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LA LISIERE BASQUE, SAUVETERHE, SALIES

l'enlèvement de la jeune reine Catherine de Navarre, et l'empêchement à son mariage avec Jean d'AIbret. Les conjurés furent vaincus, Jean de Béarn ruiné, son donjon et sa ville rasés. De la Pêne de Mû, la vue est fort belle. Le Gave de Pau — nous y sommes revenus — coule au pied d'une muraille de roches déchi-

rées. A l'ouest, on découvre le cours de la Bidouze, et noyées dans la double brume qui s'élève de la plaine marécageuse traversée par la rivière indolente — et qui accourt de l'Océan — les deux grandes ruines de Guiche et de Bidache.

Un peu plus loin, dans la même direction, voici la grosse tour carrée de la Bastide Villefranche, qui s'appelait autrefois la Bastide de Béarn. C'est qu'en effet le château avait été construit

vers 1330 par Gaston II de Foix, père de Gaston Phœbus;ce devait être laforte boucle d'une ceinture de murailles que le comte voulait opposer aux incursions perpétuelles des Basques.— Enfin, à deux lieues environ de Salies, au sud, sur le Gave d'Oloron, nous retrouverons Sordes et son abbaye.

Mais nous devons rentrer à Salies, d'où nous avons résolu de joindre Oloron. Seulement, ce perpétuel souci des lettres attendues m'oblige à repasser par Sauveterre et Orthez, pour retourner à Navarrenx. C'est une route à faire de nuit, pour ne point perdre de temps.

J'ai compté sur une grasse matinée pour me récréer un peu après ce long cahotement par les routes montueuses — et voilà bien le cas de dire que je comptais sans mes hôtes. Un grand bruit, le piétinement, le brouhaha des foules me réveille dès l'aube; des bêlements et des mugissements s'y mêlent. J'ouvre la croisée de ma chambre, à l'auberge où je suis descendu. La grande rue toute droite de Navarrenx est pleine d'un peuple tout entier, peuple bigarré : Basques en blouse courte, alertes, agissant, se dépensant en cris, en flots de paroles ; Béarnais, plus grands, plus lents, plus graves, dont le patois harmonieux etcoloré,qui a la prétention aussi d'être une langue^ se heurte au vieil Escuara. Voici le choc des deux peuples. Us sont aux prises sur le champ de foire, —car c'est d'une foire qu'il s'agit, — et dans les cabarets, où Ton termine et l'on arrose les marchés. Les femmes sont nombreuses : les Béarnaises, plus massives, sont les plus belles ; les filles d'Oloron s'en vont radieuses sous le petit mouchoir rouge ou bleu qui leur sert de coiffure, avec leurs cheveux noirs et brillants, leurs traits réguliers, leur teint clair. Cependant voici des femmes basques conduisant de grands ânes gris; elles ont le fin visage bistré, et la vive tournure de leur race. Lune d'elles a sans façon enfourché sa bête. Elle est tout simplement à croquer, cette amazone rustique, noblement campée sur son baudet.

Dans une courte rue transversale qui conduit aux remparts, les

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