OBSERVATION XX V
Soldat vigoureux, âgé de 22 ans, présentant depuis 3 ou 4 jours une jaunisse insignifiante, qui ne l'avait pas autrement préoccupé. Mais brusquement et sans cause appréciable l'affection revêtit un caractère de gravité considérable. Les téguments, les muqueuses prirent une teinte ictérique très foncée; en même temps, le malade tomba dans une stupeur profonde entrecoupée de délire et de phase d’agitation extrême. Pupilles dilatées, soubresauts tendineux, vomissements bilieux, constipation absolue et incontinence d'urine. La région du foie était très douloureuse à la pression. La matité hépatique mesurait verticalement à peine 5 cent. Rate un peu tuméfiée et sensible. Rien
au cœur ni aux poumons.
La température qui était de 35°8 le matin de l’arrivée du malade à l'hôpital, atteignit 38°6 le soir. Cet homme mourait dans la nuit.
A l’AUTOPSIE faite 6 heures après la mort, on a trouvé les lésions classiques de l’ictère grave. Le foie très mou, affaissé, pesait seulement 970 gr. ; la vésicule biliaire remplie d’une bile grisâtre, trés fluide, ne renfermait aucun calcul ; maïs sa muqueuse était fortement vascularisée. Le canal cholédoque était perméable. Rate grosse (340 gr.) et molle. Injection de la substance corticale des reins. Nulle lésion de l'intestin, du cœur ni des poumons.
Hyperhémie du cerveau et de la pie-mère.
EXAMEN BACTÉRIOLOGIQUE. — Les cultures et l'examen microscopique du foie et du liquide biliaire ont montré une prolifération exceptionnelle du coli-bacille. Le même microbe a été retrouvé, toujours à l'état de pureté, dans la rate, les reins, le sang, les poumons, le tissu cérébral et le bulbe.
Dans l'observation suivante, Lévy (de Strasbourg), a rencontré le bacille liquéfiant sur lequel nous avons déjà insisté plusieurs fois.
OBSERVATION XXVI. — Septicémie ; frissons; vomissements : ictère ; diarrhée; infiltration purulente de l'apophyse mastoide ; pleurésie. — Mort.
Bacille pathogène liquéfiant. — Un homme se présente en se
plaignant d’une céphalée violente, de vertiges, tous les objets tournant de droite à gauche; surdité complète à droite. L’apophyse mastoïde est libre. L'état général est à peu près normal, sauf nne grande prostration.
Le 8 novembre. Apparition d’un frisson, de roideur de la nuque, de vomissements bilieux ; la pupille gauche est plus dilatée que la droite. On suppose une inflammation méningée.
Ces symptômes cédent, mais pour faire place à de l’ictère; tuméfaction de ia rate; les urines renferment de l’albumine et des pigments biliaires. Pas de délire. Les frissons reparaissent; la fièvre présente un type intermittent. Sous l’apophyse mastoïde on trouve un long cordon épais sur le trajet de la jugulaire interne.
Diagnostic : Thrombus des sinus.
17 novembre. Diarrhée intense, selles décolorées. Infiltration sous l’angle des mâchoires, la peau rougit. Trépanation de l’apophyse mastoïde. Le tissus osseux est infiltré, présentant une coloration anormale; on établit une communication avec la cavité du tympan et on poursuit l’infiltration jusqu’à une poche suppurée, directement sous la dure-mêre, contenant un pus jaune très fétide. Frisson aprés l’opération.
Fièvre continue entre 39°5 et 40°5.
19 novembre. Pleurésie, râles muqueux.
93 novembre. Mort.
AUTOPSIE. — Otite purulente moyenne, et comme cause déterminante un cholestéatome ; thrombus oblitérant dans le pressoir d'Hérophyle, phlébite gangréneuse « diphtéritique (1) » avec décollement endothélial. Le rocher est intact.
EXAMEN BACTÉRIOLOGIQUE. — Cultures avec la sécrétion de la caisse tympanique et du thrombus: très petite quantité de staphylococcus albus, et comme microbe prédominant un bacille court très épais liquéfiant la gélatine. (Pour les caractères de culture voir p. 80). Le même bacille à été retrouvé dans le sang pendant les accès de fièvre et dans le pus de la trépanation en cultures pures.
« Ce fut donc lui, conclut l’auteur, qui détermina l'infection pyohémique. La présence de quelques staphylocoques ne peut lui enlever ce rôle.
Il fut inoculé à 8 souris blanches ; 7 moururent 24 à 36 heures.
a; Sens allemand.
Il y a dans ces cas d’ictère infectieux généralisation microbienne dans tout l'organisme ; elle est produite par les microbes vulgaires de la suppuration : coli-bacille (Hanot, Girode, Vincent); streptocoque (Girode); le staphylocoque (Girode, Vincent) ; bacille liquéfiant (Lévy). Il s’agit donc bien de septicémie vulgaire médicale.
En est-il de même dans les cas moins graves. Ictères infectieux des formes légères ou moyennes ? Nous le pensons. Mais toute preuve en faisant défaut, nous ne pouvons que poser la question sans conclure.