CHAPITRE IV
Pyosepticémies à prédominance bronchopulmonaire
ESPÈCES MICROBIENNES. — La broncho-pneumonie peut étre produite par le streptocoque, le staphylocoque, le coli-bacille, le pneumocoque, le bacille encapsulé de Friedlænder, ; ces microbes existent tantôt seuls, tantôt associés.
PATHOGÉNIE. — La broncho-pneumonie peut être ou bien une manifestation d’une pyosepticémie ; ou bien une infection d’abord locale, pouvant devenir infectante en déterminant à son tour une pyosepticémie.
TABLEAU CLINIQUE. — Altération de l’état général ; disproportion entre sa gravité et l'intensité des lésions pulmonaires.
Parfois, chez les très jeunes enfants les phénomènes pyosepticémiques passent inaperçus, et la mort est mise sur le compte des accidents respiratoires. Les broncho-pneumonies d’origine intestinale. — Rôle du coli-bacille.
ESPÈCES MICROBIENNES. — La nature de la bronchopneumonie est actuellement bien déterminée. Les travaux de M. le professeur agrégé Netter, de Weichselbaum et de Bianti, ont bien prouvé que toujours elle était due à l’intervention microbienne. Alors que la pneumonie lobaire vraie dépend toujours du pneumocoque lancéolé encapsulé de Talamon-Frænkel, la broncho-pneumonie peut relever de microbes différents, parmi lesquels peuvent se trouver tous les microbes pyogènes vulgaires
Chez l'adulte, sur 53 cas de broncho-pneumonie, Netter a trouvé :
Le pneumocoque 15 fois seul et 12 fois associé ;
Le streptocoque 12 fois seul et 7 fois associé ,
Le bacille encapsulé de Friedlænder 9 fois isolé ;
Le staphylocoque est très rarement isolé.
Chez l'enfant, le pneumocoque reste três fréquent ; l'importance du staphylocoque augmente, alors que celle du bacille encapsulé diminue. Quant au streptocoque, il semble présenter une prépondérance d'autant plus grande que l'enfant est moins avancé en âge. Il va là un fait intéressant que vient de vérifier le travail de MM. Hutinel et Claisse. MM. Sevestre et Lesage ont démontré la présence du coli-bacille dans certains cas particuliers sur lesquels nous aurons à revenir.
ETIOLOGIE. — La broncho-pneumonie peut se présenter dans deux conditions étiologiques bien différentes : 1) Ou bien elle a été précédée de l'infection générale dont elle n’est qu'une mani'estation, résultant de la localisation dans les lobules pulmonaires de microbes pullulant antérieurement dans l'organisme. C’est ce que l’on observe quand une broncho-pneumonie survient au cours d’une pyosepticémie antérieure comme dans notre observation de pyosepticémie puerpérale (obs. n° 3). C'est encore ce que MM. Hutinel et Claisse ont vu se produire chez des enfants porteurs d’excoriations de la langue ou des lèvres, portes d'entrée vraisemblables de l'infection.
L'érysipèle, maladie dans laquelle le streptocoque s’est localisé, peut devenir aussi le point de départ d'une broncho-pneumonie : Dulery a rapporté le cas d’un malade qui eut un érysipèle de la face, une broncho-pneumonie avec trois foyers successifs, une pleurésie et une péricardite suppurées à streptocoques.Mosny, après Labaiïllière et
Stakler, a appelé l'attention sur ce qu’il appelleles bronchopreumcnies érysipélateuses. 2) Ou bien la broncho-pneumonie est le foyer primitif dù à la pullulation dans les lobules, facilitée par une lésion bronchique antérieure, des microbes hôtes normaux des cavités bucco-pharvngées ; ils sont devenus virulents sous l'influence de l’une des causes que nous avons étudiées : maladie spécifique, angine, modification du pouvoir antiseptique de la sécretion salivaire altérée..…
Dans ce dernier cas, la broncho-pneumonie peut rester une infection locale, n'agissant que par les troubles purement mécaniques de l'appareil pulmonaire; ou bien les toxines secrétées au niveau de la lésion locale, peuvent se répandre dans l'organisme et donner lieu à une forme toxique ; ou bien de ce foyer les microbes se disséminent pour produire une pyosepticémie générale : la broncho-pneumonie infectieuse est devenue infectante. Trois fois, Claisse a retrouvé le streptocoque dans le sang, et une fois le pneumocoque. Ce sont les cas de la première et de la dernière catégorie qui nous intéressent et que nous avons à étudier.
ASPECT CLINIQUE. — Pendant plusieurs jours on a observé les signes d’une bronchite des grosses bronches, à peu près apyrétique, lorsque tout à coup, d’une façon absolument inopinée, la température s’élève rapidement, la dyspnée apparait, l'état général devient rapidement grave. Le facies s’altère, donnant à l'infection son cachet si Caractéristique : le visage devient pâle, blafard, plombé, anxieux ; les yeuxse cerclent, s’enfoncent dans les orbites,
sont éteints, mornes, les cornées sont ternes, flétries ; sur les joues ont voit apparaitre des marbrures, parfois des taches érythémateuses ; les lèvres, la langue deviennent fuligineuse ; la cyanose fait son apparition, augmente progressivement aux lèvres, à la face, aux extrémités.
La dyspnée s’accentue, les mouvements respiratoires peuvent arriver jusqu’à 100 par minute, l'inspiration et l'expiration étant à peu près égales en durée. A l’auscultation on constate les signes de catarrhe suffocant ; parfois on trouve la présence de noyaux broncho-pneumoniques.
Le pouls bat à 150, 180; les pulsations cardiaques deviennent irrégulières ; les urines sont rares, foncées.
Dans l'appareil digestif, on note des vomissements alimentaires, muquéux ou bilieux, la diarrhée. MM. Hutinel et Claisse considèrentcomme caractéristique l'aspect grisatre, vert-de-gris, des selles. Enfin souvent le malade tombe dans le coma et succombe.
Les lésions pulmonaires peuvent être très accusées ; mais parfois, au contraire, même si la maladie est assez longue pour permettre toute leur évolution, elles restent assez atténuées, tranchant ainsi avec les accidents généraux ds à l'infection ; ceux-ci sont alors absolument hors de proportion avec l'intensité des accidents respiratoires ; on peut trouver alors l’endocardite, la néphrite aiguë, la tuméfaction de la rate.
L'observation n° V du mémoire de MM. Hutinel et Claisse est très intéressante à ce point de vue, l’autopsie ayant démontré qu’au moins les 3/5 des poumons étaient restés ouverts à l’hématose ; mais l'infection était générale et le streptocoque était retrouvé dans le sang du cœur.