SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT
Chaque après-midi, de la place des Basques à Bayonne, partent une demi-douzaine de boites roulantes, ordinairement appelées diligences. Elles partent toujours et arrivent quelquefois. — Il y en a de tous les âges — sauf l'âge moderne.
Ce départ offre un tableau particulièrement animé et bruyant les jours de marché. C'est un bruit épouvantable de ferrailles et (le claquements de fouets; les mères appellent leurs enfants à grands cris, quand une de ces lourdes machines s'ébranle; des jurons furieux s'échappent des groupes d'hommes assemblés, lorsqu'elle arrive sur eux grand train, au risque de faire une affreuse capilotade humaine.
Une de ces « diligences » se dirige vers Saint-Palais, en pas* sant par Hasparren ; mais nous avons déjà remarqué que celle qui conduit à Saint- Jean-Pied -de- Port est la mieux montée. Cinq
Ce qui constitue les quatre vers. Les voici rétablis :
Flamen, item dum vir pagique magister Verus ad Augustum legato niunere functus Pro novem obtinuit populis se jungere Oallos; Urbe redux , genio pagi hanc dedicat aram.
C'était donc bien un monument votif, et il est probable que des figures sont gravées sur l'autre face de marbre, maintenant logée dans un mur où, par parenthèse, on Ta placée de travers, c'està-dire dans le sens horizontal — ce qui ne contribue pas à rendre très aisée la lecture de l'inscription. Mais, encore une fois, qui était ce Vérus ? Une brochure très intéressante a été mise sous mes yeux; elle est d'un archéologue bayonnais, M. Poydenot, et s'efforce d'établir qu'il s'agit d'-flElius Vérus, associé à l'Empire par Hadrien, et père de ce Lucius Vérus, le plus beau des Romains, qui fut ensuite adopté par Antonin en même temps que Marc-Aurèle. ^lius Vérus aurait été envoyé par Hadrien en Aquitaine, dans sa jeunesse, en qualité de duumvir, ce qui fut, dans les colonies, une magistrature déjà fort élevée; ilétaitde plus questeur provincial. Mais une autre question se dresse : Vérus est aussi qualifié de magister pagi. Quel était ce « pagus » où il commandait? L'inscription aurait-elle été transportée d'un autre lieu à Hasparren? ou bien Hasparren même aurait-il été une ville importante sous la domination des Romains?
Problème ardu. Que les savants le tranchent! Quanta nous, en route pour Saint-Jean-Pied-de-Port!
Une voiture va nous conduire d' Hasparren à Saint-Jean. La route offre peu d'attrait jusqu'à Irissarry, que nous connaissons déjà, et qui en est le point culminant. Nous tournons, gravissant et descendant de terribles côtes, le pied de l'Arradoy, — ayant sans cesse un paysage de montagnes devant les yeux. Nous traversons Lacarre, où se trouve le tombeau du maréchal Harispe. Saint-Jean- Pied-de- Port se montre au milieu d'une assez
HASPARBEN, SAINT-JE AN-PI ED-UE-fOKT. 193
petite vallée arrosée par quatre Nives, bornée au nord par une ligne de coteaux, de tous les autres côtés par des pics dont quel-
'jues-uns dépassent douze cents mètres. A l'ouest l'Arradoy, Beharia au midi, à l'est Hostatéguy, Beiilarte. Saint-Jean n'est place française que depuis le traité des Pyré-
nées; c'était auparavant la capitale de la Basse-Navarre. Une partie de la vieille ville est perchée sur un monticule que la forteresse couronne. Des maisons séculaires sont assises sur la terrible pente de ces rues antiques qui ne sont que des ce raidillons ». Au faîte, la citadelle est presque moderne. Œuvre de Vauban. La vue donf on y régale ses yeux — un vrai régal — est la plus variée, la plus magnifique, embrassant les monts et courant sur les quatre Nives et leur confluent : Arnéguy, Béréhobie, Lauribar, Arçuby, — s'enfonçant ensuite dans la vallée de la Béréhobie, fraîche à souhait, avec ses rideaux de peupliers et ses prairies vertes.
Sur la rive droite du Lauribar est Saint-Jean-le-Vieux. C'est là qu'était la ville primitive, car il y eut toujours une ville à ce débouché du port de Roncevaux et de plusieurs autres passages. Les Sarrasins la prirent et la brûlèrent. Un comte de Navarre rebâtit au confluent des Nives la cité nouvelle, qui fut une place de guerre en renom du xm* au xvii* siècle.
Vauban s'est contenté d'en rajeunir l'enceinte; cet ingénieur-là ne détruisait point pour la simple jouissance de détruire. Ces vieilles murailles adaptées aux besoins de la guerre nouvelle ont conservé leur caractère. Elles sont partout flanquées de petites échauguettes qui jettent mon compagnon en extase. Il ferait bien courir son crayon jusqu'à demain. L'église fait partie de ce système antique de défense ; et le plus étonnant de ces remparts gothiques est celui qui, contournant le chevet du monument dans la ville basse, grimpe jusqu'à la forteresse. A l'intérieur de la bourgade, une rue court parallèlement, partant aussi de la vieille tour gothique qui flanque cette église, dont elle porte le clocher, et qui commande le pont.
L'église est un monument du xm* siècle; la rue est un décor : des maisons en granit rouge, en granit grisâtre, en bois, en simple torchis, toutes chargées de leurs grands toits surplombants, presque toutes ayant l'inscription d'usage gravée au-dessus de