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Nuit mauvaise. — Le malade ne peut se lever. Erup‘ion de bulles sur le corps entier, pieds, jambes, dos, face, cuir chevelu. A la face, outre les bulles qui étaient peu nombreuses, existaient de petites papules douloureuses, grosses comme une lentille, entourées d’un cercle
rouge.
Re
Pas de douleurs articulaires. Céphalalgie.
14 juillet. —T.s. = 39° 6. P. — 110.
Quelques-unes des bulles sont remplacées par une croûtelle ; d’ailleurs le liquide qu’elles contenaient est devenu louche.
16 juillet. — Etat général considérablement amélioré; nuit bonne ; la fièvre a cessé; l’éruption a cessé et est remplacée par des croûtelles et des macules.
17 juillet. — Etat général bon ; plus de fièvre, le malade est remis.
RECHERCHES BACTÉRIOLOGIQUES, pratiquées par M. Haushalter. — Le 14 juillet, ensemencement d’un tube d’agar-agar avec une aiguille de platine stérilisée, piquée dans une bulle. — Au bout de 2 jours, développement le long de la strie d’une traînée blanche, qui, quelques jours après, offre le même aspect que les cultures obtenues dans l’Observation 37.
Ensemencement d'un tube d’agar-agar avec une goutte d’urine, après les précautions antiseptiques habituelles; au bout de 2 jours, développement d’une colonie absolument semblable à celle obtenue par ensemencement du liquide des bulles.
Le 24 juillet, inoculation de deux petits cobayes de 6 semaines avec les cultures provenant des bulles et de l’urine; ces cobayes meurent le lendemain ; ensemencement de tubes d’agar avec le sang du cœur de ces cobayes ; au bout de 3 jours, développement de colonies blanches, composées des mêmes microorganismes que ceux quiformaient les cultures précédentes.
C'est dans le cadre de ces infections bulleuses que doivent entrer les très rares observations de cas décrits sous lenom de fièvres exenthématiques bulleuses, de pemphigus aigü, qui représenteraient les formes graves, aiguës, rapides de la pyosepticémie à prédominance
cutanée. Telles sont deux observations rapportées par M. le professeur Spillmann ; tout porte à croire que dans des cas semblables, la maladie est infectieuse.
Les infections cutanées ne présentent pas seulement des formes aiguës; l’évolution peut être subaiguë; dans un cas de dermatite exfoliatrice primitive, généralisée (type Erasmus Wilson) dont M. Haushalter a rapporté l'observation, il a retrouvé dans la sérosité des bulles et dans le sang le staphylocoque blanc.
OBSERVATION XLV.— Conjonctivite et prurit; puis érythème, desquamation ; éruption vésiculeuse ; fièvre ; fatigue.— Desquamation pityriasique, arthralgies ; altération légère des phanères. — Rechute. — Staphylocoque dans le liquide des bulles et dans le sang.
Emilie P..., âgée de 54 ans, est ouvreuse de théâtre le soir depuis 36 ans, porteuse de journaux pendant le jour.
Rien de particulier dans les antécédents héréditaires ou familiaux.
À 12 ans, Emilie P... eut une fièvre typhoïde grave ; mais depuis cette époque elle n’a plus eu un jour de maladie. Elle dit avoir été toujours d’un caractère impressionnable etirritable. Elle n’a jamais eu de grossesse, elle n’a pas eu de syphilis ; la ménopause s’est établie sans aucun trouble à 48 ans.
Emilie P... mène une vie régulière, à une alimentation suffisante,
n'a jamais souffert de dyspepsie, ne s’aicoolise pas et ne souffre nullement des veilles prolongées que nécessite la profession d’ouvreuse qu'elle exerce du reste depuis de longues années.
Débuts de la maladie actuelle (d'apres les renseignements fournis par la malade). — Dans les premiers jours de décembre 1888, Emilie P... éprouva une sensation de brülure à la face interne des paupières
et du prurit aux membres'inférieurs ; elle est incapable de nous renseigner sur la nature de l’éruption au début, mais nous dit seulement que vers le milieu de décembre, le cou d’abord, puis les membres inférieurs, les bras, le tronc, se sont couverts de squames qui, vers le 25 décembre, ont envahi la surface du corps toute entière : en même temps se seraient développées çà et là quelques vésicules aplaties, peu apparentes, fugaces ; toute la peau était devenue rouge.
Jusqu'au 30 décembre, Emilie P..., malgré un léger malaise et des frissons répétés, continue son travail; mais bientôt l’état général s'aggrave, les sensations de brülure sur tout le corps empêchent le sommeil ; la malade entre, le 2 janvier 1889, dans le service de M. le professeur Spillmann.
Etat au 3 janvier. — La malade est une femme d’une taille très supérieure à la moyenne, de constitution vigoureuse et à robuste musculature. Elie dit avoir peu maigri depuis le début de sa maladie.
La température axillaire est de 38°2 ; le pouls est régulier, égal, un peu dépressible, à 100.
La malade se plaint d’une grande lassitude et d’une soif vive; la langue est blanche, l’appétit nul ; depuis plusieurs jours il existe de la constipation ; nous ne trouvons pas de signes de dilatation stomacale.
Les bruits du cœur sont nets, le bruit respiratoire normal.
Les urines ne contiennent ni sucre ni albumine.
Etat de la peau. — Pas une portion de la surface de la peau ne semble absolument saine.
Aussi bien à la face qu'aux membres et sur le tronc, la peau est épaissie, raide, tendue, ne se laisse pas plisser : elle ne conserve pas à la pression l’empreinte du doigt.
D'une façon générale, elle présente un aspect vernissé dans les parties où n'existent pas de squames; sa teinte est rouge, anaïogue à celle de l’érysipéle. Sur ce fond commun se détachent des écailles épidermiques, assez épaisses, un peu rugueuses, généralement arron— dies, donnant à la peau, dans les points où elles existent, un aspect