OBSERVATION XXI
Br JS dix-huit mois, est atteint d’une rougeole bénigne.
Le 28 juillet l’éruption pâlit, la température descend.
29 juillet. — Le catarrhe bronchique, qui avait diminué, reprend avec une nouvelle intensité. Gros râles sibilants, ronflants et muqueux.
30 juillet. — La respiration s’est améliorée; le visage a pâli; les lèvres sont bleuâtres et les pommettes marbrées. Quelques râles sous-crépitants aux deux bases.
Resp. 80. P. 160. T. m. 39°4. s. 40°2.
31 juillet. — La dyspnée est extrême. La face et les extrémités sont cyanosées. Pas de nouveaux symptômes à l’auscultation. Le pouls est toujours très rapide, mais plus faible que la veille.
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1 août. — Adynamie profonde, respiration irrégulière. Pouls à peine perceptible. T. m. 40°2. Mort dans la journée.
AUTOPSIE. — Poumon. — Léger emphyséme des bords antérieurs, congestion peu prononcée des deux bases. Sur le lobe supérieur du poumon gauche, au niveau du bord postérieur, on découvre une sorte de cocarde dont le centre est formé par une plaque jaunâtre de 5 millimètres de diamètre et la périphérie par un anneau sombre, violacé de 1 cent. 1/2. La portion centrale correspond à un petit foyer purulent de la grosseur d’un pois très apparent à la loupe; le foyer est entouré d’une zone indurée qui le sépare du parenchyme sain.
Une lésion analogue, mais plus petite existe au fond de la scissure interlobulaire du poumon droit. Deux autres vacuoles se trouvent dans l'épaisseur du poumon droit.
Les bronchioles qui conduisent à ces foyers sont remplies d’un pus assez épais ; ce n’est pas l’exsudat aéré et spumeux que l’on rencontre ordinairement dans les bronchites capillaires, c’est un pus
jaune, privé d’air, qui oblitère complétement le calibre de quelques bronchioles.
La plupart des bronches sont d'ailleurs restées complétement perméables et indemnes de toutes lésions ; les 3/5 du poumon, au moins, sont conservés à l’hétamose, il existe bien une bronchite généralisée des grosse et moyenne bronches, mais le processus n'aboutit à l’oblitération des fines bronches que dans un espace très
limité.
Foie. — Stéatose trés marquée. — Rate. — Volumineuse. EXAMEN BACTÉRIOLOGIQUE. — L'examen sur lamelle du pus des
grains jaunes montre une multitude de coccus qui résistent tous à la décoloration par la méthode de Gram.
La plupart sont en chaînettes plus ou moins longues. Les cultures sur gélatine, gélose ou bouillon et l’inoculation à la souris, démontrent dans le pus des grains jaunes et dans l’exsudat des fines bronches l’association de pneumocoques et de streptocoques.
Le sang du cœur donne une culture pure de streptocoques.
Parfois, dans les formes très aiguës, chez les enfants surtout, l'infection passe totalement inaperçue, les accidents et La mort sont mis sur le compte des accidents asphyxiques de la broncho-pneumonie.
Tel est le cas chez un nouveau-né observé à la Maternité de Nancy, dans le service de notre maître, M. le professeur Herrgott. La mère de cet enfant n'avait été atteinte avant son accouchement d'aucune infection dont elle . eùt pu transmettre les germes par voie placentaire ; l'enfant n'avait présenté aucun accident vers la plaie ombilicale ou ailleurs. Mais l’influenza sévissait dans le service ; l'enfant contracta une broncho-pneumonie vraisembla-
blement d’origine grippale et succomba à une infection streptococcique. (V. obs. 53.)
M. Sevestre, puis plusieurs de ses élèves, M. Lesage surtout, ont fait connaître une forme intéressante de broncho-pneumonie survenant au cours d'affections intestinales chez l'enfant, et due selon lui à un processus infectieux parti de l'intestin (1).
La maladie commence par une entérite simple apyrétique, avec diarrhée très fétide ; puis, après quelques jours, la fièvre paraît, l'enfant se met à tousser ; la température oscille entre 39 et 40°, le pouls entre 120 et 160 pulsations ; la dyspnée est modérée et à l’auscultation on perçoit les signes d’une broncho-pneumonie. Généralement la maladie s'aggrave et la mort survient dans le collapsus. A l’autopsie, on trouve des noyaux de broncho-pneumonie peu étendus et limités à la surface du poumon ; dans cinq cas, Lesage aurait exclusivement retrouvé le coli-bacille dans les noyaux broncho-pneumoniques. Ce fait semble venir puissamment à l'appui de l'opinion de M. Sevestre sur l'origine intestinale de cette infection, transmise par voie sanguine; mais Lubarsch, et peut-être aussi Lesage qui dit avoir retrouvé le bacillus coli dans l’air des salles de malades, croient plutôt à une infection Girecte par le poumon.
Nos maîtres, MM. les professeurs Macé et Simon, ont rapporté trois cas analogues.
(1) Lubarsch et Tsutsui ont publié un cas semblable ; dans les organes ils ont trouvé un bätonnet qu'ils identifient avec 1c bacillus enteridis de Gacertner, qu'il est impossible de différencier spécifiquement du coli-bacille.
En voici un autre que nous avons observé tout récemment dans le service de M. Simon :
OBSERVATION XXII. — Liarrhée infectieuse. — Déchéance de l'état général. — Broncho-pneumonie. — Mort. — Le pus de la broncho-pneumonie donne des cultures pures de coli-bacille.
Arm. Emilie, 16 mois, entrée au service le 22 juin 1893. Pére bien portant, ne tousse pas. Mère neurasthénique. Trois enfants, dont l’un aurait mal aux yeux depuis quatre ans.
Antécédents personnels. — L'enfant est venue au monde à 8mois. À été nourrie au sein, n'est pas encore vaccinée, a commencé à marcher vers l’âge d’un an. Elle a les 4 incisives supérieures, 3 incisives inférieures ; 2 prémolaires en haut et autant en bas. N’a eu, à propos de sa dentition, que la diarrhée pendant une huitaine de jours. Elle est très nerveuse. À eu la variole vers l’âge de cinq mois.Une quinzaine de jours après sa dentition, prit la rougeole. N’a jamais toussé depuis lors.
Depuis le 19 juin, a une très forte diarrhée; ses selles étaient comme de l’eau ; ne contenaient pas desang. A mouché du sang le lundi. Les selles étaient vertes au début, puis jaunâtres. Au début également, a eu une trés forte fièvre et par moment, des convulsions, jetait constamment des cris ; avait la langue noire ainsi que les lévres.
Mardi dernier, a commencé à vomir. Depuis son entrée, a vomi deux fois ce qu’elle avait pris.
Pas re $ 3803 ETAT ACTUEL. — À vomi 2 fois ce matin. T. 3608
L'enfant a maigri, yeux excavés. Ventre souple. Langue sèche et blanche au milieu. Respiration nette. 5 à 6 selles depuis qu'elle est au service, hier, les selles étaient noires (Bismuth) ; aujourd’hui, jaunes.
94 juin. — Méme état. L'enfant a toujours la diarrhée. Ne se plaint pas. Elle a l’air très faible. A été très agitée la nuit.
Température du matin, 38°8 à 10 heures ; 36°8 à 8 heures.
Yeux excavés. Voix presque éteinte, extrémités froides.
Six selles. À vomi son champagne la nuit. Selles jaunes verdâtres, un peu muqueuses. Ne tousse pas. Pieds assez chauds.
26 juin. — Hier, 4 selles verdâtres, une selle diarrhéique ce matin. N’a plus vomi depuis hier soir. T. ee
Amaigrissement énorme. Strabisme divergent. Pupilles assez dilatées. Mouvements convulsifs dans les membres. Langue assez humide Respiration nette. À bu au-delà d’une bouteille de Soultzmath.
27 juin. — A toujours des selles diarrhéiques, selles vertes, glaireuses. On prescrit des bains tièdes.
L'enfant est morte l’après-midi ; depuis le matin 4 heures, n'avait
plus eu de selles.
AuTopsiE DU 28 juin 1893. — Le lohe supérieur gauche du poumon ést emphysémateux. Le lobe inférieur ne crépite plus ; il est dense, et surnage dans l’eau. Les bronches contiennent du muco-pus. Les lobes supérieurs droits sont également emphysémateux. Le lobe inférieur crépite un peu.
Le foie est décoloré, de consistance ferme.
La rate est peu volumineuse et ferme.
Les reins sont normaux.
L’estomac présente un piqueté hémorrhagique, pas d’ulcérations.
Sur les intestins 11 n’existe nulle part d’ulcérations ; les plaques de Payer sont gonflées. Par place, il y a une vascularisation abondante.
RECHERCHES BACTÉRIOLOGIQUES. Cultures. — Les cultures sur gélose et bouillon, ensemencées avec le rein, la rate, le foie, restent stériles. Celles avec le sang de là veine fémorale sont souillées par des impuretés.
Mais les ensemencements sur gélose, gélatine, bouillon et pomme de terre avec le pus bronchique nous donnent les caractères des cultures
pures du coli-bacille. IL fait fermenter la lactose sur bouillon au tournesol et coagule le lait. Production d’indol dans le bouillon.
Morphologie. — Porté sur lamelles, il se présente sous forme d’un bacille court, trapu, à extrémités arrondies, très mobiles ; se décolore par la méthode de Gram.
Inoculations. — Ce bacille est extrêmement virulent.
Le 8 juillet, inoculation de 1 centimètre cube d’une deuxième culture sur bouillon, dans le tissu cellulaire du dos d’un cobaye. Septicémie suraiguë. Spasmes respiratoires dès la 15° heure. Mort 21 heures après l’inoculation. Foie volumineux avec taches et marbrures blanches. Sang brun, diffluent.
Ensemencement positif avec le foie, la rate et le sang du ventricule gauche.