‹ Les Pyrenées françaisesChapitre 31 sur 41 · X.A VALLÉE D'ASPE · texte numérisé non relu

X.A VALLÉE D'ASPE

an* <^* quitter Oloron, l'envie bien naturelle m'est venue de

jj. une fols encore, la promenade que domine Sainte-Croix,

^ f de considérer d'en haut le chemin que j'allais parcourir. Si

• n pouvait ainsi apercevoir, dans la réalité de la vie, le but que

l'rtO s'est donné, n'y marcherait-on point d'un pas plus droit et

lus sûr? De cette hauteur, j'embrasse la plaine qui se déroule

. gqu'aux premiers contreforts des monts. La chaine s'élève, et je

découvre, vers le milieu de ces gradins superbes, une dépression

très marquée; c'est l'entrée de la vallée d'Aspe.

Je ne chemine plus seul. Une route, sortant de ta ville, longe le irrand Gave; ce n'est point celle que nous allons prendre. Une autre plus petite, et beaucoup moins bien entretenue, va nous conduire à Saint-Christau. Je n'aime pas à dépenser trop de

géographie inutile; cependant, il faut bien déterminer la situation de Saint-Christau, qui se trouve à l'extrémité d'une petite vallée transversale , prenant naissance à Louvie-Juzon, ou plutôt à Arudy, et qui, par conséquent, met en communication les deux grandes vallées parallèles d' Aspe et d'Ossau.

Nous traversons le Gave d' Aspe sur un pont qui n'est guère plus large que notre voiture, et que de beaux ombragea enveloppent. Le chemin s'enfonce sous ce couvert, dominant presque sans cesse le torrent qui coule à droite dans de vastes prairies. Partout de petits groupes de maisons qui ne sont pas même des hameaux. Tout ici est frais et pittoresque. Aucun trait particulier au tableau. Coin de pays très peuplé. Au bord du Gave, une usine abandonnée; j'en suis aise. Que diable venait faire l'industrie au milieu de cette charmante rusticité-là?

Le premier grand village est Eysus. De l'autre côté du Gave, nous avons reconnu successivement Bidos, Gurmençon, Arros, sur des hauteurs. A Gurmençon, l'industrie aussi est arrivée; ce village a une papeterie. Arros ne fut point le siège de la fameuse seigneurie de ce nom, située dans le département voisin. Sur cette même rive gauche, voici maintenant Asaspe. A Eysus, si les boutiques des marchands de denrées n'étaient ouvertes, et si je n'entendais, en passant, des cantiques chantés dans l'école des filles, je croirais que la boui^de est déserte ou endormie sous son grand manteau d'arbres de toutes les essences et de toutes les formes. Au-dessus du torrent, sur un monticule, se dresse un vieux château, qui n'est pas encore tout à fait une ruine. J'ai trop décrit de châteaux; passons. Celui-ci fut construit par Gaston X, comte de Béarn. Veuillez bien remarquer que ce Gaston X de Béarn, c'est Gaston III de Poix, Phœbus lui-même, le héros.

Le chemin, après Eysus, bifurque et conduit d'un côté à Lurbes, de l'autre à Saint-Christau. C'est ce deuxième bras de la fourche.que nous prenons; il est profondément encaissé. C'est vé

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ritablement un «chemin creux», au-dessus duquel les arbres forment berceau; puis il traverse un joli bois. Voilà le vestibule verdoyant de Saint-Christau.

A Saint-Christau, la nature proprement dite est heureusement fort belle par elle-même; car elle ne serait pas embellie par la misérable nature humaine qu'on y rencontre. L'usage de ces Eaux est ancien. Il y avait là, autrefois, une commanderie vassale de Tabbaye de Santa Cristina, en terre d'Aragon; un hôpital y était annexé, comme à presque toutes les commanderies des Pyrénées, et recueillait les lépreux tombés sur la route d'Espagne. Saint-Christau est aujourd'hui lieu de cure pour toutes les maladies cutanées. Les sources — il y en a cinq — ont une propriété particulière. Les malades sont nombreux, car il parait certain qu'ils y trouvent un soulagement à des maux insupportables.

Le séjour est charmant. Les deux établissements des Bains- Vieux et de la Rotonde, ce dernier tout neuf, sont assis au milieu d'un vaste parc. La vie rustique est là, à la portée de ceux qui en aiment les tableaux : le hameau et une ferme bordent ces grands bocages. Le parc a des aspects très variés, des pelouses, de belles fontaines qui épanchent des cascades, alimentant une nappe d'eau surprenante. Et si je lui donne cotte épithète qui ne l'est pas moins, c'est qu'elle n'a vraiment aucun des caractères qu'offrent les lacs dans les pays de montagne. Imaginez un étang plutôt, tel qu'on en voit dans nos provinces du centre ou de l'ouest, avec une eau seulement plus claire. Un miroir d'acier qui se balance, au lieu d'un miroir d'étain ; le « lac » est tout encadre d'énormes saules.

C'est là l'originalité de Saint-Christau; elle est très saisissante: un coin de la nature septentrionale, de la nature de nos vallées de la basse Bourgogne ou du Poitou, en pleines Pyrénées, et si avant sur les chemins escarpés du Midi. L'été y verse des feux qui devraient être cuisants ; j'y ai constaté 35 degrés de chaleur à l'ombre, — et pourtant cette ombre était assez fraîche. On ne

souffre point, on se laisse mollement exister, sans mouvement, sous ces bienfaisants feuillages , d'autant que le mouvement est inutile. Ce nid de fraîcheur est en réalité très étroit. Il est adossé à une montagne boisée et comme blotti dans ses plis ; c'est le mont Binet, qui achever illusion, car il se présente d'abord en petits mamelons verts, formant rideau de fond, tout comme des coteaux bourguignons ou poitevins. Qui croirait que l'heureuse vallée soit si profonde? Ce mont Binet est une vraie montagne, un morceau très authentique du massif pyrénéen ; mais il a la bonne grâce de s'élever par étages. D'en bas, on ne se doute point du tout qu'il est la base d'un pic — le mail Arrouy, qui n'a pas, s'il vous plaît, moins de 1,300 mètres, et qui est comme une sentinelle placée aux avant-postes, — toute une armée de pics neigeux venant par derrière.

Il faut donc se méfier de cette bourgade-là ; c'est une Capoue. Si l'on ne se surveillait point, on s'y endormirait toute une semaine. C'est pourquoi nous en partons résolument, ayant arrêté que nous déjeunerions à Lurbe; nos estomacs nous répondent de notre courage. Il est vrai qu'ils sont un peu déçus, lorsque nous avons remonté le bras gauche et descendu le bras droit de la fourche. Ne croyez pas un seul instant que Lurbe offre une hôtellerie où l'on puisse déjeuner aussi confortablement qu'au café Anglais, à dix ou douze fois meilleur marché !

C'est un pauvre village. Très vieux, et montrant quelques vestiges d'anciens logis. Mais le chemin qu'on suit en le quittant est magnifique, car il laisse voir, en s'élevant sur les pentes, tout le développement de la vallée. Devant nous, va s'ouvrir un nouveau vallon transversal, relevant coquettement ses bords au-dessus du petit Gave de Lourdios qui vient se joindre à son grand frère, le Gave d'Aspe, sous nos yeux. Un peu plus loin, c'est Issor, puis Lourdios-Ichère, et plus haut, la forêt d'Isseaux; plus loin, les grandes hêtrées d'Arette, enveloppant, de l'autre côté, la vallée de Barétous.

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Mais nous laissons derrière nous le confluent des deux Gaves, nous suivons la vallée d' Aspe, dont le véritable seuil est ici ; auparavant, ce n'en étaient que les approches. Voici le cap d'Aspe — tête de TAspe. Tête casquée, hérissée de pointes. Une gigantesque barre de roches se présente devant nous : c'est le Pêne d'Escots. Cette formidable muraille semble nous dire : Vous n'irez pas plus loin au sud, petits téméraires du nord!... Nous verrons bien ! — Cependant le Pêne a quelquefois contre le voyageur des arguments et des moyens !...

Les deux routes qui suivent les deux rives du Gave sont bien forcées ici de se rejoindre; celle qui vient d'Oloron, et que nous n'avons pas prise à notre départ, traverse le Gave sur un beau pont. C'est le pont d'Escots. La vallée n'a plus que la largeur du chemin et du Gave, qui, tous deux, contournent le Pêne. Sur l'une des roches, nous pouvons lire cette inscription qui n'est pas encourageante :

C'est ici

le 4 juillet 1826.

que

Paul Hyacinthe de Tourteau

Commandant la place de Jaca

fut écrasé par un quartier de

rocher qui se détacha de la montagne.

Son frère Charles de Tourreau, capitaine au IT de ligne, vient^ lamain tremblante d'émotion, rappeler un événement qui jeta la consternation dans une famille nombreuse^ qui déplore encore la perte de son aîné. Ch. de T.

Le malheureux commandant, lui, n alla pas plu^ loin... Après notre campagne de 1823 en Espagne, nous tenions encore quel-

ques places frontières en gage ; c'est ce qui explique comment un officier français avait la garde de Jaca, place d'Aragon. Cest près de Jaca qu'était situé le monastère hospitalier de Santa Cristina, dont Saint-Christau était la succursale en terre de France. Tout près de cette inscription, sur les mêmes roches, une autre est gravée, mais, en vérité , elle est un peu plus vieille- Purement romaine.

LV^L\fRiMV5 C£R H VIR BIS HAMC VIAM «STITVIT CA L AMIL LAINE AMICVS

Point de date. Le temps semblait appartenir à ces Romains, comme le monde, et ils ne daignaient en marquer les divisions. L'inscription dit seulement avec la clarté suffisante que le duumvir L. Valerus Veranus a réparé la route de la vallée. Cette voie entre la France et l'Espagne est donc établie depuis quinze ou dix-huit siècles, et de tout temps il s'y fît un grand passage, — de pèlerins surtout, au moyen âge. On venait d'Angleterre et de Flandre, l'Europe entière s'allait mettre aux pieds du ^rand saint Jacques. Les Basques arrivaient par troupes, car le saint se faisait un plaisir tout particulier de soulager les maux étranges dont ils souffraient. On conduisait les possédés au tombeau de l'apôtre, au-dessus duquel l'étoile du miracle avait brillé.

Mais bien loin, avant Santiago de Galice, tout près de ce pont d'Escots où nous sommes, il y avait un autre lieu de pèlerinage; et, par ces chemins âpres, on vit un jour passer un riche pèlerin se rendant à Sarrance. Il avait « une robbe de satin cramoisy, fourrée de bonnes martres », et il était entouré d'une suite nombreuse. Parbleu I c'était Un riche seigneur. — Le premier de tous les seigneurs vraiment, puisque c'était le roi de France.

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Hélas ! il menait avec lui son maître , messire Jacques Cottier, son médecin. — « En cinq mois, le roy Loys donna à ce « maistre Jacques cinquante-quatre mille escus comptants et « révesché d'Amiens pour son neveu et autres offices et terres «( pour luy et ses amis. Le dit médecin luy étoit si très rude que « Ton ne diroit point à un valet les outrageuses et rudes paroles « qu'il lui disoit. Et si le craignoit tant le dit seigneur qu'il ne l'eust « osé envoyer hors d'avec luy. Et si s'en plaignoit à ceux à qui « il en parloity mais il ne l'eust osé changer comme il faisoit tous « autres serviteurs, pour ce que ledit médecin lui disoit audacieu- « sèment ces mots : « Je sçais bien qu'un matin vous m'envoyerez « comme vous faites d'autres, mais par la... ! (un grand serment « qu'il juroit) vous ne vivrez point huit jours après... Or, onc- « ques homme ne craignit plus la mort, et ne fit tant de choses « pour y cuider mettre remède ; et avoit tout le temps de sa vie à « ses serviteurs dit et prié que si on le voyoit en nécessité de « mort que l'on luy dist fors tant seulement : « Parlez peu », et « qu'on Temust seulement à soy confesser, sans luy prononcer « ce cruel mot de la mort; car il luy sembloit n'avoir pas .cœur « pour ouyr une si cruelle sentence. »

En 1462, on avait vu déjà en Béarn Louis XI, qui venait de signer à Sauveterre un traité avec le roi Jean II d'Aragon. Celuici cédait le Roussillon et la Cerdagne, en retour de l'alliance française contre le roi Henri IV de Castille. Vers 1482, le roi de France reparaît dans les Pyrénées; il vient régler la confiscation de l'Armagnac. En ce moment , il est tout-puissant. « Rien ne « désiroit le roy et la royne d'Espagne, sinon qu'amitié. En Alle- « magne, avoit les Suisses qui luy obeyssoient comme ses sub- « jects. Les roys d'Escosse et de Portugal estoient ses alliés. « Partie de Navarre faisoit ce qu'il vouloit. Ses subjects trem- « bloient devant luy. Mais il trembloit devant la mort. Il avoit « fait de rigoureuses prisons, comme cages de fer et autres de <c bois, couvertes de plaques de fer par le dehors et par le dedans

« avec terribles ferrures de quelques huict pieds de large et de la « hauteur d'un homme et un pied de plus. Plusieurs Font maudît ; « — mais faut revenir à dire qu'ainsi comme de son temps furent c( trouvées ces mauvaises et diverses prisons, tout ainsi avant de M mourir , il se trouva en semblable et plus grande prison et « autre plus grande peur il eust que ceux qu'il y avoit tenus. « Laquelle chose, je tiens pour partie de son purgatoire... Or, « regardez s'il avoit fait vivre beaucoup de gens en suspicion et « crainte soubz luy, s'il en estoit bien payé, et de quelles gens il « pouvoit avoir sûreté puis que de son fils, fille et gendre, il avoit M suspicion. Je ne le dis point seulement pour luy, mais pour « tous autres seigneurs qui désirent estre craints. Jamais ne se « sentent de la revanche jusques à la vieillesse; — car, pour la (c pénitence, ils craignent tout alors... »

Voilà ce qu'écrivait Philippe de Commine8,et il connaissait bien son maître. On le voit donc sur les chemins de Sarrance,au milieu de ses valets et de ses gardes, flanqué de son médecin , ce grand politique qui avait été un si méchant homme et un roi à Tàme si basse. Il est chétif, courbé, hideux; il ne rêve pour les autres que pièges et gibets ; mais pour lui, il a dans ce rêve sanglant le cauchemar de Tenfer. En arrivant devant le Pêne d'Escots, il dut croire que le diable avait élevé cette muraille pour l'empêcher de pousser jusqu'à Sarrance, aux pieds de Notre-Dame. Le diable aussi pouvait détacher une roche de ce bloc énorme, et le puis- 5>;u\t Louis XI passa bas courbé , tremblant et plus livide. — Il faut lire tout entier le chapitre de Commines intitulé : — n Comparaison des maux et douleurs que souffrit le roy Louis à ivux qu il avoit fait souffrir à d'autres ».

U n y a pivsque point de canton des Pyrénées où une apparitiv>n do la Vioi^ge n ait donné naissance à un pèlerinage plus ou moins durable. Celui qui se fait à Sarrance est très vieux et encoi^ très honoK\ Une petite chapelle au bord de la route, et trois ou quatre fois réédifiée, a toujours indiqué le lieu du mi-

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racle. Dès le xii* siècle, un hôpital encore s'était fondé dans le voisinage de l'Oratoire ; plus tard, il y eut une abbaye d' Augustins au xiv* siècle ; le pèlerinage était déjà très célèbre au xv*. Louis XI y vint, précédé sans doute et suivi de grandes foules ; — car les pèlerins de Saint-Jacques avaient pris l'habitude de s'écarter légèrement de leur chemin, pour se rendre à Sarrance. Cette grande affluence fut longtemps une source de richesses pour Oloron, où ils campaient. Les restes de l'abbaye se voient encore , mais ils sont informes et méconnaissables. Les torches de Montgomery ont relui en passant par là. Jamais on ne vit si terrible brûleur et raseur de couvents; s'il ne traita point de même les églises, c'est que la politique huguenote commandait plutôt de les transformer en temples du nouveau culte. Aussi celle de Sarrance est debout. Elle est même fort belle, et porte avec une crânerie montagnarde la grande tour de son clocher.

Le village a l'air cossu. Il est décoré d'un beau pont tout neuf.

Les maisons ont de grands toits d'ardoises comme celles d'Oloron.

La vue est riante et sauvage; nous suivons à pied la route qui se

continue au bord du Gave, que nous allons franchir à cinq ou six

kilomètres de là, sur le pont Suzon. Une vieille chanson de nos

pères me revient en mémoire : « Ah! Suzon! fraîche Suzon!... »

D'un trou béant dans une paroi de rochers, roule un flot de

cristal, et le bruit de la cascatelle accompagnerait bien ma

chanson. La route d'Issor et de Lourdios-Ichère débouche sur

ce pont si gracieusement nommé ; et, comme nous n'avons cessé

de monter depuis Sarrance, nous avons sous les yeux le riche

bassin de Bédous. — Remarquez, je vous prie, que nous voilà

Tentrés en pays basque.

Ce bassin, à parler plus exactement, est un cirque, dont les bords sont formés de vallonnements verts, alternant avec des amoncellements de rocs décharnés ; au-dessus, se déploient les rideaux des grands monts aux cimes neigeuses ; au fond, et à travers une végétation vigoureuse, le Gave ondule, formant

plusieurs bras et embrassant des iles. Le village de Bédous est au premier plan de ce tableau circulaire; plus loin, à gauche, c'est Accous ; sur les hauteurs vertes. Osse, Lées-Athas, Lées ; — entre Accous et Lées, encore un barrage formidable ; le Gave et la route s'enfoncent dans les roches.

Bédous est la capitale de cet admirable coin de pays. Placé comme le voilà, très haut à l'entrée de la vallée, le village n'a

rion à craindre des inondations ni des avalanches. La route d'Es- (.\-\gne ijui le traverse lui apporte l'aisance ; le Gave qui roule à ses pietls lui donne la gaieté. Il x'audrait mieux dire les deux Gaves, car le lorivnielet d'Aydius ou Gabarrecat vient ici se joindre au torivnl. On a fait l'honneur à ce méchant ruisseau très profond de jeter des ponts siu- ses boi-ds; plusieurs sont vieux, tous sont pittoresques.

s^vir ce bruyant Gabarrecat , se trouve aussi un petit établissemenl de ktins, Sul»erlaché, dont les sources ferrugineuses

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attirent peu d'étrangers, mais sont très en faveur auprès des habitants des villages voisins; aussi viennent-ils y remplir des jarres. L'eau de Suberlaché passe pour refaire les estomacs et pour rendre l'appétit. Recommandée aux millionnaires qui l'ont perdu et qui savent pourquoi. — Ils ont naturellement le désir de le recouvrer, — afin de se donner les moyens de le reperdre.

Le village même de Bédous est incomparable ; jamais on ne vit si fin décor d'opéra-comique. Imaginez un long clocher en avant d'une vieille église toute calcinée, — « culottée », comme diraient les peintres, par le soleil et la pluie des orages. Ce clocher est posé sur un porche branlant auquel on monte par dix marches. L'élise occupe l'un des côtés de la place, encadrée de vieilles maisons à arcades; quatre rues escarpées et toutes noires viennent y aboutir. Par-dessus les maisons, d'autres toits plus élevés, en poivrières; ce sont les tourelles d'un vieux château qui se mire là-bas dans les eaux du Gabarrecat, étendant sa terrasse jusqu'à un barrage de roches formant écluse.

Au milieu de la place, une petite fontaine. Elle est classique, cette fontaine; nous l'avons retrouvée dans tous les villages des deux vallées d'Aspe etd'Ossau. Il ne faut pas oublier que cette place de Bédous est comme encadrée deux fois, par les montagnes vertes d'abord, puis par les hauts monts. Voilà le fond de tableau que ne rendraient pas aisément les décorateurs.

En revanche, le « metteur en scène » ferait son profit de la vie intense et du bruyant va-et-vient qui nous amuse, — car nous sommes arrivés par un jour de marché. Des femmes apportent sur leurs têtes d'énormes corbeilles remplies de raisins et de tomates. Un groupe d'hommes dispute sur le prix d'un mouton; ils décrivent, avec leurs bâtons ferrés, des moulinets si furieux que la bataille, à l'instant, paraît devoir s'allumer. Ils n'y pensent guère. Ce peuple a les façons vives, il est prompt aux gestes, — et voilà tout.

En ce moment, trois gaillards passent près de nous, presque

courant, portant — sur la tète aussi — d'autres paniers pleins de truites. Il y en a d'excellentes dans les deux Gaves, et ces gens si pressés vont les vendre aux Eaux-Chaudes. Le chemin remonle le tlabarrecat et grimpe, à travers une forêt de sapins, jusqu'au village d' A jdius ; ce n'est que le tiers de la route. Il faut ensuite monter, sous de nouvelles sapinières, jusqu'au col de Las Arques, sur le pic Lorry, à une hauteur de dix-sept cent soixante mèlres;

puis, de là, redescendre à Laruns, sur les penles du Saint-Mont. Alors, on a percé le massif qui sépare les deux bassins d" Aspe et d'Ossau. Ponsoï-vous qu'après cela les pécheurs aient le droit de %vndrw chor leur poisson frais?

tenant à nous, cotte traversée, nous l'avons faite — à mulet, je l'aunio. L'un do ces tn.>is compagnons qui, depuis, nous scn'it do jruido. nous prvpoT^c». dès ce joui>Iâ, de le suivre : il me dit, pour m'alUvhor, que nous nous arrêterions à Eysus, et que

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nous y mangerions de ses truites. Par malheur pour le brave garçon, il y en avait à Bédous ; l'hôtelier nous les faisait cuire.

Bédous est un des meilleurs centres d'excursion dans cette partie des Pyrénées. Aussi nous y avons pris résidence. La matinée du lendemain nous trouve dans la vallée du Malugar, sur l'autre rive du Gave; nous n'avons fait que toucher à Osse, et traverser le double village de Lées-Athas. Nous montons vers le pont de Serrelongue, jeté au-dessus d'un large et profond ravin. Un pic se dresse, le mont de Soulaing, et nous continuons de monter, laissant tourner nos chevaux au flanc d'un cirque rempli par de grands bois. C'est un morceau de la vaste forêt, dont les diverses parties prennent des dénominations différentes, et que, dans son ensemble, le pays appelle la forêt des Isseaux. Au sortir de ces bois, nous traversons des pâturages, dominés par de hauts remparts de roches. C'est ici que s'ouvre le pas de Guliers. Nous revoyons au nord-ouest les montagnes de Larrau, au nord celles de Barétous, à l'ouest le massif de Sainte- Engrace. Notre but est là.

Le pas de Guliers n'est qu'une brèche dans une longue crête de rochers. De nouveaux pâturages y succèdent ; on y trouve quelques cabanes de bergers; puis c'est le retour de la forêt. Une hétrée colossale. Ces arbres immenses couvrent d'abord de longues pentes capricieuses et très raides, puis un plateau assez large. Le tt dessous du bois » ressemble à ce qui se voit dans la forêt de Fontainebleau : des lits d'herbe, des halliers en broussailles, un taillis sous la futaie, des roches isolées, perçant le sol pierreux.

Nous avons déjà plus de quatre heures de marche, et nous nous reposons un moment au port de Suscousse, d'où nous voyons le chemin s'enfoncer à pic dans une sorte de couloir, entre deux rampes sombres : c'est toujours la forêt. Seulement, elle est plus noire; les sapins s'y mêlent aux hêtres.

Ils sont magnifiques, et, si près de Sainte-Engrace, on ne conçoit guère comment ils ont échappé à quelque tentative d'exploi-

tation. Je ne songe pas, d'ailleurs, à m'en plaindre. La sapinière est bientôt si serrée, qu'il nous faut descendre de nos montures et les mener à la main, en cherchant à nous faire jour à travers ces rameaux énormes, qui tombent jusqu'au pied de l'arbre. Elle est vraiment vierge, cette forêt d'Achavar, où n'ont jamais pénétré que de rares touristes avec leurs guides, et les chasseurs d'ours — car il y a des ours dans cette région de bois sauvages enveloppant Sainte-Engrace, et tapissant les versants des pics.

Nous revoyons la lumière après ces ténèbres. A nos pieds est la vallée de l'Uhaitxa et le confluent des deux ruisseaux qui vont former le Gave de ce nom. Nous entrons dans Sainte-Engrace; et, d'abord, une chose nous frappe : c'est Vallure et la physionomie des habitants. Voici de vrais montagnards, tels qu'on en voit dans les vallées du Jura ou des Alpes : grands et blondî?, quelques-uns même avec des yeux bleus. Pourtant ce sont des Basques : Sainte-Engrace est le dernier village de la « Haute- Soule ».

Aussi, ses habitants vivent-ils, comme ceux des Alpes et du Jura, de la fabrication des fromages ; c'est la vie pastorale toute pure. Leurs pâturages sont situés un peu partout dans le fond des cirques verdoyants, sur les hauts plateaux, sur les terrasses appuyées aux roches qui surplombent au-dessus du cours de l'Uhaitxa. C'est aussi laque sont groupés plusieurs des hameaux qui forment la commune; car Sainte-Engrace n'est pas une afr^rlo* mération fixée sur un point, c'est une succession de villages. Le plus important est l'ancien Sainte-Engrace-du-Port, assis en face d'une gorge tapissée de sapins, et qui marque le chemin du col d'Eraycé, où se trouve la borne frontière de la France et de l'Espagne. Là, autrefois — et l'on pourrait dire même dans Tautrefois d'autrefois — au temps de l'empereur Karl, il y avait un pèlerinage. Les Religieux — des Augustins, comme dans toute cette région — qui avaient là une abbaye, venaient d'être mis en possession d'un bras de sainte Engrace ou Enchratis, une vierge

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martyre. Il se fit de grands miracles autour de cette relique. Au reste, la légende de la' Sainte est inscrite sur un retable, dans réglise; les peintures et les dorures sont dans le goût espagnol du xvn* siècle — c'est-à-dire un mauvais goût très particulier, quelquefois assez attachant.

De l'abbaye des Religieux du ix* siècle, et d'une construction postérieure, édifiée, dit-on, au xii', rien ne subsiste. L'église est debout; elle est romane, et flanquée d'une des plus énormes et de la plus pesante tour carrée que j'aie peut-être vue. Elle est entourée du cimetière, et je retrouve ici les traditions de la Soûle ; je revois les cimetières du pays de Mauléon et de Tardets, tout remplis de fleurs aux couleurs éclatantes et à l'odeur profonde.

Le matin est surtout charmant à Sainte-Engrace ; je veux parler du premier matin, quand le ciel garde encore ses teintes pâles, et que le soleil dépasse à peine le bord de l'horizon. Le front des grandes forêts est seul éclairé, les rayons glissent sur les terrasses naturelles formées au-dessus du Gave et sur les toits des hameaux; le Gave lui-même est encore dans l'ombre. C'est le plus gracieux des pays perdus, que ce groupe de bourgades et cet entre-croisement de vallées. La montagne l'easerre de toutes parts ; on ne la voit presque point ; partout ce manteau noir de la sapinière la recouvre, et la hêtrée y déroule parfois ses plis clairs et conmie soyeux. Nous quittons Sainte-Engrace à regret, comme tant d'autres lieux de ce pays pyrénéen, celui de tous les pays du monde peut-être où les aspects sauvages ont le plus de douceur. Le soir nous retrouve à Bédous.

Là, notre itinéraire nous permet de dépenser encore un jour. Mon compagnon est passionnément occupé à prendre un croquis de l'église; quant à moi, je vais m' asseoir sur les marches branlantes du porche, je promène mes yeux des arcades si curieuses de ces vieilles maisons aux poivrières du château , et au fond de montagnes. Il y a du charme à cette contemplation indolente. Parbleu! j'avais compté sans notre guide de la veille. Très

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obligeant, le gaillard, mais insatiable. Ne me propbse-t-il point la promenade circulaire, pendant que' « l'autre monsieur • dessine !

Et moi de réfléchir, parce que je suis tenté : — Mon brave, ou votre promenade ne mérite pas son nom, ou je n'aurai rien à escalader. — Non, Monsieur. — Enfin, c'est une promenade de demoiselle? — Il sourit, et il le jure. -— Nous marchons droit sur Accous. S* il n'y a rien à escalader, il y aura certainement quelque chose à remonter, puisque nous commençons par descendre. D' Accous à Lées-Athas ce n'est qu'un saut, dit le guide; — et d' Athas à Osse, une petite traversée. Je n'en ai pas moins marché cinq heures. Il est vrai que j'ai vu la vallée sous tous ses aspects. Le plus frappant est celui d' Accous. Nous y avons fait le lendemain une nouvelle halte.

Le village est tapi dans une sorte de petit cirque au plus bas de cette vallée. Au-dessus, les monts décrivent la figure d'un ci*oissant renversé, hérissé de pointes à ses deux extrémités, et se creusant au milieu en plis profonds, qui sont des lits de neige. Accous est la plus pittoresque des bourgades. J'ai peur qu elle ne paye chèrement quelquefois la beauté de ce décor. Elles sont menaçantes, ces montagnes, aux cimes ébréchées, mais aux pentes raides et glissantes; ce sont les pics du Bergon, d'Anchety de Rongléy de Permayou, au premier plan ; au deuxième, les hautes cimes dlsube et de Sesques (2,500 et 2,600 mètres). Pardessus encore ce massif, Tun des plus considérables des Pyrénées, le pic du midi d'Ossau, qui en forme la couronne.

Admirable tout cela. Seulement, il y a les avalanches, contre lesquelles Accous n*a aucune défense. Et ce n'est pas tout : la neige a deux façons de renverser les abris élevés par les hommes; elle les prend par le toit ou les attaque par le pied. A l'extrémité du village, coule un adorable ruisseau. Peste! le traître! Remarquez bien qu'il porte un nom de femme : la Berthe.

Il descend du mont Ronglé. Ce n'est qu'un torrentelet écumeux.

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aux cascatelles brillantes ; mais, quand de pareils amas de neige le gonflent, ce ne peut être qu'un vrai torrent — et furieux. Nous l'avons vu en petite colère seulement, nous avons pu juger de la grande. Tandis que nous déjeunions dans le village, les nuées s'amassaient. Le tonnerre gronde. Les pics se coiffent de vapeurs rougeâtres, puis d'un noir bleu; on dirait un lac d'encre suspendu entre les hautes roches déchirées. Les éclairs se succèdent, et dans le zigzag de leurs lueurs rapides, on aperçoit les fonds de neige qu'ils éclairent. La foudre roule avec des fracas épouvantables, le lac d'encre enfin crève ; quelle pluie !... L'orage s'apaise. Nous entendons un autre bruit sourd. Qu'est cela? C'est la Berthe qui se fâche. Le volume des eaux de l'innocente a quintuplé en une demi-heure.

Cest pourtant sur les bords de la Berthe orageuse qu'est né le « TibuUe » des Pyrénées, Despourrins, le poète gracieux dont nous avons rencontré la tombe, l'an dernier, auprès d'Argelès. Sa maison est là, entre Bédous et Accous, sur un monticule, au pied du Pêne d'Esquit. Un monument en forme de pyramide est encore ici consacré à sa poétique mémoire.

Ce Pêne d'Esquit n'est qu'un grand rempart de granit barrant la route. Heureusement le Gave a su s'en creuser une, et les hommes sur ses bords en ont construit une autre. Mais, audessus de cette muraille grise, une seconde muraille toute verte, et toute droite aussi s'élève. On se demande à quoi servira l'herbe qui croit sur ces pentes absolument verticales ; la plus hardie et la plus expérimentée des chèvres ne s'y aventurerait point sans rouler sûrement en bas. — Le Pêne d'Esquit est situé à une demi-lieue environ d' Accous. La porte que le torrent y a ouverte une fois franchie, on a perdu de vue toute cette fraîche et riante partie de la vallée. Le chemin étroit monte sans cesse. Bédous n'est pas à 450 mètres d'altitude, Urdos que nous allons joindre dépasse 800.

Nous contournons à gauche la base du pic de Arapoup^ à la

8W LES PTRENBES.

crête tout effritée, et nous rencontrons, à droite de son confluent avec le Gave d'Aspe, le grand ruisseau de Lescun, sur lequel est un vieux pont conduisant au village. Plus loin, sur une sorte de terrasse, vient Eygun, et plus haut Cette, dont l'église nous apparait à deux cents mètres au-dessus de nous, perchée sur une roche. Le curé justement passe, et se dispose à remonter vers son nid d'aigle. Il nous salue avec beaucoup d'obligeance, et

(Ktntti un (H>u surpris de rencontrer sur sa route des bipèdes qui no ï^ont ni ses paroissiens ni des muletiers d'Espagne. Je lui Eai-: v'b^nor quevo^~ax<er dans j«s montagnes est tout plaisir; ^v n'est q;:o d y viviv enfermé comme lui qui peut être rude. Il snxN'ije U U-te, et je n'oublierai jamais le geste passionné dont il E>t' :;;.':;:rs ii? petit torrent particulier à E>'gun, l'un de ses deux X :;'..«>•*. r «.■>5. ea oiïet, bien âpre et bien charmant, ce ruisseau fiuv^Tv ^; r>v;;srp, i^ui descend au flanc d'un ra\in fermé par i,-*' v;:.-r*'.v r.viss** vie pierrvs, le pie de Permayou. Et le curé i^v ô,t ; l""*;-<v ^u-o vv Ji ne*l pas beau ?

\,N.**xvr,#<i-v,i\,'vv — y nesaurusdîre que nous ayons perdu ■ - u.x» *vi-;; ïvNire à iX\h:;<y ie hcave boDune parler de «« monta-

LA VALLÉE d'ASPE. 353

gnes. Il y est né, il ne les a jamais quittées que pour aller au séminaire, puis il y est revenu. Il mourrait de nostalgie partout ailleurs.

Ce Permayou vous a tout bonnement ses 2,400 mètres. Il couvre encore de son ombre le village d'Etsaut, faisant face à Borce, de l'autre côté du Gave. Etsaut est ancien et charmant. Un vieux pont, une vieille église entourée de vieux grands arbres, de vieilles maisons à pignon, de vieilles ruines par-dessus tout cela, c'est un tableau complet. L'un de ces vénérables logis est du xv" siècle; on l'appelle la Maison du Chien, parce qu'une tête de chien a été sculptée sur un de ses curieux contreforts. Mais il y a bien d'autres habitations à Etsaut qui ne sont guère plus jeunes. Toutes ont été bâties avec une richesse qui étonne, en belles pierres bien appareillées. Quelques-unes ont des portes ogivales, beaucoup des croisées à meneaux. La tour éventrée est superbe. — Et pour achever ce décor, de l'une des grandes roches à pic qui dominent le village, une cascade sort et s'épanche.

En sortant d'Etsaut, nous franchissons un pont plusieurs fois séculaire ; les feuillages des hêtres suspendus sur le torrent le recouvrent; c'est comme un berceau sur l'abîme. Au fond le Gave , qui coule maintenant à notre gauche , mugit ; on ne le voit pas. Nous sommes au seuil d'un défilé, où ne pénètre qu'un jour grisâtre, et tout à coup, sur un rocher colossal, s' avançant en pointe sur le torrent qu'il domine de plus de 150 mètres, nous apercevons des murailles. Cette roche se dresse à l'angle d'un profond et vaste ravin, auquel viennent aboutir les pentes de Lescarpuru^ de Lasserons^ de Gaziès et d'Aule. Au pied de ce dernier mont se creuse un petit lac. Un nouveau pont relie la route à la base du rocher. C'est le sempiternel pont d'Enfer.

Un escalier sans fin monte au fort, — car c'est bien là le fort

d'Urdos. Il a plus de 500 marches, et, comme une partie du fort

lui-même, a été pratiqué dans le roc vif. L'énorme monolithe

est partout percé de casemates, dont les embrasures s'ouvrent

comme des gueules béantes. De là, on assassinerait une armée, homme par homme. Seulement il est difficile de concevoir comment on y supporterait, dans le défaut de Tair respirable, la fumée acre de la poudre. C'est une épreuve qui vraisemblablement ne sera point faite, car nos voisins n'auront pas envie d'attaquer le formidable ouvrage. Au-dessus de la roche qui forme la première ligne de défense, d'autres murailles s'élèvent d'étage en étage. On les découvre mieux lorsqu'on a franchi le défilé. Des batteries sont toutes prêtes à balayer le vallon, et la route est tracée désormais sur la rive droite du torrent. En avant est le village d'Urdos.

Le chemin s'écarte légèrement du Gave et court entre des monts boisés à leurs flancs et couronnés de roches toutes blanches, qui ont l'aspect de nouveaux ouvrages militaires ; on dirait des tours et des bastions sortant de l'épaisseur du bois ; puis un autre défilé se présente, puis un autre vallon. Nous atteignons le confluent de l'Espugna et du Gave. Une usine abandonnée, dont le nom indique la destination ancienne, la Fonderie, est assise entre les deux torrents. Le Gave d'Aspe s'enfonce dans une gorge qui est son domaine par excellence à lui, son premier chemin pour arriver dans le monde, où le turbulent va faire tant de bruit. A l'extrémité de la gorge, un sentier de montagnards et de chèvres nous tente : c'est celui du col ou pas d'Aspe, qui n'est pas situé à moins de dix-sept cents mètres.

Mais nous devons d'abord atteindre le port d'Urdos ou le Somport — Siimmus portus — ancienne voie romaine qui, de Caesarea Augusta, conduisait jadis à travers la vallée à la cité d'Huro, puis à Faulre cité Jiypothétique) de Deneharnum, où l'on a voulu voir Navarrenx. Nous traversons la forêt de Sausane. Nous touchons au Soniport, et nous n'irons pas plus loin. Au delà, c'est l'Espagne.

lue partie de l'armée d'Abd-er-Rahman a franchi ce col et suivi

toute la vallée poux* envahir notre sol gaulois ; le. gros des forces

LA VAIXEE DASPB. 355

du lieutenant des khalifes avait traversé le col de Roncevaux. Les nuées de cavaliers Maures, armés du large cimeterre, allaient bientôt se briser contre la muraille des fantassins Francks, armés de piques et de francisques. On revit les infidèles dans cette vallée d'Aspe, mais décimés, et portant le corps de leur chef tué dans les champs de Poitiers. Seulement, ils passaient comme le feu de l'enfer sur les villes et les villages, ne laissant pas une maison debout, pas un homme, pas un enfant vivant.

La valléiB d'Aspe, que nous venons de parcourir dans toute sa longueur, n'a pas les grandes lignes de la vallée d'Ossau, où nous allons entrer. Presque partout, elle est étroite ; mais elle est aussi partout curieuse et variée à l'infini. C'est d'ailleurs une des moins connues de toutes les Pyrénées.

LA VALLEE D'OSSAU

ARUDY, LOUVIE, LARUNS

lù'\»'nu> à OUmxui, nous le quittons avant le jour et nouschelnin^M)-:. nul ôveillos. Nous traversons plusieurs villages, et toutà ivuii noiiv iv|uiivti.v sanvte. Le conducteur a pris à ses cotés, sur lo >îô^\ un pivtre qui se rendait à pied à Arudy, et que nous a\,>n> [Mievl |>iv»<' vainement d'occuper l'une de nos places au t.M'.ii ilo t.» \o;:vuv; c'est cet ahbé trop opiniâlit: ou ti-op discret >j.u it:>ii.î.' ;n(V le iNH-her. Celui-ci répète un juron que nous s\."»- o;-.\:!.:u s-Mncui dop\iis que nous avançons à travers le |v\;; i> - ^^^'i» !':'•» 1*i:k»«- Le prêtre lève les mains au ciel, qu'il

LA VALLÉE D'oSSATJ, ARUDY, LOIJVIE, LAUUNS. 357

parait prendre à témoin de quelque abomination terrestre. Le patois béarnais — c'est presque une langue — n'est point fermé comme le basque, et nous comprenons qu'il s'agit entre les deux hommes d'une curiosité jadis placée au-dessus de la route et qu'on aurait fait disparaître.

Le cocher parle d'une « pierre des fées »; le prêtre, enfin, s'explique. La , il y avait autrefois un monument druidique important; on ne le voit plus. Nous mettons tous pied à terre, nous gravissons à gauche un monticule dont le sommet s'étend en forme de plateau. C'est à cet endroit qu'était une table immense de granit, supportée par sept pierres verticales; l'abbé veut bien nous en faire une description exacte. Maintenant , nous n'avons plus devant les yeux qu'une tranchée profonde; le chemin de fer de Pau à Oloron a coupé la butte. Le monument se trouvait dans la ligne du tracé» Tant pis pour l'archéologie! Le progrès moderne, c'est l'ogre qui dévore tout sur son passage. Notre prêtre est indigné. Quant au cocher, il n'avait pas fait cette route depuis plusieurs mois, il ignorait « qu'on eût cassé la table des fées » ; il se fâche et il jure : « Par le Dieu vivant ! » Donc plus de dolmen ; mais du faîte de la colline — ou plutôt de la moitié subsistant de cette colline, puisqu'elle a été coupée en deux — nous embrassons une belle vue.

En face, la vallée d'Ossau; à gauche, dans la plaine, Arudy ; à droite, une autre vallée plus petite, qui remonte dans la direction d'Oloron ; une légère déviation, par des chemins assez ravinés, conduit à Saint-Christau.

Nous allons à Arudy. Il faut insister sur ce point que c'est, de ce côté, le dernier village de plaine. Aussi, c'est un petit centre industriel. On y voit des mégisseries comme dans les bourgs de l'Isère; mais ce qui est plus intéressant pour nous, c'est qu'on y rencontre de vieilles maisons et une très curieuse église, avec de belles voûtes à l'envolée qui sont du xv* siècle. Une porte très riche de la même époque est placée au-dessous d'un porche qui a

été reconstruit. A l'intérieur, sous ces voûtes légères, repose un évêque ; son tombeau est relativement très moderne.

A parler exactement, cette plaine d'Arudy est plutôt un bassin qui s'arrondit au seuil du défilé formé par la vallée d'Ossau ; le Gave en est la ceinture. Dans cet îlot vert tout est rond; des buttes rondes se dressent de distance en distance au milieu des prairies. Le lieu est si calme, qu'on a peine à se figurer qu'il ait pu être le théâtre d'un bouleversement; et, pourtant, il parait qu'Arudy fut renversé au siècle dernier par un tremblement de terre. C'est apparemment en cadence avec cette fâcheuse convulsion du sol ou quelque autre secousse antérieure que le Gave s'avisa de changer de lit. Il coulait autrefois dans un long souterrain , dont on aperçoit les jours dans ces mêmes prairies criblées de trous. Toute la région présente des cavernes. La plus importante est la « grotte d'Espalungue » fouillée par les savants pyi*énéens, et où l'on a trouvé de beaux débris appartenant à Tàge de Tauroch et du renne.

Tout est antique dans la vallée d'Ossau; les Ossalois en sont fiers. Il y a deux siècles, les États de Pau ayant décidé qu'on élèverait une statue à Louis XIV, les gens d'Ossau prétendirent qu'elle ne pouvait êti"e érigée que sur leur territoire, et que cet honneur était du au plus ancien parmi les peuples des Pyrénées, pout-ètiv parmi tous les peuples. Comme preuve à l'appui , ils n'invoquaient pas leui*s pères de la période du renne, mais souloment Jules César qui, sur une pierre jadis bien connue dans la vallèo» a>'ait fait graver « son nom et ses armes ».

Malheureusement, la pienv a été perdue.

l^ grotte cf Espalungue, que nous n'avons pu visiter, s'ouvre assoj pivs tiliesle, où Ton arrive en longeant le pied d'un massif lie iwhoîîi. Ce sont les iXKrhers de Sainte-Colomme , au faîte Uos^juols s 0^1 élevé jadis le donjon des seigneurs de ce nom, qui \mU jouè» connue on Ta viu un rôle dans les guerres religieuses. A I h^M u.nu le;5 monts s élèvent : le pic Hourat, le mont du Rey,

LA VALLÉE D'OSSAU, ARUDY, LOUVIE, LARUNS, 359

ont près de quatorze cents mètres. La route traverse le village, qui montre, comme Arudy, de jolies maisons. Les restes d*un château le dominent : encore une demeure des Sainte-Colomme sans doute. Ces ruines ont du caractère. Izeste est le lieu de naissance d'un physiologiste illustre, médecin à la mode, au dernier siècle, Bordeu. Son père planta un chêne, le jour où ce fils, destiné à la célébrité, vint au monde. Le chêne dure encore, il est en pleine vigueur ; Thomme est mort depuis cent vingt ans et n'en a vécu que cinquante à peu près — quoique médecin.

On ne fait pas voir, à Izeste, la maison de Bordeu. Il y a, pourtant, de vieux logis. L'un d'eux porte une marque d'ouvrier

de 1600; elle est curieuse. Izeste possède aussi une vieille église, qui n'a d'intéressant que sa situation : le pied de son chevet baigne dans le torrent. Le Gave, ici, n'a presque plus d'eau : c'est qu'une partie s'en écoule encore par des conduits souterrains.

Louvie-Juzon est considéré par les Ossalois comme la véritable entrée de leur vallée; et c'est, en effet, au delà de Louvie que s'échelonnent les dix-sept villages formant le « pays d'Ossau ». La plus grande partie en est comprise dans le canton de Laruns, qui est d'une rare étendue. Les aspects y sont variés sans cesse, et cependant le cadre, partout, en est le même : au nord et à l'est, les premiers étages des monts apparaissent nus, dépouillés de leur ancienne couronne de sapins ; au sud et à l'ouest, ils sont, au contraire, chargés de forêts. Par-dessus cette première chaîne s'élèvent les grands pics, et, par-dessus encore, se dresse le géant de ce quartier des Pyrénées, le pic du Midi d'Ossau, qu'on aperçoit de tous les points de la vallée. Le Gave la traverse du sud au nord. Dans toute son étendue, la route de

Pau, aux stations thermales des Eaux-Bonnes et des Eaux- Chaudes, longe le torrent; seulement, ce Gave, capricieux entre les Gaves, s'avise quelquefois de courir à d'énormes profondeurs au-dessous du chemin. — Plusieurs des hauts monts ne perdent jamais leur couronne de neiges.

Le val d'Ossau, bien plus fréquenté que la vallée d'Aspe par les touristes, les enchante, parce que c'est à leurs yeux un pays nouveau, profondément original, et que ce n'est pourtant pas un pays inconnu. Ces eaux orageuses, ces grandes neiges, cette verdure sombre et ces villages suspendus aux flancs de la montagne rappellent les Alpes à ceux qui les ont beaucoup parcourues; ils se retrouvent, ils se plaisent aux ressemblances d'abord, puis les différences les pénètrent. Cest d'abord cette pureté des beaux ciels, et cette vivacité des couleurs que les Alpes ne connaissent pas, La traversée de la vallée d'Ossau par un jour ensoleillé suffit à expliquer la passion que les Ossalois ont pour leur pays.

O Mountagnes d*Aûssaû deûs Dius faborisades Que loungtemps Imetés boscs jou bejey reberdi, Peùs artistes, peûs reys, peûs princes bisitades Au miey de basté bein jou bony bibé et mouri O mountagnes d'Aûssaù

O montagnes d'Ossau , aimées par les dieux, que je voie longtemps reverdir

[vos forêts !

Vous êtes visitées par les artistes, les princes et les rois. Je veux vivre et mourir au milieu de vous, O montagnes d'Ossau.

Je ne donne plus ici que la traduction française de ce chant national :

Comme le berger Qui embellit sa maîtresse Avec des bagues d or. des dentelles et des rubans,

Le ciel a épuisé sur toi son amour En te parant des attraits les plus brillants,

O val d*Ossau.

LA VALLÉE d'oSSAU, ARUDY, LOUVIE, LARUNS. 361

Nos grottes, nos bosquets, nos cascades rapides Coulant en flots d'argent le long des roches Font accourir pour boire à tes sources renommées Les riches étrangers de l'Orient, O montagnes d'Ossau.

J'ai dit que les Ossalois se piquaient fort d'antiquité; ils le peuvent. Nous verrons plus d'un vestige romain dans la suite de notre voyage. César désigne ces montagnards sous le nom d'Osquidates, du basque osca, gorge ou en^aifie ; les Romains y ajoutèrent la terminaison ates — les habitants de la gorge. Nous verrons aussi comment ces Ossalois sont avec les Celtes de la Basse-Bretagne les derniers représentants de la «Gaule chevelue». Les hommes, en effet, portent les cheveux longs, flottant aux épaules. Leurs vêtements ont changé de forme depuis ces temps lointains, mais ils gardent encore un caractère d'antiquité. C'est pour les hommes, surtout les jeunes gens, une veste rouge sur une sorte de gilet blanc, laissant voir la chemise plissée au cou, et rehaussé par une ceinture rouge qui retient les culottes de velours ou de drap jçrossier, le plus souvent brun. La. partie qui succède à ces culottes est difficile à déterminer : sont-ce des bas? sont-ce des guêtres ?

Sûrement cela forme guêtre sur le pied, dont l'extrémité est nue dans le soulier ou la sandale. Ces grands garçons pimpants — car les Ossalois sont de grande taille — portent des jarretières en cordon de soie, de couleurs assorties et toujours les plus brillantes. Leurs longs cheveux pendants par derrière sont coupés ras sur le front; ils ont le large berret brun, formant parasol.

Toutes les pièces de l'habit des femmes sont curieuses. C'est d'abord le capulet écarlate en drap, doublé de soie, quand la belle est riche, et, par-dessous, un petit bonnet rond serrant toute la tète. Les cheveux sont disposés en longues tresses flottantes. Le corsage est noir , à parements rouges. Les Ossaloises ont

362 LES PTRÊNÊES.

deux jupes ; celle de dessous est ordinairement rouge , celle de dessus est relevée par devant, pendante par derrière comme un pan de tunique. Quelques-unes ajoutent le tablier blanc à cet ajustement très compliqué; d'autres bordent d'un ruban blanc ou bleu leur jupe de dessus. Les bas ont la même forme que ceux des hommes; pas de pied; ils vont s' évasant sur le soulier.

JTaî TU dans les hauts vallons du pays de vieux pâtres qui portaient la veste en laine brute, de la couleur de leurs moutons, et la capo espagnole. Sous cet habit primitif, ils n'avaient pas moins ^ramlair; ils m'ont fait songer à ce que dit des gens d'Ossau rhi<tt)rien basque Olhagaray : « Ils ne savent endurer aucune atteinte dans leur liberté, l'entreprise fût-elle même poussée de la main du Roi ». Et parlant de leurs fors ou coutumes écrites, — Olhagaray ajoute que ces monuments respirent la fierté de la montagne. Ces Ossalois ont eu pourtant des seigneurs particuliers, avant les comtes de Béarn et les rois de Navarre; mais il paraît que ces vicomtes-là étaient des seigneurs « constitutionnels » — malgré eux, probablement — et que les vassaux traitaient .de pair à pair avec ces moitiés de maitres. Plus tard iU exigèrent que leurs jurats — ou déléirués — aux États de Béarn eussent une table à part, au haut bout de la salle. Et ainsi, ils établissaient sans réplique qu'ils étaient les premiers d'entre les Béarnais.

Je crois que je ferais bien de revenir à Louvie-Juzon, après cette école buissonnière dans le champ de l'histoire. Cest un bourg important, mais il n'y en a d'autre témoignage que son hôtellerie. Nous en trouvons la cour remplie de landaus chargés d'Anglais qui partent pour les Eaux-Bonnes. C'est ici que la route de Pau se relie à celle d'Oloron ; l'hôtel des Pyrénées regorge toujours de voyageurs. Le landau est dans cette partie du pays l'équipage adopté;. il est lourd, disgracieux, assez commode ; les Anglais s'y retrouvent comme chez eux, car ce sont eux qui l'ont inventé. L'hôtellerie est située sur la rive gauche du

LA VALLÉE d'oSSAU, ARIjDY, LOUVIE, LARUNS. 363

Gave, le village sur la rive droite, dans un cadre de montagnes pelées. Louvie a de vieilles maisons et une église pittoresque, qui nous montre les premières rusticités de l'ogive; elle est flanquée d'une tour carrée qui porte une flèche. Solide et fîère, cette tour! le reste est un peu branlant.

Avant de prendre sur la rive droite du torrent la route que nous avons décidé de suivre, nous poussons une pointe sur le chemin de Nay et de Lestelle, qui par un col assez prochain nous conduit dans le vallon de TEstaressou. C'est encore une église, celle de Mifajet, qui nous attire. Le prêtre que nous avons amené d'Oloron nous a dit qu'elle était du x* siècle. Je crois qu'il lui a prêté cent ans de trop, ce qui n'est pas une affaire. C'est une fondation de l'un des Gaston, fils des Centulles, les premiers vicomtes de Béarn, dont la dynastie fit place en 1173 à celle de Moncade. Un hôpital y était joint; la ferveur hospitalière était donc universelle au moyen âge, en pays pyrénéen. L'église est certainement curieuse, et sa crypte seule mérite que le touriste, paissant à Louvie, se détourne légèrement de son chemin.

A la tête du pont reliant les deux bords du Gave, nous commençons à suivre la rive droite. Nous trouvons Castets-Gelos à un kilomètre; la vallée se resserre; au fond s'élancent les deux dents du pic d'Ossau. Castets porte sur deux éminences rocheuses, l'une couronnée par l'église, l'autre par un vieux donjon. Est-ce ici un coin des Pyrénées ou des bords du Rhin?... Le Gave contourne la première roche nue, le château se dresse sur la crête; au pied, sur la berge et dans le vallon, se déploie un large rideau de verdure; le contraste est saisissant et très gai.

Sur la roche du second plan, qu'un ravin sépare de la première, l'église, perchée comme la tour, montre une abside du xV siècle. L)e petites voûtes à nervures sont supportées par des piliers ronds décorés d'armoiries, les armes du seigneur : de gueules à un chêne arraché de sinople. C'est un attentat direct aux règles du blason, qui ne permet point couleur sur coulour. L'église est re-

peinte, et ces écussons sculptés dans la pierre ont été barbouillés comme le reste ; la pièce en était sûrement d'argent ou d'or. Cette église a été la chapelle du château, auquel le reliait un pont suspendu sur la ravine entre des murailles crénelées. Audevant, le cimetière forme terrasse, La vue y est incomparable. Nous suivons jusqu*à Laruns la vallée et ce Gave tumultueux, capricieux, celui de tous les tributaires du grand Gave de Pau qui ressemble le plus à son orageux suzerain. — Après avoir rassasié nos yeux de ce tableau , nous sommes bien obligés de descendre pour remonter sur Tautre roche; du pont couvert d'autrefois , il n'y a plus de traces ; quelques restes de murs seulement. Le donjon est une tour carrée, semblable à beaucoup de celles que nous avons vues, surtout dans une autre partie des Pyrénées, dans les vallées de Barèges et d' Argelès; elle est découronnée, d'ailleurs en assez bon état.

Le défilé d'Ossau s'élargit au-dessous de Castets-Gelos ; le Gave, dans un caprice bizarre, forme deux bras. Sur l'autre bord s'ouvre un nouveau bassin assez semblable à celui d'Arudv. Ln,

sur le versant d'un mont, est Billières, dont les maisons blanches tranchent joliment au milieu de la verdure. Au-dessus s'étend le plateau de Bénou, qui porte les restes d'une forêt de sapins et de grands pâturages. Une route passant au col de Marie-Blanque conduit à la vallée d'Aspe; en la creusant, on a découvert plusieurs cromlechs; cette trouvaille fera compensation pour le monument détruit par le chemin de ferd'Oloronà Pau. — Le Bénou est un grand rendez-vous de chasseurs; les cailles y abondent, les chevreuils n'y sont point rares ; on y a même tué des ours.

Il nous faut revenir à Louvie-Juzon, où nous reprendrons notre carrosse. A pied, nous pourrions traverser la vallée et le^ deux bras du torrent sur des ponts de bois. On n'en peut imaginer de plus primitifs : deux branches d'arbres soutenues par des pieux qu'on n'a pas même équarris, qu'on a tout bonnement

LA VALLÉE d'OSSAU, ARUDY, LOUVIE, LARUNS.

plantés dans le Gave. L'édifice est fragile et dansant ; il est vrai que le Gave, à cet endroit, n'est pas profond; mais il n'est pas non plus pavé de plumes 1 . . .

Après Louvie, le premier village est Bielle ; c'est aussi, dans un autre sens, le premier village du canton, car Bielle fut la capitale, le Capdeuilh de la vallée. Là se réunissaient les Jurais chargés de régler les affaires du haut et du bas Ossau, de Gabas à Louvie ; là retrouvait le dépôt de leurs archives. Dans la salle de la mairie d'à présent , on voit un curieux tableau de bois , portant , siculptés en relief, les noms des villages et l'indication du nombre des feux qu'ils comptaient. La date en est à demi effacée; pourtant, nous avons cru lire : 1090. J'ai, d'ailleurs, transcrit la disposition de ce singulier monument des âges, et le voici :

FOECQ ET RENC PER RECEVE LA VOUTS EN IVRADE PER

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