LA LISIÈRE BASQUE, SAUVETERHE, SALIES
qu'un sanglier fit découvrir au v* siècle de notre ère. Le quadrupède s'était mis en traitement de lui-même, sans ordonnance de médecin ; on le surprit faisant sa cure, et les hommes en profitèrent. S'ils avaient observé plus tôt Tinstinct des sangliers, quelque proconsul romain afTaibli aurait retrouvé la santé à ces sources miraculeuses , tandis que le premier visiteur illustre qu'on y connaisse est un duc de Gascogne. Et ce n'est pas étonnant ! l'histoire du sanglier suffisait à faire toucher du doigt la Gascogne en cette affaire.
En l'an 1000, Salies est aux ducs souverains d'Aquitaine, qui, vers la fin du xi" siècle, le cèdent à Centulle IV, vicomte de Béarn. Le présent ft'était pas riche; le suzerain donnait à son noble vassal une manière de république qui , en réalité , n'appartenait qu'à elle-même. Les gens de Salies s'étaient organisés en corporations, sous le nom de BézieSy ou voisins, pour exploiter à frais et profits communs la source déjà célèbre. Cinq ou six siècles durant, Tassociation ne fut qu'une grande nourricière de querelles. En 1587, un règlement royal mit enfin les intéressés d'accord. Les revenus de la fontaine furent désormais équitablement et régulièrement distribués entre les « part prenants ». Le roi de Navarre alors, et bientôt de France, était Henri IV ; les habitants de Salies se trouvèrent au premier rang de ses sujets, qui lui durent la « poule au pot ».
L'organisation édictée en 1587 est encore en vigueur. Quarante notables sont élus tous les cinq ans, en réunion générale, par tous les « part prenants », et, à leur tour, élisent quarante administrateurs. Les veuves, les filles majeures et les femmes mariées elles-mêmes, participant au profit, ont place à l'honneur et sont électrices. La question du « droit des femmes » est tranchée à Salies.
La ville des baigneurs est toute neuve; la ville des indigènes a conservé sa physionomie ancienne. La prospérité y étant arrivée au xvi* siècle, nombre de maisons datent de cette époque. Elles
sont assez pittoresques avec leurs galeries de bois; mais il y en avait naguère de désertes. J'ai dit que rémigration a été considérable à Salies, depuis vingt ans. C'est que, si Texploitation médicale des sources y a créé une industrie étrangère, l'industrie locale, c'est-à-dire la salure des porcs (parlant par respect! comme disent les paysans du centre et de l'ouest de la France , y a été profondément atteinte par la découverte et la concurrence des salines de Dax. Les hôteliers s'enrichissent, et leur fortune est même d'autant plus sûre, que les sources sont reconnues à cette heure comme les plus riches de toute l'Europe en éléments salins. Aussi, les malades y arrivent en foule. Le métier de logeur devient aussi lucratif qu'il peut l'être à Cauterets o\i à Luchon ; l'aisance a reparu. Salies est en pleine transformation; de grandes hôtelleries s'y sont élevées, on y construit même des villas. La végétation y est assez riche, et l'on a aisément aménagé un parc. Le chemin de fer de Puyôo à Saint-Palais va s'ouvrir, La colonie, déjà très nombreuse, est surtout intéressante par la présence d'une foule de pauvres enfants et de jeunes filles, à la pâleur maladive. Le sel chasse la lymphe et enrichit le sang. Ces enfants et ces fillettes se guérissent; les parents s'amusent. Il y a des flonflons d'orchestre, le soir, dans ce vieux Salies, dont les échos, autrefois, ne répétaient que les sons de la cloche municipale appelant les m part prenants » à la délibération commune. J'ai entendu les flonflons, j'aurais préféré la cloche.
Salies est pays de vignobles. Les coteaux qui l'entourent portent des pampres sur leurs flancs et des taillis à leur faite. On nous ivcommande Texcursion de la Pêne de Mû. Elle est curieuse. La Pone J^ena^ cime rocheuse en forme de cône, la pointe d'une pyramide' porte les traces fort reconnaissables d'un camp romain et • d'un boui^g fortifié au moyen âge. Là, était vraiment une villette détruite, qui s'appelait, au xi' siècle, le Mur. Jean de Béarn, séntVhal du comté, en était seigneur en 1484 ; il prit part au complot dont un seii?neur de Gramont était l'âme, et qui avait pour objet