OBSERVATION XXIV
F... Catherine, 42 ans, femme de ménage ; vigoureuse, bien constituée, n’a jamais eu de maladie ; son père est mort à 70 ans, sa mère
est morte en couches ; elle a plusieurs frères et sœurs, tous bien por-
tants ; réglée depuis l’âge de 14 ans, elle l’a toujours été d’une façon périodique ; mariée depuis 20 ans, ellea eu 5 enfants.
Le 20 novembre 1890, sans cause connue, elle fut prise presque subitement d’envies fréquentes d’uriner ; en même temps elle éprouva des frissons, du malaise, et fut obligée de s’aliter ; pendant 5 jours, à chaque miction, elle rendit un peu de sang ; les mictions étaient très douloureuses, surtout à la fin, et se répétaient presque toutes les dix minutes ; dans l'intervalle la malade éprouvait dans le bas ventre des douleurs qui s’irradiaient jusqu’à la région lombaire.
2 décembre 1890. — La malade, se plaint d'une céphalée frontale atroce, qui l'empêche de supporter la lumière du jour.
La température est de 38°,4 le matin, de 398 le soir; le pouls est à 90, assez dépressible.
La malade urine toutes les demi-heures environ, mais avec moins de douleur qu’au début ; elle éprouve au-dessus du pubis une douleur profonde qui s’exagère à la pression et s’irradie dans le dos; Îles urines, dont la quantité est de 1200 cc. pour les 24 heures, et la densité de 1010, après repos dans un vase, sont claires et laissent déposer une couche mince de globules de pus ; elles ne renferment pas de sang ; on y découvre par la chaleur des traces d’albumine, leur réaction est légèrement acide ; elles n’ont aucune odeur spéciale.
La pression du canal de l’urèthre ne fait pas sourdre de pus ; le vagin est de coloration normale ; seul, le col de l'utérus est un peu volumineux et rouge ; entre les lèvres du col coule une goutte de pus blanchâtre ; dans ce pus, l'examen bactériologique ne permet pas de découvrir de gonocoque ; du reste la malade n’a eu antérieurement aucun symptôme de vaginite ; son mari, interrogé et examiné par nous, n’a pas eu de blennorrhagie depuis son mariage ; elle n’est pas enceinte, et ne l’a pas été depuis plusieurs années. Le toucher vaginal ne révèle rien d’anormal dans le corps de l’utérus ou vers ses annexes.
Langue étalée, recouverte d’un enduit épais, blanc, crayeux ; anorexie, soif vive, nausées ; constipation ; la malade est du reste habi-
tuellement constipée. Bruits du cœur nets. Obscurité du son de percussion aux deux bases du thorax, surtout à droite ; diminution du bruit respiratoire au même niveau ; bouffées de râles sous-crépitants fins à la base droite. Jusqu'à présent la malade n’a subi aucune médication.
3 décembre. —T. m. 39,4. — T.s. 38°,8. — Même état général ; céphalée de plus en plus intense; même état de la vessie et des urines. Régime lacté. Salol à l’intérieur.
4 décembre. — T. m. 37°. — T.s. 37°,4. — Les douleurs à la miction diminuent ; le dépôt purulent des urines ne forme plus qu’une mince couche tapissant le fond du bocal. La percussion et l’auscultation rêvèlent en arrière une respiration normale.
7 décembre. — La température demeure normale. Les envies d’uriper se montrent encore toutes les demi heures, ou même toutes les heures ; mais la douleur à la miction est moins intense ; cependant la malade ne peut encore marcher Céphalée persistante ; langue blanche ; anorexie.
Entre le 8 et le 11 décembre. — La température un peu hyponormale oscille entre 36°,4 et 35°,5, pour revenir à 37° le 12. Le dépôt purulent des urines n’existe plus qu’à l’état de traces ; les urines contiennent des vestiges d’albumine.
Le 11,les douleurs à la miction ont considérablement diminué ; mais la céphalée persiste encore, et l’appétit ne renaît pas.
14 décembre. — Les douleurs à la miction ont reparu en partie, ainsi que les fréquentes envies d’uriner ; les urines contiennent de nouveau un peu de pus ; la température est normale. Injections boriquées tièdes intra-vésicales ; capsules de térébenthine.
Jusqu'à la fin de décembre, les douleurs à la miction durent encore, mais vont en diminuant; le 20 cependant, les urines, limpides, sont normales et ne contiennent plus ni pus, ni albumine ; la céphalée s’atténue, l'appétit est faible, la constipation persiste ; les bruits du cœur sont mollement frappés, le pouls petit. et la malade lorsqu'elle se lève a des tendances à la syncope.
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Au début de janvier, l'état général se remonte, l’appétit reparaît, les couleurs renaissent, et le 7 janvier la malade quitte la clinique,
ne présentant plus aucun trouble vésical, ni aucune modification des urines. |
Rappelons enfin l’uréthrite avec néphrite relatée dans notre observation n° 15.