Pronostic éloigné
Dans les pyosepticémies, quelles que soient leur forrr e, l'organisme tout entier est toujours atteint : aussi laissentelles souvent des traces irréparables.
Les belles recherches de Thérèse faites en grande partie avec le sitreptocoque et le coli-bacille, ont montré les modifications apportées sur les parois vasculaires par l’action des microbes et de leurs produits ; les lésions débutent par les vasa vasorum autour desquels s'opère l'organisation des leucocytes transsudés ; c’est par l'intermédiaire de ces artérioles que les vaisseaux plus importants sort intéressés. Ce processus s'étend peu à peu à tout le système artériel et l’artério sclérose « cette rouille de la vie » s'établit chiniquement ; d’ailleurs on la trouve fréquemment en dehors de l'alcoolisme, en dehors de toute intoxication ou de toute diathèse, alors qu'une maladie infectieuse antérieure grave peut seule être invoquée.
Enfin, les infections peuvent laisser à leur suite des dégénérescenses cellulaires et épithéliales irréparables, et surtout des inflammations interstitielles lentement progressives, dont le point de départ a été le processus d’inflammation aiguë transitoire déterminée dans la gangue des tissus, par le passage des microbes et l’action de leurs toxines ; elles peuvent laisser à leur suite de simples troubles fonctionnels sans lésions déterminées et créer pour l'avenir un « locus minoris resistentiæ ».
On conçoit combien le pronostic varie suivant que le travail de sclérose, et la déchéance fonctionnelle qui en est ja suite s'opère avec élection dans tel ou tel organe, si le processus se porte sur le muscle cardiaque, ou sur les reins, c'est la myocardite ou la néphrite interstitielle qui évolueront avec toutes leurs conséquences.
C'est aux lésions vasculaires consécutives à des infections qu'il faut attribuer un certain nombre d’affections nerveuses ; abstraction faite des accidents cérébraux ou spinaux résultant de troubles de vascularisation, les infections peuvent à longue échéance déterminer des affections médulaires chroniques. Dès 1884, P. Marie à attiré l’attenon sur l'origine infectieuse de la sclérose en plaques : il a relevé dans l’étiologie de cette maladie des infections diverses, et en premier lieu la fièvre typhoïde (11 fois sur 5 cas), la pneumonie, l'impaludisme (Charcot), les fièvres éruptives, la variole, la diphtérie, la coqueluche, l'érysipèle, la dysenterie. « Mais, ajoute-t-1l, avant de terminer cette liste, 1l faudrait ouvrir un paragraphe spécial pour les 2nfeclions innominées si fréquentes et si peu connues, je pourrais ajouter si méconnues. [ci vous n’avez plus
d'étiquettes à mettre sur les accidents primordiaux, vous apprenez seulement qu'il y a eu fièvre, malaise plus ou moins prolongé avec ou sans troubles gastro-intestinaux. quelquefois compliquées d’ictère, ou d'accidents bronchopulmonaires. Là, s'arrêtent vos renseignements. Dans ce cas, n’en doutez pas, c’est encore ettoujours d’une infection qu'il s'est agi, mais d’une infection que la clinique n’a pas su désigner. »
I! s’agit bien là des différentes formes de nos pyosepticémies médicales ; d’ailleurs, Marie tend à attribuer aux infections secondaires les scléroses en plaques consécutives aux autres maladies infectieuses.
Il est fort probable que ces altérations sont dues surtout à l’action des toxines microbiennes ; il ne faut cependants pas perdre de vue que Vincent a retrouvé le colibacille dans la mœælle et la substance cérébrale d’un malade mort d'ictère infectieux.
C’est à l’action des toxines que l’on peut attribuer certaines atrophies musculaires ; les documents cliniques nets font défaut; mais les recherches expérimentales de Roger présentent à ce point de vue un intérêt capital. Roger a obtenu une culture de streptocoque très atténuée, mais qui, pendant six mois a déterminé l’atrophie musculaire chez quatre lapins inoculés dans l'espace de six mois; l’atrophie portait surtout sur les muscles des membres postérieurs et les fessiers : en sacrifiant ces lapins vers le vingtième jour,ou au bout de 6 mois, iltrouvaune dégénérescence considérable des fibres musculaires et une altération très marquée des cornes antérieures de la moelle, avec intégrité des racines et des neris : 10 jours après l'ino-
culation, il n'existait plus de streptocoque chez ces lapins, ce qui semble montrer que les lésions étaient dues surtout aux poisons microbiens. Ce fait est intéressant à rapprocher de l’atrophie musculaire énorme quiaccompagne parfois certaines infections, telles que le pseudo-rhumatisme infectieux, atrophie qui s’étendà des régions bien éloignées desarticulations intéressées. D’autres espèces microbiennes enfin, ont donné des résultats analogues : lecoli-bacille et le staphylocoque doré (Gilbert et Loin), le pyocyanique (Charrin et Babinsky), le bacille de la tuberculose aviaire (Grancher, H. Martin et Ledoux Lebard), celui de la tuberculose humaine ; celui de la diphtérie (Roux et Yersin).