‹ Les qualités morales du bon militaire [microforme]Chapitre 11 sur 50 · LE PRÊTRE ET LE SOLDAT · texte numérisé non relu

LE PRÊTRE ET LE SOLDAT

Deux mains ont fondé la France, la main du prêtre et la main du soldat.

Jos. de Maistre.

Le prêtre et le soldat ont pour première loi l'obéissance, pour premier devoir le dévouement, pour principale habitude le sacrifice. Il ne s’appartiennent pas; ils appartiennent chacun spécialement à une chose qui mérite un amour sans borne, l’un à l’église, l’autre à la patrie, et tous deux en même temps à ces deux choses à la fois. Ils ont tous deux une règle haute, noble, inflexible, qu'ils n’ont pas faite, qu'ils ne peuvent défaire, qui les soutient et les relèvent. Leurs intérêts propres, leurs affections privées disparaissent devant l'intérêt général, en vue duquel est exclusivement tracée cette règle sainte, Qu'est-ce qu’un soldat ? C’est un moine par la régularité, par la sobriété, par les privations, par l’abandon à la volonté du supérieur. Que le soldat soit chré:

tien, il n’y a pas d'état qui se rapproche le plus de l'état monastique. On chercherait en quoi la caserne diffère du couvent, si le tambour y donnait le signal de la prière. Ils ne savent pas toujours ce qu'ils disent, ceux qui parlent de la license des camps; ils n’ont guère vu de camps. On s’y couche de bonne heure, à la belle étoile, ou sous une tente légère ; on se lève de grand matin, on travaille tout le jour; on se prépare à la victoire et on l'espère. Voilà la licence des camps.

Qu'est ce que le prêtre, surtout le moine, c’est-à-dire le prêtre élevé à toute la hauteur d’abnégation que comporte la vertu humaine ? C’est le soldat par excellence que l’on met aux postes les plus difficiles, que l’on envoie aux plus grands dangers, que l'on jette en pionnier de la civilisation chrétienne, dans les glaces du pôle, dans les déserts de l'équateur, dans les savannes de l'Amérique ; à qui l’on dit d'aller attaquer les sauvages, les hérétiques, les incrédules, Et il y va et y meurt. Quand il est mort, ou par les fatigues, ou par les supplices ; quand il a été lacéré par les fouets, consumé par les flammes, dévoré à belle dents, d’autres accourent à sa place, ambitieux du même sort, jusqu’à ce qu'enfin, sur les ruines de ces tribuneaux sanglants, sur les cendres de ces bûchers, ils élévent la croix : comme le soldat sur les décombres de la forteresse ennemie, et sur les cadavres de ses frères, plante son étendard vainqueur |

La France et l'Angleterre sont si véritablement guerrières et chrétiennes, que devant la piété militaire les droits même de la raillerie expirent. Qui oserait railler Turenne? qui oserait railler Havelock? Partout ou

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l'homme de guerre voudra être chrétien il le sera impunément; ou plutôt, l'opinion se tournera pour lui par un instinct même de la grandeur nationale. On ne sait plus pourquoi, mais on comprend que la piété dans l’art militaire est la perfection du courage et de la discipline, et que cette perfection est l’élément invincible que veut faire et qu'aime à faire le pays. Partout, dit Xénophon, où les hommes sont religieux, querriers el obéissants,

comment ne seraît-on pas à juste droit plein de bonnes espérances ?

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