‹ Les Pyosepticémies MédicalesChapitre 5 sur 92 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'ancienne pyohémie et l’ancienne septicémie

OBSCURITÉ DE LA QUESTION, due au manque de base anatomo-pathologique.

THÉORIES DE LA PÉNÉTRATION du pus par endosmose ou par absorption lymphatique et veineuse.— Doctrine de la phlébite ; de la thrombose avec embolies.

Piorry crée le mot Septicémie; Sedillot distingue la septicémie, la pyohémie et la septico-pyohémie.

Confusion avec les autointoxications (Blum, Humbert).

LA NATURE DU POISON PUTRIDE. — Recherches chimiques, l'hydrogène sulfuré, l’'ammoniaque, etc, etc. — Panum le compare aux alcalis des végétaux. — L'ÉCOLE DE PASTEUR. — Pour les uns, les vibrioniens ne jouent qu’un rôle secon-

daire ; pour les autres, leur rôle est essentiel. ETAT ACTUEL DE LA QUESTION.

L'histoire de la septicémie et de la pyohémie est des plus confuse. Entreprise à une époque où l’on manquait de tout critérium anatomo-pathologique positif à l'égard du pus, on se heurte à chaque instant, chez les auteurs qui

FE nl0de

ont étudié théoriquement ces infections aux doctrines les plus hypothétiques, et chez ceux qui ont voulu les étudier expérimentalement, à des discussions sans bornes sur la nature du pus employé, pus franc, pus sain, pus putride ou putréfié...

Théories pathogéniques

Ambroise Paré, Boerhave, Morgagni déjà, attribuaient les accidents fébriles des blessés à la pénétration du pus. En 1823, Velpeau admet que le pus peut pénétrer dans la circulation, soit par imbibition ou endosmose, soit par absorption lymphatique, soit par les extrémités veineuses béantes au niveau des plaies. Avec Dance, Blandin, Cruveilhier, surgit la doctrine de la phlébite ; le pus est secrèté par la membrane interne de la veine, le caillot obturateur se collecte d’abord à son centre, en un abcès qui est versé ensuite dans le torrent circulatoire. Arrivé dans le sang, le pus détermine les abcès métastatiques, soit en se déposant en nature dans les tissus (Velpeau, Maréchal), soit en déterminant préalablement une phlébite, phlébite capillaire (Cruveïlhier).

Pour Berard les suppurations se rattachaient vaguement à une altération quelconque du sang par le pus.

Mais Virchow vient nier la résorption du pus en nature par les vaisseaux intacts et par les lymphatiques, ainsi que l’endophlébite primitive : il les remplace par la thrombose avec ramollissement puriforme du caillot et migration des fragments emboliques.

Quoiqu'il en soit, c’est Piorry (1) qui, en 1847, emploie le premier l'expression de septicémie (de on, corrompre, arts, Qui produit la putréfaction, et «+ sang). Le mot eut peu de succès en France, jusqu’au jour où il y revint de l'étranger, avec la consécration des travaux de 0. Weber, de Billroth, de Panum. Il fut alors universellement employé.

Cependant, l’idée de la possibilité d’une infection par les matières putrides, en l’absence du pus, se développait. Sedillot (1847), observant que si le pus est altéré ou putride, les accidents sont la règle constante et que les phénomènes morbides sont analogues à ceux des injectons des substances putrides, base sur la différence des résultats obtenus avec ies injections de pus normal et de substances putrides, sa distinction entre la pyohémie proprement dite, la septicémie et la septico-pyohémie : « L'infectiou putride ou septicémie, dit-il, est de nature essentiellement gangréneuse; elle est causée par l’introduction dans le sang de la sérosité altérée du pus. » Et plus loin : « la purulence est le trait distinct de la pyohémie, tandis que la gangrène dénote essentieilement la nature de l'infection putride. » Pyohémie d'une part, infection putride de l’autre, avec une forme mixte, la septicopyohémie, tels sont alors les termes de la question.

Bérard, Billroth admettent la distinction ; Blum (1870), insiste pour qu'on conserve au mot « Pyohémie » son sens primitif, infection par le pus. Hüter établit sans hésitation un rapport de cause à effet entre les produits de

(1) Piorry, Traité de Médecine pratique, t. III, p. 497.

Ho

putréfaction et fièvre septique d’une part et, d'autre part, entre le pus en nature, le sérum inaltéré et la fièvre pyohémique. Pour lui, il existe une maladie générale, véritable intoxication, présentant deux formes assez distinctes, l’une la septicémie ordinaire, l’autre la pyohémie ; l’expérimentateur peut à volonté avec le même pus produire l’une ou l’autre ;en se servant de sérosité filtrée injectée en un point quelconque, il provoque la septicémie ; en injectant «le pus tout entier » directement dans les veines, il amène la Pyohémie (1).

Cependant, une tendance à fondre les deux états, pyohémie et septicémie, se manifeste. Pour M. le professeur Verneuil, l'infection purulente n'est point une maladie particulière, elle n’est qu’une septicémie grave avec complications spéciales; elle est une terminaison de la septicémie. Pour Richelot, la pyohémie désigne une septicémie accompagnée d’infarctus viscéraux et de grands frissons.

Il peut d’ailleurs exister des produits septiques très variés. Humbert, après Blum, veut établir qu'entre les matières toxiques qui naissent de la putréfaction (dans son sens le plus vulgaire et aussi le plus restreint), et celles qui naissent de la désassimilation, il n’existe, au point de vue de leur nature, aucune différence réelle, et que toutes peuvent produire des septicémies. Dans sa Thèse inaugurale de Strasbourg, il soutient que le sang et la plupart des organes peuvent devenir eux-mêmes pri-

(1) Bull. ac. med., 1878, p. 253.

fe

mitivement des foyers de matière septique, qu’il divise en :

L'Substancesexcrémentitielles, anormalement reten ues dans l'organisme et occasionnant des affections connues sous le nom d’urémie, cholémie, ammoniémie :

2° Substances septiques formées sur place, par suitede certaines altérations encore mal définies des éléments anatomiques (inflammation, suppuration, gan grène).

3° Substances septiques développées en dehors du malade et absorbées par lui (miasmes).

Nous ne nous occuperons nullement dans la suite de ce travail de la 1" catégorie ; elle constitue des maladies bien indépendantes. Il était intéressant de montrer cette tentative de synthèse de Blum.

Précisant plus encore, M. Verneuil ayant en quelque sorte l'intuition des dernières acquisitions de la science contemporaine, soutient qu'il s'élabore dans les plaies un « virus traumatique » auquel 1l donne le nom de sepsine, analogue aux alcaloïdes, inoculable à des doses infiniment petites et paraissant agir à la mode des ferments. «

Quelle est donc la nature du POISON PUTRIDE, agent de ces Pyosepticémies ? Gaspard, puis Billroth, Hofschmidi, Claude Bernard, Weber, cherchant la cause de l'infection putride dans cette chimie un peu grossière qui croyait trouver l’origine de l’urémie dans l'action de la potasse, de l’ammoniaque ou de l’urée, étudiaient l’action sur les tissus de l'acide carbonique, de l'hydrogène sulfuré, de l’ammoniaque, de la benzine et de l'acide butyrique.

ds Pie

Panum, et après lui Hemmer et Stich, tirent de leurs expériences plusieurs conclusions dont nous ne voulons retenir qu'une seule : l'intensité du poison putride n'est comparable qu'au eurare et aux alcaloïdes végétaux ; 12 milligrammes de ces poisons, après avoir été soumis à la cuisson, à la dessiccation, et à l’action de l’alcool, suffisent pour tuer un chien de petite taille.

Mais bientôt, à la suite des recherches de Pasteur et de son école sur les putréfactions, les expérimentateurs dirigent leurs recherches vers les éléments vibrioniens, agents de ces putréfactions. Les uns, avec Leplat et Gaillard, soutiennent que les vibrioniens ne provoquent aucun accident par eux-mêmes et n'agissent qu'autant qu'ils sont accompagnés « d'agents virulents », seuls responsables des effets ficheux. D’autres, avec Coze et Feltz, considèrent les bactéries comme agents essentiels de la production de l'infection putride.

En 1870, les auteurs qui admettaient l’intervention des microbes étaient divisés en deux catégories : pour les uns, les diverses altérations du sang qui constituent la septicémie, sont dues à des éléments figurés de nature différente ; les autres considérent ces éléments comme secondairement développés.

La bactériologie, d’ailleurs, était à ses débuts; les notions que l’on possédait sur les produit expérimentes, comme les expériences elles-mêmes, étaient assez sommaires ; l'expérience suivante, empruntée à Blum, en est un exemple:

« Nous laissons ce liquide (ascite, suite de cirrhose) « pendant plusieurs jours au contact de l'air, et nous en

€injectons À gr. à un lapin dans le tissu cellulaire sous- €Cutané ; au bout de 24 heures, sa température était mon- Ctée de 398 à A°4 (différence, 1%6). Nous filtrons le « liquide et nous injectons également 1 gr. sous la peau € d’un lapin de la même portée que le précédent. La tem- «pérature, qui était de 39°6 avant l'opération, atteignit un €maximum de 40°4 quatre heures après l'opération (dif- « férence, 08). Cette dernière différence peut presque être « considérée comme rentrant dans les limites des oscilla- « tions normales observées chez le lapin ; si le poison sep- « tique n’est pas de nature moléculaire, il semblerait, «d’après l'expérience précédente, que les parties fluides «des liquides septiques jouissent de propriétés pyréto- « gènes moins actives que les parties qui restent sur le « filtre. »

Actuellement, la notion de septicémie et de pyohémie est inséparable de la notion de l'infection de Porganisme par des bactéries pathogènes dont elles sont facteurs.

À quoi tient la différence entre les formes septicémiques et pyohémiques ?

Des anciens ont soutenu que dans la septicémie, la suppuration n’avait pas le temps de se produire; mais dans un cas de Widal, l'infection mit 15 jours pour évoluer. On a invoqué aussi la question du terrain, des variations dans la virulence des microbes, une simple modification dansles qualités pathogènes du micro-organisme qui a perdu ses aptitudes à faire du pus. (Ghauveau, Arloing, Widal).

La question de terrain à certainement une grande importance ; par exemple chez le cobaye, le streptocoque

donne de la septicémie, et la formation d’abcès chez lui est extrêmement rare. Quoiqu'il er soit, l’état actuel de la science ne permet pas de faire au point de vue pathogenique un départ rigoureux entre ces deux formes ; aussi serons-nous forcé, dans nos chapitres, de rapprocher indifféremment les cas de septicémieetde pyohémie. Nous regrettons que dans un certain nombre de travaux contemporains on n'ait pas laissé à ces deux termes leur sens habituel et qu'on ait employé indifféremment le mot septicémie ou pyohémie.

La bactériologie, d’ailleurs, a établi actuellement qu’il n'existe pas de distinction essentielle entre la pyohémie et la septicémie, puisque chez l’une comme chez l’autre interviennent parfois les microbes de même espèce : qui, partis d'une plaie suppurante font des foyers purulents disséminés (PYOHÉMIE) ; qui fabriquent dans le foyer purulent des poisons ; ceux-ci résorbés peuvent être les facteurs de SYMPTÔMES de septicémie sans que les microbes eux-mêmes envahissent l’orgamisme ;

qui, partis d'une plaie, se disséminent dans l'organisme et déterminent des PHÉNOMÈNES D£ SEPTICÉMIE sans suppuration.

Parfois enfin, on observe une véritable combinaison de la pvohémie et de la septicémie : le malade succombe à l'infection générale, et à l’autopsie on ne trouve dans les organes qu'un ou deux petits abcès absolument hors de proportion avec les accidents produits.

Page 1