui s'était refermée est ouverte avec le doigt; elle laisse écouler beaucoup de pus. Température, 37°3-3705.

16 juin. — La fiévre et les douleurs reprennent. Suintement purulent. Sous chloroforme le septum est ouvert vers le haut au bistouri. Température, 38°3-37°5.

Jusqu’a la fin du mois l’état de la malade ne présente rien de remarquable. Chaque soir un peu de fièvre, des douleurs. A lépoque menstruelle, pas de règles. Le pus coulant toujours, on continue les lavages utérins à l’eau phéniquée. Vers la fin du mois, la fièvre vespérale disparaît. L’appétit et le sommeil sont bons. Le 28, la malade se lève et prend un bain. L’écoulement et l’état du pus alternent; il doit se produire une légère rétention, car tous les soirs il у, а une légère poussée fébrile. La période de juillet se passe; la cavité ne se modifiant pas, les lavages utérins sont repris avec une solution d’acide phénique et sulfate de zinc. La malade travaille un peu et reste encore pendant tout le mois d’août dans l’établissement; la menstruation n’est pas réapparue.

Le 6 septembre, alors que l’écoulement est encore très prononcé, la malade est exéatée provisoirement, avec ordre de faire des irrigations régulières et de se représenter à la consultation de la polyclinique. Elle écoute ces conseils, mais pendant l'hiver et toute l’année 1877, on ne la revoit pas, et elle est allée vivre, partie à Strasbourg, partie à Haguenau. La menstruation n’est pas ap-

parue de tout ce temps-là; les douleurs et les vomissements ont

LE YER oat

Я z ` > ” z - . z cessé, mais une leucorrhée à odeur très pénétrante s’est installée. Au début de février 1878, subitement et sans motifs, les douleurs

dans le côté droit reprennent et forcent la malade à revenir à la

polyclinique.

L’examen pratiqué alors donna les résultats suivants : 11 février. — La malade est en assez bon état, mais un peu

pâle. Le cœur et les poumons sont sains. Un écoulement sort du vagin; l’utérus est assez gros et dur: vers la droite et un peu en arrière on sent une tumeur sensible au toucher.

Le 25 février, un nouvel examen est pratiqué; on sent une tumeur près de l’utérus et une masse dans le canal cervical: la sonde pénètre sans peine de 5 à 6 cm., en forçant un peu elle pénètre vers la droite, un flot de pus s'écoule et la tumeur s’affaisse. La sonde pénètre de 4 cm. dans la cavité ainsi ouverte. La communication est ainsi établie entre les deux utérus.

La cavité purulente est nettoyée avec une solution de permanganate de potasse.

Dans l'après-midi la malade souffre du bas-ventre. Le soir la température tombe de 38° à la normale. Pouls régulier.

17 février. — La malade est examinée à nouveau. Une sonde est introduite dans chaque ‘cavité, Après cette manœuvre, nouvel écoulement de pus. Lavage. Dans la Journée, écoulement devient abondant et fétide. Douleurs dans le bas-ventre. Temp. ፡ 879-3726.

18 février. — Ecoulement abondant et fétide. Douleurs lombaires. Pouls, 80. Température, 37*2-38*4. Les jours suivants les douleurs lombaires augmentent. C’est l’époque de la menstruation. Ecoulement de pus abondant. Le soir, légère hyperthermie.

24 février. — L'ouverture de la cavité s’est refermée, la sonde qui pénètre à gauche, ne pénètre plus à droite. On découvre une tumeur près du septum utérin. On introduit un petit tampon dans l’orifice utérin. Température, 37°-37°8,

27 février. — Le septum est fendu au bistouri. Le doigt pénétre dans une grande cavité. A gauche on trouve une autre cavité dans laquelle il ne peut pénétrer. Opération sanglante et douloureuse.

1° mars. — Après cette opération, diminution des douleurs lombaires, de l'écoulement et de son odeur. Le soir, la malade se lève. Appétit satisfaisant.

4 mars. — Légères douleurs dans le bas-ventre. Ecoulement minime. La cavité putride est cathétérisée et lavée. Pas de fièvre.

12 mars. — La malade souffre dans le bas-ventre. Par le vagin sort du sang pur.

13 mars. — Abondant écoulement de sang à allure menstruelle. Elancements dans le côté droit. Température, 37°5-38°,

14 mars. — Ecoulement encore très fort, douleurs. Abdomen sensible à la palpation. Température, 37°5-39°. Ordonnance

compresses sur l’abdomen.

15 mars. — Petit écoulement sanguin, douleurs spontanées. Température, 3894-3994, 16 mars. — L’écoulement a cessé, suivi d'écoulement de pus.

Ventre très sensible, surtout à gauche. Température, 3895-3995. Ordonnance : vessies de glace.

Cet état fébrile correspondant à une péritonite circonscrite, dura jusqu’au 22. A partir de ce moment survint une rapide amélioration. Puis le 27, écoulement purulent réapparut et un nou- ` vel examen fut pratiqué. П montra que ouverture de la corne ne s était pas refermée et qu’il пу avait pas non plus de tumeur dans la moitié utérine droite.

Les lavages de la cavité purulente, interrompus pendant la période de fièvre, furent repris avec du nitrate d’argent. А la suite በ6 ce lavage l’écoulement perdit son caractère purulent et devint inodore.

17 avril. — Aujourd’hui les coliques reprennent. L’examen montre que le canal cervical est encore perméable. A droite de l'utérus on sent une faible résistance qui, bien circonscrite par les parois du bassin s’attache à l’utérus et se déplace avec lui. Sa surface est lisse et sa forme allongée, ce qui laisse supposer qu’elle. occupe une corne utérine.

Le lendemain, avec des coliques, apparaissent des régles insuffisantes et qui durent seulement deux jours.

Rien a signaler d’important dans la 2° quinzaine du mois.

5 mai, — La malade est de nouveau examinée. Le canal cervical ne laisse pas passer le doigt. La cavité utérine est explorée à la

sonde qui pénètre dans chaque partie de l’utérus. А droite elle

ramène un peu de pus.

15. mai. — Coliques si fortes que la malade doit garder le lit. Abdomen sensible a la palpation. Température, 39°. Ordonnance : cataplasmes.

16 mai. — Les coliques continuent, localisables à droite. Abdomen douloureux à la pression. Le soir, écoulement sanguin. Température, 39°.

20 mai. — Les règles apparues le 16, ont duré jusqu’à aujourd’hui, avec douleurs localisées à droite. Le sang a bon aspect. Depuis le 16 : état apyrétique.

26 mai. — А partir du 20, écoulement cesse. Le canal cervical est perméable au doigt jusque dans l’utérus. Le côté droit de l'utérus est encore douloureux à la palpation et un peu volumineux.

L’état général étant satisfaisant, la malade est renvoyée.

Pendant toute une année on пе Іа revoit pas et pour m’informer de son état je me rendis dans la ville ow elle habitait. J’obtins quelques renseignements de ses proches parents. Après sa sortie de la clinique, elle resta trois mois en bonne santé. En septembre vinrent les règles avec violentes douleurs lombaires et coliques dans le bas-ventre droit; elles durérent 14 jours après l'arrêt de l'écoulement ауес exaspération pendant 4 jours; depuis elle présenta les mêmes symptômes aux périodes cathaméniales. Elle eut ensuite une recrudescence de leucorrhée et de la dysurie. Par la suite les organes génitaux externes furent le siège de lésions qui lempéchérent де s’asseoir et de marcher, si bien qu’elle revint à la clinique.

Là, nous уішев que les organes génitaux externes, le périnée, l'anus étaient porteurs de larges condylomes. Après un nouvel examen, la malade fut envoyée dans un service de syphiligraphie et dermatologie où elle fut traitée par onctions mercurielles.

Le 31 juillet elle revint à la clinique où le Professeur Freund la vit pour la première fois. Au cours de son examen, il nota les faits suivants : ;

Sujet florissant, cœur et poumons en bon état, cicatrices de condylômes sur les organes génitaux externes. Flueurs blanches. L’utérus est élevé, porté à droite. Dans la cavité pelvienne gau-

oe Gf 0058

che on sent les trompes et l’ovaire. Les premiéres sortent d’une petite corne qui partant du cervix se portent en avant et à gauche; elle semble cylindrique avec une base large et se raccourcit vers le haut. La masse principale du cervix est portée à droite. La portion vaginale est courte et portée à droite. Le sondage de la corne gauche réussit facilement, il donne une longueur normale de la cavité.

Diagnostic : Utérus bicornis unicollis. La malade reste encore deux mois dans le service. Au milieu de chaque mois les coliques réapparaissent, suivies une fois seulement d’un écoulement sanguin. La quantité des sécrétions alternait et était, tantôt mu-

queuse, tantôt purulente. Au 30septembre la malade est renvoyée dans sa famille.

Page 1