LA LISIERE BASQUE, SAUYETERRE, SALIES
Jusqu'au xv* siècle, lés vicomtes ajoutent sans cesse à ses remparts. En 1523, le prince d'Orange, menant une armée de Charles- Quint, ravageant tout sur son passage, brûle Hastingues, emporte Bidache, et vient assiéger Sauveterre, défendue par le baron de Miossens. Le général espagnol avait une forte artillerie; il ouvrit la brèche aux murs de la place, qui avaient déjà beaucoup souffert, et donna l'assaut. De cette époque date la ruine que nous avons sous les yeux. Henri d'Albret voulut la relever; le temps et l'argent lui manquèrent : il avait tout mis dans Navarrenx.
Nous avons passé sous la vieille porte; de ruelles en ruelles, par des escaliers curieux et tremblants, en nous laissant glisser sur des pentes quasi-verticales entre des débris de murs, et descendant pour remonter , montant pour redescendre , nous gagnons le pied du château en aval du pont. De là, le décor est sûrement l'un des plus beaux qui se puisse voir en pays de France, surtout quand le soir arrive. Nous le contemplons en ce moment sous le plein soleil; mais nous y sommes revenus à l'heure du couchant. A gauche, le château avec ses vastes toits pyramidaux, ses pignons, ses tourelles, ses bouquets d'arbres parasites, sd gigantesque robe de lierre, ses morceaux de jardins, ses débris de terrasses, forme Tune des pointes et la courbe du croissant ; à l'autre pointe se dresse le donjon et s'envole le clocher de l'église. Le pont, au premier plan, se découpe en vigueur sur le fond lumineux.
Tout cet ensemble est encore s^ puissant et si vivant, les débris que Ton retrouve partout, les murs d'enceinte, par exemple, de la petite place de guerre, et à l'intérieur de la ville, de tous côtés, des bâtiments, la plupart du xm* siècle, sont si bien conservés dans certaines de leurs parties, et tout cela offre un si frappant intérêt pour l'art et pour l'histoire, qu'une pensée vient à mon compagnon. Le voilà embarqué dans des raisonnements irréfutables, et, pour conclure, il me démontre que, vraiment, il serait digne d'un grand Etat comme le nôtre de reconstituer Sauveterre. — Je
lui réponds gravement : Nous sommes en un temps où TEtat ra>(^ et n'édifie point, et comme cette préférence stupide date de loin, on aura bientôt tant rasé que rien ne subsistera plus. — Il bais^*' la tète; la passion des vieux murs lui donnerait bien envie demc contredire ; — mais c'est un homme de bonne foi.
On rasera Sauveterre quelque jour ; ce n'aura pas été assez de le laisser crouler. C'est sur cette assurance lamentable que nou^ le quittons. Au bas de la ville, nous avions déjà rencontré souvent un ouvrage moderne,.et n'avions point pris le loisir de rexaminer. c'est un fort beau pont sur le Gave ; il ouvre la route de Saint- Palais. Elle nous parait si engageante, cette route, que iiou> y peindrons encore un jour. A deux kilomètres, nous franchissons un Gave , qu'on pourrait appeler un Gavelet , comme on dit ks Nivelles, des petites Nives, dans le pays de l'ouest. Cest un affluent du Saison. Un peu plus loin, après avoir gravi un chaînon boisé qui sépare deux vallées, nous traversons le Saison lui même, un peu avant son confluent avec notre Gave d'Oloron. U torrent, que nous avons vu si orageux entre Mauléon et Tardets» nç demanderait ici qu'à être plus paisible; mais il trouve son lit hérissé, ce n'est pas sa faute.
Il coule entre de grandes lames de schiste grisâtre, qui coupent le fil rapide de ses eaux; il bondit, il écume, il gronde. Sur i wcune de ses rives, un village est assis. Du côté de Sauveterre, c'est une commune béarnaise; du côté de Saint-Palais, c'est une commune basque. Nous touchons ici le point de limite le mieu\ tranché peut-être qu'il y ait dans tout le pays, entre le territoire des deux races.
La route nous conduirait donc à Saint- Palais; mais nous ne la poursuivons pas plus loin ; nous revenons sur nos pas. Le soir. nous serons à Salies.
Tous les guides et tous les auteurs s'accordent à dire que Salie? est une ville ancienne. Je le crois bien!— Suivant la légende, elle doit sa fondation et son nom à une source abondante d'.eau salée,