VOIES DE L'INFECTION
ESPÈCES MICROBIENNES : le strep'ocoque et le staphylocoque ; leur association possible au bacille tuberculeux.
Dans cette forme l’intection prédomine sur le système lymphatique ganglionnaire. Hodgkin, Jaccoud, Crocq fils l'avaient entrevue Les travaux plus récents de Majocchi et Piccini, Cadarelli, Hewelke, Roux et Lannois, Claus, Sabrazés, Guillermet ont précisé les termes du problème.
Régnier vient de consacrer sa thèse à son étude sous le nom d'adénie infectieuse.
VOIES DE L'INFECTION. — [1 semble que bien souven] les angines, le coryza ou des lésions buccales aient été le point de départ de la maladie; c’est en effet fréquemment par des ganglions cervicaux que commence la lésion, pour se généraliser ensuite de proche en proche par la voie lymphatique. Plusieurs cas observés par Neuman et désignés par Combemale sous le nom d’adénie infectieuse aiguë, jettent une singulière lumière sur ces faits.
La découverte d'agents microbiens pathogènes a consacré cette opinion de l’origine infectieuse de l’adènie. En effet, Majocchi et Piccini, Klein et Maffu ceci ont trouvé le streptocoque dans le suc ganglionnaire. Roux et Lannois, Hewelke et Combemale ont trouvé le staphylocoque dans le sang et dans le suc ganglionnaire.
Ce sont les microbes pathogènes vulgaires. Mais d’après les observations de Claus, Askanazy, Brentano, Tangl et Waldzolgt, il paraitrait que le bacille tuberculeux peut coexister avec les microbes de là suppuration dans ces ganglions. Est-il venu se surajouter à ceux-ci chez des individus prédisposés et déjà tuberculeux, ou bien leur a t-il préparé les voies, c'est ce qu’il est impossible de déterminer d’après les observations connues. Cependant Regnier estime que le rôle important, capital, doit être dévolu au streptocoque ou au staphylocoque et le bacille de Koch doit être relégué au deuxième plan.
ASPECT CLINIQUE. — Au point de vue clinique, la maladie est caractérisée par l’hypertrophie ganglionnaire progressive, la généralisation à la plupart des ganglions, ainsi qu'aux organes lymphoiïdes dont la valeur physiologique peut se réduire à celle d’un ganglion ; l'augmentation fréquente du nombre des globules blancs dans le torrent circulatoire. Tout cela naturellement imposait la concepton d’une infection ; nous allons d’ailleurs résumer, comme exemple typique, observation de Roux et Lannois, l’une des plus complètes tant au point de vue clinique, qu’au point de vueanatomo-pathologique.
OBSERVATION XXXVI. — Hypertrophie de tous les ganglions lymphatiques, ayant débuté par ceux du cou et se générahsant rapidement ; hypertrophie des amygdales, du fote et de la rate; augmentation considérable du nombre des globules blancs ; purpura ; cacheæie. — Mort. — Autopsie. — Etude anatomo-pathologique ; Recherches sur le sang.
Le nommé Louis S..…., âgé de 8 ans, entre à l'hôpital de la Charité, le 17 mai 1890.
On ne peut avoir de renseignements très précis sur ses antécédents. Sa mère est morte cachectiqne, avec de l’ascite et de l’anasarque, après avoir eu 11 enfants dont 8 sont morts en bas-âges. Le père aurait quelques habitudes alcooliques.
Au moment de son entrée à la Providence, .il y a 2 ans, l’enfant était petit et chétif, mais il se portait cependant assez bien. On n’a constaté chez lui ni écoulement d'oreilles, ni plaie du cuir chevelu, ni maux de dents ; depuis quelques mois on avait remarqué que si l’enfant courait longtemps ou riait un peu en jouant, deux veines se gon-— flaient Le long du cou et devenaient énormes. D'ailleurs, il n’était pas anormalement essoufflé. Il y a environ deux mois que, sans cause connue, des masses ganglionnaires assez volumineuses furent notées derrière les deux branches montantes du maxillaire, surtout à gauche et le long du cou.
ÉTAT ACTUEL. — À l'entrée à l'hopital, le face est un peu pâle, mais avec une rougeur assez vive aux deux pommettes, sans Cyanose. Le cou est déformé par deux masses ganglionnaires grosses comme des mandarines qui occupent les deux régions parotidiennes, empiétant un peu en bas sur les régions sous-maxillaires et carotidiennes. Elles sont formées par une accumulation de ganglions de grosseur variable, isolés les uns des autres, sans adhérence à la peau. Leur consistance est assez dure, mais non ligneuse. La chaîne ganglionnaire se continue dans les creux sous-claviculaires de même que ceux des aînes. Tous
les autres ganglions accessibles sont aussi hypertrophiés. La respiration est nettement génée ; l’enfant a de la dyspnée et même du cornage au moindre effort. La trachée n’est ni déviée, ni comprimée dans son trajet cervical, matité rétrosternale considérable ; — hypertrophie énorme des amygdales ; une ecchymose sur le sommet de lamygdale droite.
Rien au cœur.
L'enfant se plaint de souffrir dans l'abdomen qui est un peu ballonné et tendu. La rate est très considérablement hypertrophiée. Le foie est également très volumineux. Il dépasse de deux travers de doigt le rebord des fausses côtes.
Appétit relativement conservé. Pas de diarrhée. Peu d’albumine dans les urines.
Le sang paraît contenir un peu plus de globules blancs qu’à l’état normal, sans que la proportion soit bien augmentée. Les jours suivants, douleurs intenses dans tout l’abdomen, mais surtout au niveau de la rate ; anhélation. — On constate dans le sang la présence d’un assez grand nombre de globules énormes. — Temp. de 39°5 à 40.
21 mac Le . L'enfant s’affaiblit visiblement. La dyspnée est plus vive, le pouls bat à 120 depuis plusieursjours. La langue est noire, les lèvres fendillées et fuligineuses ; douleurs très vives dans tout l'abdomen ; douleurs à la pression sur plusieurs os courts.
Plaques ecchymotiques indolores au-dessus de la malléole interne droite, et sur la tête du péroné gauche. Les ganglions inguinaux et axillaires sont manifestement plus volumineux.
99 mai. T. 40°. Nouvelles ecchymoses violacées en haut de la face antéro-externe de la jambe droite et sur le cou. Petites taches purpuriques sur la face, qui est pâle et tirée. Etat général très mauvais. Diarrhée. L'enfant perd ses urines au lit. Sueurs profuses depuis plusieurs jours.
30 mai. T. sue,
ne renferment presque pas de globules blancs ; ce matin on en voit un
Des préparationssèches de sang, faites hier,
assez grand nombre. Continuellement l’eufant a de petites hémorrhagies
buccales,
31 mai. T. 394 le matin. Epistaxis légère, mais continue. L’affaiblissement général fait de rapides progrès. L'examen du sang, pratiqué d’après le procédé de Roux, donne les résultats suivants : à l’état frais, légère augmentation des globules blancs ; globules rouges non déformés, disposés en pile régulière ; beaucoup sont nains ; hématoblastes abondants. Après fixation et action du carmin aluné : globules de la première variété prédominants ; ceux de la deuxième et de la troisième variété sont en proportion à peu prés égale. Cellules à granulations éosinophiles très rare. Il ne s’agit donc pas d’une leucémie.
Mort le 1° juin à 9 heures du matin.
À L’AUTOPSIE, 24 heures après la mort, avant l’ouverture, on constate : 1° un affaissement très net des tumeurs latérales du cou ; 2° la rétraction de la rate dont le volume à diminué de telle sorte qu'il ne dépasse plus que faiblement les fausses côtes. A l’incision du cou, chaîne polyganglionnaire très-développée sur toute la hauteur ; les ganglions sont isolés, rouges, congestionés, sans dégénérescence d'aucune sorte. Leur volume est variable, mais les plus gros ne dépassent pas le volume d’une amande. Mêmes caractères dans les points où ils ont été signalés pendant la vie. Dans le médiastin, immédiatement en arrière du sternum, on en trouve un énorme allongé le long de la trachée, d’une coloration blanc-jaunâtre uniforme qui fait hésiter un instant sur sa nature ; il est du reste dur à la coupe. Les nombreux ganglions péribronchiques seuls présentent quelques marbrures jaunâtres sur le fond congestionné.
Toute la surface des poumons est parsemée de granulations blancjaunâtres simulant les granulations tuberculeuses, mais cependant plus blanches et plus opaques ; elles sont espacées d’au moins un centimètre, chacune d’elles est entouré d'une petite tache ecchymotique récente de la largeur d’une lentille à celle d'une pièce de 20 centimes.
Le cœur présente encore un assez grand nombre de taches purpuriques surtout sous le feuillet pariétal du péricarde.
Pas de liquide péricardique ; rien à l’endocarde ni au myocarde.
Dans l’abdomen, on retrouve en divers points les mêmes plaques ecchymotiques sous-séreuses, notamment sur l'estomac et au niveau du sein gauche.
La rate est grosse, pèse 200 gr.; elle est ferme, unie, bleuâtre et congestionnée, sans trace de néoplasie ou même d’hémorrhagie à la coupe.
Le foie est gros, d’un blanc jaunätre, et pèse 1,050 gr.
Les reins présentent l’aspect des gros reins blancs ; sous la capsule on voit un grand nombre de petites taches ecchymotiques. Dans l’intérieur, on trouve aussi de petites hémorrhagies interlobulaires ; le rein gauche présente une très vaste hémorrhagie occupant 1/5 du volume total.
Du côté de l’intestin, on trouve d’abord des ganglions assez gros dans le mésentère ; puis une tuméfaction très nette des plaques de Peyer, dont deux présentent des exulcérations superficielles très minimes. Les follicules clos isolés sont également augmentés de volume.
A l'examen histologique, pas d’altération microscopique de la moelle osseuse.
Aux poumons, on trouve dans le tissu interlobulaire de petits nodules entourés d’une zone de cellules rondes, dont le centre prend mal les colorants, et qui présentent bien l’aspect d’abcès miliaires au début. D’une manière générale, les travées interlobulaires et interalvéolaires sont envahies par une abondante infiltration cellulaire. Au contraire, la plupart des alvéoles sont normales.
Le rein présente un type de glomérulite et de néphrite interstitielle aiguë; les vaisseaux glomérulaires dilatés remplissent complétement la capsule de Bowman.
Le glomérule est couvert de cellules embryonnaires et la prolifération active s’étend autour de la capsule ; peu d'infiltration au pourtour des tubes contournés ; mais les tubes de Henlé et les tubes
collecteurs sont entourés d’une véritable gaine de cellules embryon-
naires. Par contre, il n’y a aucune lésion épithéliale. Enfin, dans chaque préparation, on trouve de petites hémorrhagies arrondies et bien limitées, siégeant de préférence dans la région médullaire.
Le foie est à peu près normal, sauf un peu de dilatation des vaisseaux et une légère infiltration embryonnaire dans les espaces.
Au point de vue bactériologique, toutes les cultures faites avec le sang et le suc des ganglions avaient été fertiles et avaient donné du staphylococcus pyogenes aureus.
Quatorze inoculations à des lapins, des cobayes, des rats et des singes, ont donné comme résultat constant /a mort rapide avec hypertrophie ganglionnaire, augmentation du volume du foie, de la rate, nodule dans les poumons, inflammation des reins, etc.
Une observation de M. Combemale est tout aussi netie: | | En résumé, d’après ce que nous venons d'exposer, la clinique, l'anatomie pathologique et l'étude bactériologique semblent démontrer que certaines formes d’adénie sont d'essence parasitaire.