LA LISIÈRE BASQUE, SAUVETERRE, SALIES
J'avoue que cette sorte d'ouvrage est rare, très rare; et des auteurs attentifs ont bien pu s'y tromper. Curieux de le voir de plus près, nous descendons vers le Gave, à travers Tenchevêtreraent des broussailles et des ruines. Le torrent roule sur un lit formé de nappes de sable blanc, plus loin de galets; des roches en émergent, surtout aux approches de Tautre bord. L'eau s'y brise et, refoulée par le choc, passe presque tout entière sous le pont. Là, elle est profonde: c'est le chemin des barques, il n'y en a point d'autre. Parbleu ! il fallait payer.
L'endroit est frais et charmant. Pour y semer la colère et la crainte, la main des hommes était nécessaire. En amont, le Gave descend tout droit entre des ombrages si vigoureux, que d'une rive à l'autre les branches parfois ont l'air de se rejoindre. Les bai*ques cheminent sous un long berceau; mais, du pont, la vigie les voyait arriver d'une grande distance ; pas un coude qui les cachât. Ceux qui les montaient apercevaient de même les profils énormes de la forteresse sous ce couvert tremblant. En aval, Tonibre cesse, les arbres deviennent plus rares. Cependant ils auraient été bien nécessaires pour rafraîchir la tête du marinier ou du marchand béarnais qui venait d'acquitter le tribut. Les tètes ici ont toujours été vives, et le Béarnais s'échauffe pour bien moins que pour le dépit d'avoir vidé sa sacoche.
Il y a^des gens — je suis de ceux-là — qui ne se fatiguent pas aisément de regarder dans le passé, quand ils en trouvent les tableaux sur leur route. J'aurais bien terminé la journée, assis au-dessous de ces buissons, au bord du Gave, les yeux sur l'eau claire et rapide qui s'engouffre sous l'arche du pont féodal. Mon compagnon me fait observer qu'il y a certainement une autre vue à embrasser de l'amphithéâtre de ruines, et je me lève, docile et assez dispos. Je vous fais grâce des sentiers de chèvres que nous suivons pour gagner les derrières du vieux château, en remontant vers la ville, jusqu'à une petite rue, nécessairement un peu moins sauvage, puisque c'est une rue. — De plus, c'est une
dUz LES PYRENEES.
trouvaille. Nous voilà de nouveau en plein moyen âge. Nous passons sous une vieille porte fortifiée. Elle est du xiV siècle, elle a ses tourelles et ses barbacanes ; elle est accolée à une grosse tour. Le système de défense embrassait toute la ville ; c'était décidément une puissante seigneurie que Sauveterre.
Mais ce ne fut jamais une seigneurie indépendante ; les princes de la maison de Béarn, de tout temps, y ont directement comluandé. D'abord, ils paraissent y avoir ouvert un lieu d'asile; le oora de la ^iU6 l'indique, et les chroniqueurs nous disent qu'elle eut des* sauvâtes anciennes ». En 1365, elle est debout dans son énorme et forte ceinture. Sauveterre est le chef-lieu d'une des ti\>is vigueries de cette partie du comté; les deux autres sont NavarrenxetOIoron. La ville est très qualifiée; son curéa le titre do C»t>ena mnjor, prêtre majeur. L'n bailli de robe y tient son prétoire à coté du viguîer. Lieu de justice.