MODES DE DÉFENSES DE L'ORGANISME. — CIRCONSTANCES ENTRAVANT SA DÉFENSE
Si les microbes pathogènes, et en particulier les pyogènes vulgaires, peuvent habiter continuellement les cavités naturelles sans envahir l’organisme, c’est que celui-ci est armé pour la défense.
MODES DE DÉFENSE NORMAUX DE L'ORGANISME. — Le revétement épithélial, son rôle mécanique; cils vibratils ; ses sécrétions.
Les antiseptiques naturels. — La salive, inconstance de son action ; le suc gas. trique a un pouvoir bactéricide très considérable dû à la présence de l’acide chlorhydrique ; l'urine.
Les phénomènes vitaux de défense. — La phagocytose dans le pharyux, les parois intestinales, les poumons. Le chimiotaxisme.
Si les microbes sont arrivés à surmonter tous ces obstacles, ils ont encore à compter avec le pouvoir bactéricide du serum sanguin et avec le rôle destructeur de certains organes.
CIRCONSTANCES QUI ENTRAVENT CES MOYENS DE DÉFENSE. — Elle peuvent agir: par altération du revétement épidermique ou épithélial. Solution de continuité. Infection sans perforation. Altération des epithelium, chute des cils \ibratils, modification des sécrétions. $
Par altération des liquides organiques antiseptiques — Perte du pouvoir bactéricide de la salive par les modifications de la sécrétion ; modification du chimisme stomacal ; altération de l'urine.
Par obstacle local au pouvoir phagocytaire. Le traumatisme, le froid.
Par obstacle à la phagocylose par inhibition générale ; modifications dans l’action du système nerveux ; pneumonies expérimentales avec section des nerfs va: gues ; influence de la section des nerfs auriculaires sur l’érysipele expérimental du lapin ; localisation des infections chez les hémiplégiques et paraplégiques.
\clion du surmenage, de la misère physiologique, du jeûne, des intoxications.
INFLUENCE DES MALADIES ANTÉRIEURES. — Infections générales et infections locales,
À l'état normal les microbes pathogènes habitent impunément les cavités de l'organisme; ils sont répandus, sans nuire, sur les surfaces cutanées où muqueuses et dans leurs glandes, parceque la nature à accumulé dans cet organisme les moyens de défense.
Dans les cavités, les microbes sont soumis à des influences qui atténuent leur virulence et les rendent indifférents ; ils sont, pour ainsi dire, domestiqués.
Modes de défenses normaux de l’organisme
RÔLE DU REVÊTEMENT ÉPITHÉLIAL. — Le premier obstacle qui s'oppose à l’envahissement des microbes est le revêtement épidermique ou épithélial ; son importance est déjà grande au simple point de vue mécanique, puisqu'il est constitué par des couches plus ou moins épaisses de cellules solidement adhérentes entre elles et fermant le passage. Cependant il n’est pas complètement infranchissable ; les recherches de Garré et de Wasmuth sur la peau, ont en effet établi qu’une simple friction permet le passage des éléments microbiens entre le bulbe pileux et les parois de sa loge ; l’effraction serait probablement plus facile encore sur les muqueuses ; mais alors interviennent d'autres facteurs dépendants de l’épithélium ; tels, par exemple, Les cils vibratils. C’est dans la trachée et les grosses bronches que leur rôle est surtout actif; ils peuvent suffire à l'expulsion des germes, si ceux-ci ne sont pas très nombreux.
Les épithéliums renferment dans leurs paroïs de nombreuses cellules glandulaires, parmi lesquelles des cellules caliciformes mucipares ; le mucus qu’elles secrètent possède aussi dans l’acte de défense une fonction importante ; il peut, en effet, englober, enrôber, pour ainsi dire, les éléments microbiens et assurer ainsi leur expulsion à l’extérieur. En outre, la sécrétion muqueuse dissout et dilue les toxines élaborées.
Certaines régions épithéliales sont beaucoup moins bien défendues. C'est ainsi que, alors que la portion supérieure des voies bronchiques est doué de cils vibratils, d'abondantes cellules à mucus, d’une sensibilité reflexe très prononcée, etc., la portion inférieure des bronches n'a plus comme unique moyen de défense que sa couche de cellules cylindro-cubiques.
RÔLE DES SÉCRÉTIONS DANS LES CAVITÉS. — Dans les cavités de l'organisme, les microbes se trouvent en contact avec des sécrétions qui n’ont plus, comme le mucus. une simple action mécanique, mais qui interviennent beaucoup plus activement, grâce à une puissance antiseptique plus ou moins marquée.
Action de la salive. — Dans la bouche, les microorganismes pathogènes subissent l’action de La salive dont Sanarelli a démontré le pouvoir bactéricide ; les staphylocoques, les streptocoques, le bacille typhique, le spirille du choléra, sont assez rapidement détruits ; le bacille de la diphtérie, est très résistant et n’est détruit qu'après une action de la salive durant pendant 28 à 40 jours. Le
pheumocoque ne meurt pas dans la salive, mais sa virulence se perd très rapidement.
Si, malgré cette action antiseptique de la salive, on retrouve constamment des microbes vivants dans la cavité buccale, c’est que les contaminations sont presque continuelles.
Ce pouvoir bactéricide n'existe que pour la salive de l'individu sain ; dès que la sécrétion est pervertie le microbe reprend ses droits. Cependant il existe des exceptions que rien jusqu'à présent n’explique ; ainsi Netter a trouvé dans sa propre salive, pendant 2 mois, des pneumocoques virulents tuant des lapins auxquels cette salive était inoculée ; deux mois plus tard, il ne peut plus provoquer aucun état pathogène et, a un moment donné, alors qu'il se trouvait en rapport fréquent et de longue durée avec un pneumonique, il ne trouva pas de pneumocoque dans sa salive. [Il faut tenir compte aussi d’autres circonstances capables d’atténuer la virulence : telle est par exemple l’action du courant d'air respiratoire ; Roux à rendu abs0olument inoffensives des cultures de diphterie en les plaçant dans un courant d’air à 40°.
Action du liquide gastrique. — Le liquide gastrique jouit de propriétés de défense extrêmement actives; mais, fait remarquable, alors qu’il laisse intactes les espèces microbiennes possédant d'indéniables propriétés de ferment et destinées à jouer un rôle spécial dans la digestion, espèces dont le degré de résistance dépasse la durée de la digestion gastrique, son action bactéricide s'exerce très efficacement sur les espèces pathogènes. D'après Siraus, le bacille du charbon est détruit en une demie heure ; le bacille
d’Eberth meurt après un séjour de 2 à 3 heures dans le liquide gastrique du chien, du mouton, de l'homme. Les résultats obtenus par le même auteur avec le bacille de Koch sont des plus intéressants : ainsi l'injection souscutanée d’une culture tuberculeuse ayant subi l'action du suc gastrique pendant À à 6 heures, à la température de 38°, détermine un abcès tuberculeux au point inoculé, et bientôt après une infection tuberculeuse généralisée ; l'injection, après 8 à 12 heures d'action du suc gastrique, ne provoque plus qu’un abcès tuberculeux local sans généralisaion ; après 18 heures d'action, l'inoculation ne détermine plus aucune action même locale.
MM. Straus et Wurtz, en abandonnant du suc gastrique du chien à lui-même et à tous les ensemencements accidentels du laboratoire, puis en opérant d’après la méthode des cultures sur plaque, ont constaté que le suc gastrique :
après { jour donne des colonies innombrable,
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L'action du suc gastrique de s'exerce pas à tout moment avec une égale activité. D’après Kabrehl, l'acide chlorhydrique du suc gastrique se combine aux albumines et perd une grande partie de ses pouvoirs bactéricides ; c’est donc dans les trois premières heures de la digestion, que les microbes auraient le plus de chance de traverser l’estomac sans être altérés. C’est certainement à l’action du suc gastrique qu'est due l’immunité relative de l’homme à l'égard des produits alimentaires renfermant des microbes
pathogènes. Ainsi dans la Beauce, le personnel des fermes etles équarisseurs ne craint pas de manger la viande des animaux charbonneux et, d'après Boulay, les accidents sont très rares.
Mais, dès que la fonction gastrique est altérée, le suc gastrique perd son pouvoir bactéricide provenant de l’acide chlorhydrique qu’il contient. C’est ainsi que le choléra, la fièvre typhoïde, etc., succèdent souvent à un embarras gastrique; le choléra atteint très fréquemment les alcooliques dont la muqueuse gastrique est très altérée ; « sur 10 cholériques alcooliques, il en meurt 9, dit le D' Gibert (du Hâvre), tandis que sur 10 personnes sobres et saines, on en sauve 8 ou 9. »
Une fois que les éléments pathogènes renfermés dans les aliments ont franchi l'estomac sans étre détruits par le suc gastrique, ils arrivent dans l'intestin où ils trouvent le meilleur milieu de culture ; ils y pullulent et leur virulence s’y renforce. Rappelons qu'au premier rang parmi ces microbes, se trouve l’un de nos pathogènes vulgaires, le coli-bacille.
Nous avons déjà vu l’action antiseptique puissante de l'urine, due aux phosphates acides qu'elle renferme ; il n'y a pas lieu d’y insister.
PHÉNOMÈNES VITAUX DE DÉFENSE. — Lorsque les éléments pathogènes ont pu vaincre les premiers obstacles, ils ont à lutter contre un certain nombre de phénomènes vitaux, en première ligne desquels se trouve la phago-
cytose.
Le phagocytose consiste dans l'absorption et la des-
truction des bactéries vivantes et virulentes qui ont franchi la barrière des épithelium protecteurs. Le phagocytisme est dévolu surtout aux leucocytes, et dans de moindres proportions, aux cellules de l’endothelium des vaisseaux et aux cellules fixes du tissu conjonctif.
Partout où, dans l'organisme, les microbes pourraient pénétrer par effraction, dans ses points faibles surtout, se trouvent répartis les amas leucocytiques.
Dans le pharynzx, ce rôle est réparti aux nombreux follicules lymphatiques isolés, disséminés, ou agminés, sur la paroi postérieure du pharynx, de chaque côte de ses piliers, sur la face dorsale de la langue, au niveau de l’apophyse basilaire (amygdale pharyngienne de Luska) ; de sorte que si nous réunissons par la pensée, avec M. Jeanselme, aux follicules groupés, les follicules isolés et disséminés, on peut dire que l’arrière-gorge est doublée par un ganglion lvmphatique.
Nous avons vu que les microbes pathogènes trouvent des conditions exceptionnelles de développement dans l'intestin ; mais ceux d’entre eux qui seraient parvenus à traverser par effraction ses premières tuniques, trouveraient bien vite dans la couche lymphoiïde une nouvelle barrière vivante, constituée par une couche trés dense de leucocytes prêts à les absorber.
Dans l'appareil broncho-pulmonaire, on connaît déjà le rôle joué par les cils vibratils des bronches ; cependant, beaucoup de microbes arrivent à se déposer à la surface de la muqueuse respiratoire, jusquesur les alvéoles pulmonaires. Mais, malgré la loi de Wissokowitch sur l’imperméablité des membranes vivantes, le revêtement épithélial intact
des alvéoles ne suffit pas àarrêter au passage tous les microbes ; aussi, à ce niveau, trouve-t-on une importante couche de leucocytes phagocytaires empéchant la pénétration des microbes vivants ; au contraire, les corps indifférents, les cadavres mierobiens, ne provoquent pas les mêmes réactions organiques; Baumgarten et Botte, en effet, ont trouvé, déjà après trois heures, dans les follicules lymphatiques péri-bronchiques, les bacilles charbonneux morts qu'ils avaient injectés.
Le chimiotaxisme a de grands rapports avec la phagocytose; c’est l'influence exercée sur les phagocytes par les microbes et leurs secrétions. Le chimiotaxisme est donc, de concert avec l’action vasomotrice, le régulateur de la phagocytose. Il est positif quand ces substances chimiques attirent les leucocytes; négatif quand elles le repoussent; indifférent quandil n'y à ni répulsion ni attraction. Et, en général, plus une culture microbienne est virulente et toxique, plus la phagocytose est entravée, lente, difficile ; au contraire, plus le virus est atténué ou l'organisme réfractaire, plus le phagocytisme est actif.
ACTION BACTÉRICIDE DU SÉRUM SANGUIN ET DES ORGANES. — Supposons que des microbes pathogènes aient pu résister à l’action des liquides organiques antiseptiques, aient réussi à franchirles parois des organes qui les renferment ; qu'ils aient échappé aux phagocytes ; ils ne sont pas encore maîtres de la place ; car, surtout s'ils sont peu nombreux, ils peuvent être entraînés dans le torrent circulatoire, exposés à l’action bactéricide du sérum sanguin et disséminés dans les organes destructeurs, foie, moelle
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osseuse, corps thyroïde, amygdales, rate, ganglions Iÿmphatiques ; à la rate et aux ganglions surtout est dévolu le rôle important; selon la pittoresque expression de Claisse, la rate fait la police de la circulation sanguine, alors que les ganglions font la police de la circulation lymphatique. Ces microbes pourront encore arriver au niveau des glomérules du rein par où 1ls seront éliminés. « Ge qui rend possible le développement d’une mala- « die infectieuse, ce n’est donc pas la rencontre fortuite « d’un homme avec un microbe ; l’agent infectieux ne « trouve qu’exceptionnellement les circonstances favorables, je ne dis pas à sa pénétration, mais à son développement et à sa multiplication. » (Bouchard.)
Circonstances qui entravent la défense de l’organisme
Il estun certain nombre de facteurs très importants qui peuvent intervenir en faisant obstacle à la défense de “organisme, surtout en ralentissant la phagocytose.
Ils peuvent agir :
En altérant le revêtement épidermique ou épithélial.
En altérant les sécrétions naturelles untiseptiques.
En faisant obstacle à la phagocytose, soit localement, soit par inhibition totale.
CIRCONSTANCES QUI ALTÈRENT LE REVÊTEMENT ÉPITHÉ- LIAL. — Tout traumatisme altérant le revétement cutané Où épithélial dans sa continuité, peut . permettre l'introduction de germes pathogènes. Une solution
de continuité n'est pas indispensable ; l'infection en effet peut se faire dès qu’il y a une altération quelconque des tissus. Nous avons déjà vu qu’une simple friction un peu énergique permet le passage des microbes de la surface cutanée.
Nous savons que lecoli-bacille, hôte de l'intestin, peut envahir l'organisme sans qu’il y ait perforation, pourvu que la paroï intestinale soit enflammée: c'est ce qui se produit dans certains cas d'étranglement herniaire, de choléra herniaire.
Il est certain que dans les bronches, par exemple, toute inflammation banale amenant la chute des cils vibratils de l'épithélium, et altérant la sécrétion muqueuse, apportera une très sérieuse entrave à la défense de cette région.
CIRCONSTANCES ALTÉRANT LES SÉCRÉTIONS NATURELLES ANTISEPTIQUES. — Les liquides antisepliques, qui jouent un rôle si important dans la défense des cavités de l’organisme, ne jouissent de tout leur pouvoir qu'autant qu'ils sont à l’état physiologique. Toute altération dans leur
sécrétion peut anéantir complétement leur propriété.
Dans la bouche, par exemple, le rôle de la salive est très inconstant, parce qu’une modification, même très peu importante, de la sécrétion des glandes salivaires ou des diverses glandes accessoires détermine des variations très notables de sa qualité.
Le suc gastrique tient son pouvoir antiseptique Considérable de la présence de l'acide chlorhydrique. Tout trouble du chimisme stomacal diminuant le taux de
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