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IRISSARY, SAINT-ÉTIENNE DE BAÏGORRY, LES ALDUDES

vallée de Bidarray, nous trouverons d'abord le village d'Eyharce, au confluent des deux Nives de Saint-Etienne et d' Arneguy.

Au lever du soleil, nous nous engageons dans l'étroite vallée qui conduit à Saint-Étienne. Le pont est jeté devant Eyharce, assez petit village, assis au revers d'un coteau ; à droite et plus haut dans les roches, un ravissant clocher s'élance : c'est celui de Saint-Martin d' Arossa. Une double chaîne rocheuse enserre la route, qui s'ouvre tout à coup à gauche par une large échancrure, et laisse passer la Nive de Saint-Jean-Pied-de-Port, la véritable mère de la grande Nive de Bayonne, qui vient se réunir à celle de Saint-Étienne, ou plutôt des Aldudes. Au-dessus de ce nouveau confluent, la vallée se resserre, plus sauvage.

A notre gauche, la Nive de Saint-Étienne coule profondément encaissée au pied des montagnes grises et vertes. Le sommet est nu; la base se recouvre d'une végétation puissante — mélange de toutes les essences d'arbre et de tous les tons qu'elles peuvent offrir. L'autre bord n'a pas moins de fraîcheur et de variété. Un vaste parc descend jusqu'à la rivière. Le château qu'il entoure est campé sur un grand monticule ombragé de*hêtres énormes, audevant du rideau déployé des monts : c'est Lacarre, maison moderne, dont l'architecture est sans intérêt; mais la belle demeure!

Un peu plus loin, voici le village de Leispars ; la route de Saint- Jean-Pied-de-Port vient croiser celle que nous suivons. Un pont traverse la Nive. Nous entrons dans Saint-Étienne de Baïgorry, sur le flanc occidental de l' Adarca. Ces montagnes à la tête grise, qui dominent le bourg au midi, sont le chaînon qui nous sépare de la Navarre espagnole. Nous savons que de l'autre côté est Erazzu, ville de « palacios » armoriés, centre de noblesse militaire autrefois, comme Fontarabie, et plus bas dans la vallée duBastan, Bozate, ancienne Lourgade, entièrement peuplée de cagots. Mais nous nous sommes interdit de franchir désormais la frontière ; nous allons trouver, d'ailleurs, les traces de ces cagots aux environs de Saint-Étienne.

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Le bourg est situé sur les deux bords de la Nive; mais est-il possible de dit-e que Saint-Etienne et B^orry soient un boui-g, ou deux bourgs plutôt qui n'en font qu'un? La commune n'a pas une étendue de moins de trois lieuee ; les maisons y sont disséminées de toutes parts, isolées ou par groupes. C'est ici que nous rencontrons pour la première fois l'usage invariable dans la Soûle,

qui consiste à graver au-deasus de la porte de chaque demeure le nom du fondateur et la date de la construction. Les maisons de Saint-Étienne remontent pour la plupart au siècle dernier. Des deux côtés delà Nive, la population agglomérée peut être demilleà douze cents âmes. Saint-Étienne est une villette en décadence ; on y exploitait autrefois des gisements de cuivre argentifère, épuisés aujourd'hui, et qui faisaient sa richesse. Baïgorry eut son grand homme, le maréchal Harispe.

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Un Basque, qui fit presque toujours la guerre aux environs de son pays ou dans son pays même. D'abord chef d'une compagnie de chasseurs basques levés en 1793 contre F invasion espagnole; plus tard major général de Moncey en Espagne, général divisionnaire en 1813, sous les ordres de Soult, et défenseur à la Rhune des montagnes natales; — après 1830, commandant supérieur de tous le$ départements pyrénéens ; au début du second Empire, à quatrevingt-dix ans, créé maréchal de France : voilà les états de service du vieil Harispe. Le manoir d'Etchaux, où il naquit, touche à Saint-Étienne; il est enseveli au château de Lacarre, qui appartient à son petit-fils. Harispe est le héros d'une chanson basque :

Cartiel bat deitzen da Franzian Baigorri, Etchauze hortan duzu sujet handi hort Gen de noble haienzat hori zen coubeni Harispe générala Jaincoac igorri.

« Il est un pays en France qui a nom Baïgorry. Ce personnage distingué habite Etchaux. Il était digne de cette noble famille ; Dieu [Jaincoac) lui envoya le général Harispe. »

Ce manoir d' Etchaux est assis entre Baïgorry et Saint-Etienne ; sous les ombrages de son parc, au revers de la colline, est le hameau de Michelena, repaire ou refuge d'une tribu de cagots au temps jadis, et encore habité par leurs descendants. Ils sont affranchis de la casaque rouge, la livrée de la servitude et de la peste, mais point des misères de leur origine. La possession de la terre ne leur est plus interdite; seulement, la terre est une marchandise, et pour l'acheter il faut de l'argent : ils n'en ont pas. Demandez quelle peut bien être leur industrie, on vous répondra par des hochements de tête. On continue de les mépriser, il faut donc qu'on ait l'air de les craindre. La vérité, c'est qu'ils vivent si obscurément qu'on ne peut bien savoir de quoi ils vivent. Beaucoup émigrent, et vont chercher fortune dans l'Amérique du Sud, où on ne la fait plus. Ils sont deux cents environ ; j'ai voulu les

voir. Ni leurs habitations, ni leurs visages ne diffèrent de ceux des indigènes ; leurs maisons seulement sont plus pauvres, leur peau est plus bistrée'. Or, les traditions sur ce point-là sont constantes. Un cagot aux cheveux noirs et au teint brun n'est pas un vrai cagot. Les réprouvés doivent avoir le visage blanc, même blafard, une chevelure couleur de paille, et les yeux bleus.

Etchaux est un bâtiment carré flanqué de tourelles à ses angles, qui s'élève sur une terrasse d'où Ton embrasse toute la vallée. Ce point est très favorable pour bien reconnaître la situation de la petite ville sur les deux bords de la rivière. D'un côté, c'est Baîgorry: une longue rue aux maisons anciennes, à son extrémité une grande place ; tout près le jeu de paume, le plus important et le plus renommé du pays basque ; puis la rue qui recommence, puis la route d'Ossès. La construction du jeu de paume est due à la munificence des riches habitants; une inscription le constate :

d'abbadie

mRLR ANAYIER

BAIGORRIC

MILACA ESRIER

DEBKCATU A-PLECAHARITCEA .

Au fond est le mur classique qui arrête la balle ; des deux côtés ivjrne lu^e petite muraille légèrement arrondie et formant deux étajji^s de gradins. Cest la disposition antique et le commencement dun ciixjue romain. Les joueurs, tandis qu'ils se reposent en s essuyant le visage, ont devant leurs yeux des pics déchiquetés et de5> montagnes vertes.

Ine partie de p;>ume dans le pays basque attire mieux que des twupes de curieux ; c'est tout un peuple qui accourt. Toutes les

I. On tnuivoru. dans le tome l* de cel ouvrage, des renseignements sur la r;^oo proscrite de:> oainUs,

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arènes ne sont pas entourées de gradins, comme celles de Baïgorry ; le plus souvent, des milliers d'hommes et de femmes demeurent debout, pressés à ne pouvoir lever les bras, pendant cinq à six heures, sous le soleil cuisant. La passion fait oublier la souffrance. Avant que la partie ne soit commencée, les propos vont leur train. Il y a des paris engagés quelquefois pour des sommes importantes, et les intéressés, naturellement, vantent leurs hommes. A Baigorry, particulièrement, la jactance est assez ordinaire. Les habitants de la bourgade ont la réputation d'être beaux hâbleurs ; je ne sais trop si elle est méritée ; mais, suivant un dicton basque, à Baïgorry, lorsque, par exemple, on veut se marier, il faut prendre garde : les parents de la fiancée disent que « la vaisselle de la maison est en or». Après le mariage, il se trouve que « la vaisselle est de terre ».

Toutefois, à Baïgorry comme ailleurs, dès que la paume a volé, la foule se tait.

Les joueurs, en pantalons légers retenus par une ceinture rouge, ont la main armée d'un gantelet de cuir ; ils sont divisés en deux troupes ennemies : l'une, au pied du mur qu'ils appellent rebotj présente la figure d'un angle aigu; au sommet se tient le principal champion du parti de la défense ou du repous; les deux autres demeurent à sa droite et à sa gauche, en arrière de deux ou trois pas. En face, le parti de l'attaque est également disposé en angle, à une distance égale du paso ou ligne du milieu. Au sommet, ici, est le buteur; c'est lui qui lance la balle, que renvoie l'adversaire du repous. Elle est lourde, très lourde, et dans ce grand silence établi parmi les spectateurs, on l'entend siffler, fendant Fair avec une telle force que si l'un des joueurs en est atteint, il est souvent renversé, et presque toujours sérieusement contusionné. Les coups se succèdent et varient; il y en a qui donnent lieu à la chasse de la paume, et qui demandent dans les lutteurs une agilité rare. Entre eux, d'un parti à l'autre, ils emploient mille ruses intéressantes. Mais un jury très sévère préside

et surveille le jeu; s'il y a contestation, les spectateurs interviennent quelquefois et donnent leur avis. D'autres fois, ce sont les joueurs eux-mêmes qui le demandent, en criant : Plazo. Il est presque sans exemple qu'ils refusent de s'y soumettre.

Ce n'est pas sans raison que le jeu de paume fut réputé autrefois un jeu noble. En cette qualité, il eut une grande vogue chez nous aux xvi* et xvii» siècles, parmi les jeunes gentilshommes et jusqu'à la cour de France. C'est vraiment un exercice de grande allure, qui exige toutes les conditions de la prudence, de l'adresse et de la force. Dans le pays basquie, en terre française comme en terre espagnole, un beau joueur de paume acquiert une popularité extraordinaire. C'est le dépositaire de l'honneur national. Nos Basques français en ont compté plus d'un ; il faut pourtant bien avouer qu'ils sont trop fréquemment battus par leurs rivaux d'Espagne. La cause de ces revers n'est pas l'infériorité de leur adresse; cela vient surtout de ce que nos Basques français sont des « amateurs du dimanche », parce qu'ils sont des travailleurs pendant la semaine. Ce peuple agricole mène la charrue, tandis que les Espagnols, ordinairement oisifs, s'exercent tous les jours, et de la paume ont fait un métier. Ils passent la montagne, quand une grande partie est annoncée dans quelque canton du Labourd ou de la Soûle; ils arrivent en troupe disciplinée, et dans cette petite guerre-là, comme dans toutes les guerres, la discipline est le premier gage de la victoire. Quelquesuns s'enrichissent par des gains considérables; les vaincus payent; mais qui regretterait l'argent perdu?

Lo plaisir, la passion l'emportent sur toute autre considération, moine dans le c-œur des plus avares. Les Basques font vingt lieues à travers les monts, rien que pour voir une partie de paume; ils marchent la nuit, le jour même s'il le faut, bravant la chaleur et la soif. On cite des soldats qui ont déserté pour se i*endre à ces fêtes nationales. Nous avons recueilli, api^s M, Germond de l^vigne, Thistoire étonnante de Perkain,

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le joueur des Aldudes. — Perkain avait refusé de se laisser jamais enrôler dans les armées de la Révolution ; il était réfugié en Espagne. Il apprend qu'un de ses rivaux annonce une partie dans son village natal même, et il n'hésite point, repasse la frontière, se présente hardiment, il est vainqueur. Une victoire qui pouvait lui coûter cher; mais les gendarmes n'osèrent bouger. Tous les spectateurs entouraient le réfractaire et lui faisaient cortège. Ils le ramenèrent jusqu'en Espagne; ils étaient six mille.

Je crois avoir dit que le jeu de p^ume de Baïgorry était le plus renommé du pays basque; c'est une assertion imprudente, qui me ferait des ennemis. J'ai voulu dire seulement que c'en était |e mieux construit et le plus beau.

Presque toutes les maisons du bourg portent sur le linteau de leur entrée principale ces inscriptions dont nous avons déjà parlé.

l£ai^lli'RSlgy>TIfea

CVTlARe<1Vm-0VpVN*BA8SViA AS cjviOVWLAJOANNES OIAIBARNC-

Un peu plus loin, sur une autre porte:

VIVE PCDRO|-^fi>HVtVt MARIA ..

6EM0C0CAIN npDLESPtUET rAITLE9MAl| ITlUN- 1750.

Baïgorry n'a pas d'église. Les habitants, pour se rendre à celle (le Saint-Etienne, doivent traverser la Nive sur un pont moderne. C'est même un édifice tout neuf, et qui ne cessera jamais de l'être, puisque deux fois déjà il a fallu le reconstruire. Deux fois les masses d'eau qui descendent des Aldudes pendant l'hiver l'ont emporté. Les ingénieurs en sont extrêmement surpris, les populations le sont moins. Un peu plus loin, sur la rivière, un autre pont qui ne sert plus, l'un des plus vieux du pays basque, contemple

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de toute sa hauteur, avec un mépris tranquille, ces ouvrages de la science nouvelle qui ne savent pas résister aux torrents. Ce mépris, les ingénieurs le lui rendent : àleura yeux, c'est un ouvrage grossier, qui fait un terrible dos d'àne, qui, d'ailleur8,a l'inconvénient d'être pittoresque; c'est insupportable. Mais il est solide,

ce dos d'àne ; ils travaillaient fortement et sûrement, les bâtisseurs d'autrefois.

Le vieux pont et le pont neuf — ou provisoires, épilhète justifiée par l'événement — sont également placés dans le plus joli coin du monde. La Nive, en cet endroit, forme des îlots couverts d'une riche végétation. Saint-Étienne est tout encadré de cette verdure. Ce dernier village n'a d'intéressant que son église qui est vieille, surmontée d'un haut clocher carré, flanqué d'une tourelle ronde. L'église a les pieds dans la Nive. Les groupes de maisons s'étagent sur la rive droite du torrent; les habitations ne s'arrêtent que faute d'espace, au point où la vallée

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