‹ Les Pyosepticémies MédicalesChapitre 29 sur 92 · OBSERVATION XI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XI

Enfant amenée le 18 août avec une bronchite qui semble légère.

Le lendemain elle est oppressée, pâle, anxieuse.

A l’auscultation on trouve quelques râles sibilants aux deux bases. On compte 52 respirations par minute.

Pouls 160. — Temp. matin 39°6, soir 39.

90 août. Il y a eu des vomissements et une légère épistaxis. L'état est stationnaire ; mais on donne des bains froids qui abaissent la température. Mêmes signes stéthoscopiques.

Temp. matin 38°, soir 39°6.

91 août. L'enfant est plus anxieuse ; la face et les extrémités sont cyanosées ; la dyspnée est plus intense.

Pouls 150. — Resp. 74. — Temp. matin 37°8, soir 39°.

L'’œil est excavé, les pupilles sont fortement resserrées. Les quatre bains de la veille ont chaque fois abaïssé la température de 1°.

29 août. Frostation, cornées flétries, myosis prononcé.

Des plaques érythémateuses sont apparues à la racine des cuisses et au niveau des aines. Elles sont irrégulières à contours mal dessinés ; leur coloration varie du rouge au violet foncé; à l’auscultation la respiration semble légèrement soufflante au sommet droit ; râles muqueux et sibilants aux deux bases.

Resp. 74, pouls 164, temp. matin 36°2, soir 40°

La respiration présente des irrégularités et.des temps d’arrêt.

23 août. Mort à 8 heures du matin.

AUTOPSIE. — Poumons. Lésions emphysémateuses et atélectasiques disséminées ; bronchite capillaire.

Foie décoloré, jaunâtre, graisseux.

Les autres organes paraissent indemnes.

Bactériologie. — Le pus des bronchioles fournit :

1° Des streptocoques en grande quantité ;

2° Quelques colonies de staphylocoques dorés ;

3° Sur quelques tubes poussent, en outre, des colonies de colibacille et d’un microbe à long bâtonnets qui n’a pas été déterminé ;

4 Des colonies en gouttes de rosée présentant l’aspect du pneumocoque.

L'ensemencement de sang, des pulpes de rate et de rein fournit des streptocoques. Les cultures du foie restent stériles.

Une souris inoculée avec l’exudat bronchiqne, meurt en 24 heures. Les organes ensemencés sur divers milieux (bouillon, agar, gélatine) fournissent des cultures de streptocoques.

LA VOIE GÉNITALE. — Dans une observation dont nous avons pu suivre l’évolution à la clinique de M. le professeur Spillmann et qui est rapportée plus haut (obs. n° 2), nous trouvons une infection généralisée, ayant son point de départ dans l'utérus chez une femme accouchée, mais s'éloignant beaucoup dans ses manifestations de ce que l’on voit le plus souvent, à tel point qu'on hésiterait à prononcer le diagnostic d'infection puerpérale, s1 les anamnestiques ne permettaient de le poser. Il s’agit en somme, beaucoup plus d’une infection médicale. L’autopsie, d’un très grand intérêt, nous à montré le streptocoque traversant la muqueuse utérine, puis le muscle utérin, mais cela,sans la moindre réaction de cet organe ; pas de lochies purulentes, aucune douleur, et lorsqu’au 18° jour après l'accouchement, nous examinons la femme, nous trouvons l’utérus en excellente voie de régression, le col fermé, en aucun point nous ne pouvons déter-

miner de douleur ; pas trace de chaleur, de fluctuation, etc. Aussi doutions-nous du diagnostic, jusqu’au moment où l’évolution de la maladie n’a pu nous laisser de doute.

Le passage des microbes à travers le f{ltre placentaire sain est bien établi, d'après les recherches de Arloing, Cornevin et Thomas (charbon symptomatique), Chambrelent (choléra des poules), Straus et Chamberlent (vibrion septique, bactérie charbonneuse), Landouzy et Martin, Charrin et Kalt, Johne, Csokor, Herrgott et Haushalter (bacille tuberculeux).

M. Auché, de Bordeaux, a retrouvé le streptocoque dans les organes d’un fœtus dont la mère avait succombé à la variole. Nous avons été assez heureux pour observer, avec M. le professeur agrégé Haushalter, un fait semblable. Nous rapporterons l'observation de la mère comme cas d'infection secondaire à la variole. Le foie et la rate de la mère, le foie, la rate et le sang du fœtus, nous ont donné des cultures pures du streptocoque virulent. Il est vrai qu'il existait quelques ecchymoses placeataires.

Ce fœtus, qui ne présentait aucun accident variolique, était né prématurément, au 7° mois de la gestation, quelques heures avant la mort de la mère; il succomba rapidement, 27 heures après sa naissance, sans aucune cause apparente autre que la débilité congénitale.

Porte d'entrée auriculaire et dentaire

Voie auriculaire. — Les otites suppurées, soit primitives, Soit consécutives à une angine, déterminent parfois

des thromboses des sinus encephaliques, des méningites. Îl s’agit ici surtout d'accidents par extension de voisinage, dont rendent bien compte les rapports anatomiques.

Mais dans quelques cas, encore rares dans la littérature médicale, ces otites ont été le point de dpart d'infections pyosepticémiques généralisées, dont la méningite conco mitante n'est qu'une manifestation.

Moos a trouvé le streptocoque dans le pus d’un abcès fessi-r, suite d'otite. Moos, Netter (1) ont cité des cas d’infection purulente, consécutive à une otite à streptocoques.

Le docteur Hecke (de Breslau) cite deux cas très intéressants à ce point de vue (2).

Dans le premier il s’agit d’un garcon de dix-sept ans, porteur d’une otite movenne purulente chronique, et qui est pris un jour de frissons ; l’apophyse mastoïde devient sensible, la fièvre s'allume, l'écoulement redouble. On trépane l’apophyse mastoïde, il s'écoule du pus; quatre jours après, on constate une pleurésie gauche avec une température de 42°. Le cinquième jour, larticulation sterno-claviculaire gauci.e s'enflamme et devient purulente ; on l’ouvre; à droite, 1l se fait une pleurésie séreuse et une inflammation de l'articulation de l'épaule. La guérison fut complète.

Chez le second malade, on fit la trépanation de lapophyse pour une otite purulente. Bientôt il y eut des fris-

(1) Netter (Ann. des mal. de l'oreille), 1888. (2) Hecke (Rev. de laryngol.), mai 1892.

sons répétés, du gonflement de l'articulation du coude, qui fut ouverte ; elle contenait une sérosité louche, riche en streptocoques.

À la séance du 29 juin 1892 de la Société de chirurgie (V. Semaine médicale, 1892, p. 267), M. Chauvel a dit avoir observé, de 1880 à 1890, 1,137 malades atteints d’otite moyenne suppurée, parmi lesquels 16 ont présenté diverses affections septiques où septico-pyohémiques comme complications de leur otite. Ces 16 cas se répartissent ainsi: | méningite, 2 abcès du cerveau, 3 autres inflammations locales, 5 septicémies, 2 érysipèles et 3 cas d’arthrites infectieuses d’origine septique.

Dans la même séance, M. Reclus a cité un cas où de nombreux abcès, presque tous articulaires, étaient surve nus chez une dame atteinte d’une vieille otite suppurée. M. Reynier a également rapporté deux cas d’otite grippale compliquée d’ostéo-arthrite suppurée avec état général grave.

Intéressants encore sont les cas de pneumonie consécutive à des otites. Zaufal, au Congrès de Berlin, avait déjà fait la remarque que certaines otites ont la marche cyclique de la pneumonie (chute critique de la température, résorption de l’exsudat). Delassus (1) a relaté un cas d’otite purulente avec carie du rocher, chez un enfant qui, à plusieurs reprises, contractait de véritables pneumonies infectieuses, chaque fois qu’il y avait rétention du pus. M. Gérard-Marchand à observé un fait semblable.

MM. Legendre et Beaussenat ont publié une observa-

(1) Delassus (Journ. des sc. méd. de Lille), 1889

nr '0E

Lion intéressante, du même genre, dont voici le résumé :

Page 1