ARTE
30 avril. Une ponction faite dans l’articulation du poignet droit ramène un peu de sérosité claire. Une culture avec cette sérosité est restée stérile.
3 mai. À l’auscultation en arrière, surtout à droite, foyer de broncho-pneumonie septique avec râles fins, vers la pointe de l’omoplate.
5 mai. À l’auscultation, en arrière, il persiste des râles fins, disséminés des deux côtés de la poitrine, surtout à droite.
Bruits du ceur éloignés, éclat diastolique à la base.
Depuis deux jours était survenu un œdème mou de la main droite et de la main et avant-bras gauches.
L'articulation du genou gauche est douloureuse et contient du hquide.
8 mai. Depuis la nuit précédente, l’œil gauche présente une localisation infectieuse.
Iris trouble, grisätre, la pupille un peu déformée; le liquide de la chambre antérieure semble trouble. Iritis, keratite, trouble diffus de la cornée. Conjonctivite assez intense. Pas de douleurs. Photophobie. Diminution considérable de la vision.
9 mai. Le trouble des milieux de l’œil a augmenté. La cornée est plus trouble, presque opaque, entourée d’un léger blanc opaque. Elle paraît dépolie. Commencement de chémosis.
Aux deux membres inférieurs, œdème blanc, peu intense à droite, énorme à gauche : phlegmasia alba dolens. La pression est douloureuse. Œdème des grandes lèvres.
Abdomen très ballonné. On sent à la partie inférieure de l’abdomen, au-dessus du pubis, une tumeur dure, limitée, remontant assez haut et débordant la ligne médiane de chaque côté de plusieurs doigts.
Urine rare, foncée, trouble, très albumineuse.
10 mai. La malade est tombée dans le collapsus.
Décédée le 11 mai.
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Autopsie. — À l'ouverture du cadavre, pneumatose intestinale très-marquée.
En ouvrant le thorax, on trouve de petites adhérences limitées aux plèvres, du côté gauche, à la périphérie du poumon, quelques petits noyaux blancs purulents.
Poumons. — À gauche, noyaux purulents périphériques à la partie inférieure du lobe supérieur ; 3 de ces abcès ont le volume d’une noisette ; 2 confluents forment une cavité comme une noix.
Quelques tubercules fibreux et crétacés au sommet.
À droite. — Quelques tubercules au sommet. — Congestion à la base.
Péricarde. — Un peu de liquide louche; quelques petites
ecchymoses ponctuées sur la paroi postérieure, vers les veines coronaires ; également sur le ventricule gauche et sur les oreillettes.
Cœur. — Dilatation des orifices mitral et tricuspide ; pas d’altération des valvules.
Pas d’aortite, pas de dilatation de l’aorte.
Foie. — Volumineux, 24/23 cm. ; il est gras et pèse 1750 gr.
Rate. — Volumineuse, 17/12.
Rein gauche. — 13/7 em. Poids, 240 gr.
Ecchymoses superficielles. Le parenchyme est pâle, blanc, mou ; il se déchire facilement ; la décortication est difficile très nombreuses ecchymoses sous-capsulaires, grosses comme des lentilles.
Même aspect à droite. — Pèse 190 gr.
Le péritoine est normal ; pas de ganglions.
La vessie est énormément distendue, arrivant presque jusqu’à l'ombilic ; ses parois sont très peu résistantes, se crevant sous une faible traction.
Elle renferme environ 500 cent. c. d’urines troubles et boueuses.
L'utérus est petit, ayant 8 cent. de hauteur sur 7 de largeur ; il est reporté en arrière et au sommet de la vessie. Dans la cavité, la muqueuse est restaurée, normale. Pas de pus, pas de caillots, pas de
débris placentaires.
RECHERCHES BACTÉRIOLOGIQUES. — Le sang a été plusieurs fois examiné au point de vue bactériologique pendant la vie. Les cultures sont restées négatives.
Aprés la mort, le sang recueilli dans le ventricule droit à été de nouveau examiné. — Sur des frotties, on a trouvé une énorme quantité de chaînettes courtes.
Frotties avec le parenchyme hépathique.— Quantité de chaînettes.
Frotties avec le corps vitré de l’œil. — Grande quantité de chainettes longues, composées de 15, 20 éléments.
Sur des coupes (méthode de Weigert) on ne décéle la présence d'éléments microbiens que dans le tissu utérin, où il existe de gros amas de microcoques.
La méthode des cultures a révélé l’existence du streptocoque en cultures pures dans l’utérus, le sang, le foie, les reins, le liquide de la chambre antérieure de l’œ1l.
Enfin, de ces faits, il faut rapprocher une forme un peu oubliée que rappelle Widal. C'est la forme diphtérique ou pseudo-membraneuse, fièvre puerpérale caractérisée par la formation dans l'utérus et dans les organes génitaux externes de fausses membranes fibrineuses sans aucun rapport d’origine avec la diphtérie légitime, contagieuse sous sa propre forme, et également due à l’action du streptocoque pyogène.
OBsERVATION III. — Infeclion puerpérale, forme pseudo-membraneuse, ayant débuté au 3° où # jour après les couches. — Arthrite suppurée du genou droit. — Mort. — Autopsie.
S... Clémentine, 34 ans, ménagère.
Père mort à 33 ans, lyÿpémaniaque. Mère bien portante. Un frère
mort.
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Pas de maladies antérieures.
Mariée, a eu 9 enfants. Les premières couches se sont bien passées. Est accouchée la dernière fois le 28 mai. L'accouchement s’est bien fait, mais la délivrance a été difficile. Peut-être est-il resté un morceau de placenta dans l’utérus. À commencé à être malade 3 à 4 jours aprés les couches.
ETAT ACTUEL, 14 juin 1893. — Malade amaigrie. Teint jaune. Temp. 39. Pouls 112, régulier, égal, assez fort.
Délire. Répond mal aux questions.
Ventre ballonné, dur.
Le genou droit est tuméfié douloureux, contient un liquide abondant. Rien à gauche. Douleurs au niveau de l’articulation tibio-tarsienne. Perd abondamment un liquide purulent fétide.
Appareil respiratoire. — Rien de particulier.
Appareil digestif. — Langue blanche. Pas d’appétit. Vomissements.
Ventre ballonné. Tendance à la constipation. Ne peut pas dire depuis quand elle à été à la selle.
13, 14,15 juin.— Même état. Fièvre élevée 39 à 40. Facies puerpéral, terreux. Amaigrissement considérable. La malade continue à perdre des lochies abondantes, fétides. Le vagin est tapissé de fausses membranes épaisses, verdâtres. Diarrhée séreuse très abondante. La malade va continuellement sous elle. Le genou droit est toujours tuméfié, douloureux. Au cœur, à l’auscultation, on entend un léger souffle à la pointe. La jambe droite est plus grosse que l’autre et présente de la circulation collatérale. On fait matin et soir des injections intra-utérines de Van Swieten et toutes les 2 heures des injections vaginales de permanganate.
16 juin.— A l’auscultation du thorax quelques râles, pas de souffle.
La malade délire un peu. Temp, 39°40. Pouls 120.
Ventre ballonné, un peu douloureux.
Au cœur, à la pointe, léger souffle au premier temps.
Dyspnée. Respiration à 60.
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Genou droit toujours tuméfié, douloureux.
Cuisse droite plus grosse que l'autre. Circulation collatérale, probablement phlébite.
On pratique un curetage de l’utérus qui ramène des débris de fausses membranes et peut-être de placenta. Lavages intra-utérins répétés trois fois par jour avec sulfate de cuivre, microcidine et perman—. ganate.
17 juin. — Temp. 39°4. Pouls 120.
Délire tranquille. La diarrhée, qui avait commencé en même temps que les injections de sublimé, a disparu dés qu’on les eut cessées.
Lochies beaucoup moins abondantes et moins fétides.
Les fausses membranes du vagin sont moins abondantes, moins grises, plus bleuâtres, plus adhérentes, d'aspect diphtéroïde.
La malade s’alimente un peu.
On fait le matin une injection intra-utérine au permanganate et une le soir au sulfate de cuivre. Le col laisse encore pénétrer le doigt. Le liquide ressort beaucoup plus clair.
18 juin. — Le matin, la température est toujours très élevée, le pouls très rapide. On fait une première injection intra-utérine à la microcidine. La malade délire plus que les jours précédents. À une heure, même état. Nouvelle injection au permanganate.
Le soir, la malade est dans un état très grave. Pouls à 145. Temp. 41. Collapsus. Ventre très ballonné. On renonce à faire une troisième injection intra-utérine. On fait des injections sous-cutanées d’éther et de caféine et on applique de la glace sur l’abdomen.
19 juin, matin. — Mème état. Temp. toujours très élevée. On donne un bain tiède dans la matinée. On ne fait pas d’injections intrautérines.
Décédée le 20 juin.
AUTOPSIE. — Ventre ballonné.
À l'ouverture, tympanisme intestinal très développé refoulant le diaphragme ; le gros intestin est énorme.
Périhépatite à la partie supérieure.