DE LA GRANDEUR DAME
| “ Il faut avoir une âme dépravée
À pour commettre le mal; une âme
1 vulgaire pour faire le bien quand on
: ne court aucun danger ; mais la vertu
k propre et personnelle à un homme de bien, c’est de ne jamais s’écarter de la justice, même aux dépens de sa vie.”
Quintus Metellus.
Par grandeur d'âme
on entend élévation et noblesse . © x sentiments,
Cette vertu consiste non-seulement à faire tout ce qui À l'est noble et généreux, mais encore à applaudir, même 4 dans un ennemi, les grandes et belles actions, lors même
qu’elles nous portent préjudice ; à ne se laisser abattre par aucune infortune, à mépriser et déjouer les actions basses et méchantes, et surtout à ne les faire jamais tourner à son profit.
Le :nédecin de Pyrrhus ayant proposé à Fabricius, général romain, d’empoisonner son maître pour de l'argent, ce dernier en avertit Pyrrhus, et, par sa magnanimité, l’obligea de rechercher son alliance. On dit que Pyrrhus, dans le transport d’admiration que lui causa la grandeur d'âme de Fabricius, s'écria: ‘“ C’est donc ce Fabricius qu’il est plus difficile de détourner de la vertu que le soleil de sa course ? ” Il remercia Fabricius et le peuple romain, et pour ne pas se laisser vaincre en bienfaits, il renvoya, sans rançon et bien vêtus, tous les prisonniers
romains qu'il avait.
Cette vertu, apanage des belles âmes, est le principe de toutes les vertus militaires, comme l'amour de la patrie en est le complément. Sans elle, les plus belles qualités, perdent leur éclat; la valeur devient de la férocité, la justice de la partialité ; le désintéressement se converti en avarice ou en prodigalité, l'humanité en sruauté; la fermeté devient de la dureté, la modération de la faiblesse; le dévouement n’est plus que l’égoïsme ; l’amour de la patrie, ce feu sacré, soutien des nations, disparaît pour faire place à l’intérêt personnel ; l'honneur n’est plus qu'un vain mot que chacun travestit à sa convenance ; sans grandeur d'âme, en un mot, toutes les vertus s'obscurcissent ou disparaissent entièrement.
Les Stoïciens ont parfaitement défini la grandeur
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d'ôme, quand ils ont dit que c'était une vertu qui combattait pour la justice.
Après la bataille d'Iéna, (1806) les français firent leur entrée à Berlin. Le Prince de Hatzfeld, gouverneur de la ville, et connu pour l’un des plus ardents provocateurs de la guerre, s'était empressé de présenter tous les fonctionnaires civils et militaires de la capitale. ‘Ne vous présentez pas devant moi, lui dit l'Empereur, je n’aiï pas besoin de vos services; allez vous retirer dans vos terres.” Peu de moments après le prince fut arrêté. Une lettre, par laquelle il instruisait le roi des mouvements de l’armée française, avait été interceptée et remise à l'empereur. Le crime de trahison était suffisamment prouvé ; une commission militaire allait le juger coupable, quand la princesse Hatzfeld vint se jeter aux genoux de Napoléon, et protester que son mari était incapable d’une telle perfidie: ‘ Vous connaissez son écriture, dit Napoléon en lui présentant la lettre du prince; jugez le vous-même madame. La princesse lut la lettre et tomba évanouie. L'état de grossesse avancée où elle était, ajoutait encore au malheur comme à l'intérêt de sa situation, qui avait vivement ému l'empereur. Des secours furent prodigués à la princesse qui revint à elle : ‘{ Tenez madame, lui dit Napoléon, cette lettre est la seule preuve que j'ai contre votre mari, jetez-la au feu.” Ainsi fut sauvé le prince de Hatzfeld. (Norvius Hist: de Nap.)
L'homme qui est doué de la grandeur d'âme, n’estime que ce qui est conforme à la justice et à la probité. Un tel homme supérieur à toutes les faiblesses humaines, sera
toujours incorruptible et ne se Jaissera jamais abattre Par Je malheur ni éblouir par la bonne fortune. Comme il gait toujours $€ contenter de peu, l'or n’a aucune influence sur sa grande âme, ]a flatterie n’a aucun accès dans s0n cœur, qui ne bat qu'au récit ou à la vue des belles et nobles actions. Un tel homme ne rêve que le triomphe de la justice. Calme dans toutes les circonstances de la vie, il fait bravement tête à l'orage qu'il voit venir Sans crainte, et à la quelle il oppose toujours la fermeté d'un homme que Île mépris de la mort et la conscience de ses devoirs, maintiennent dans Je chemin de l'honneur et de
l'équité.
La conduite de Quintus Métellus, surnommé le
Numidique, fut honorable dans le commandement des
armées, sa Censure glorieuse, et toutes ses actions furent Ja fin de sa vie.
soutenues par une égale fermeté jusqu à L'infortune et la grandeur d'âme de cet homme inébran. lable ont : mmortalisé sa gloire. Jlaima mieux abandonner Rome que d'agir contre Sa conviction, et il préféra la douce satisfaction de sauver sa patrie à celle d'y habiter.
Saturninus, tribun du peuple, avait porté une loi par
jaquelle le sénat était obligé de jurer en pleine assemblée crirait à toutes les ordonnances du peuple et aucune façon. Metellus, rerieuse à la majesté du sénat
qu'il sous qu'ilnes y opposerait en gardant cette loi comme inju ble à la république, dit publiquement que
et préjudicia jamais il ne ferait un tel serment. Le sénat, ému par la andable, leva la
résistence d'un homme aussi recomm géance sans rien décider.
Peu de jours après, Gaturninus, pressant de nouveau
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les sénateurs, convoqués au même lieu, de prêter leur serment, Marius, consul pour la 6e fois, intimidé par ses menaces, se rendit le premier. Tous les autres, entrainés par la crainte du peuple, firent aussi leur serment, excepté Metellus, qui ne relâcha rien de sa fermeté, malgré les prières de ses amis, qui le conjuraient de suivre leur exemple; pour se soustraire aux violentes peines portées par Saturninus contre les opposants à sa loi. Mais Metellus disposé à souffrir les plus affreux supplices, plutôt que de se déshonorer par une faiblesse, indigne de son caractère, se retira de l’assemblée et dit à ses amis qui le reconduisaient chez lui ‘“ qu'il fallait avoir une âme dépravée pour commettre le mal, une âme vulgaire pour faire le bien quand on ne court aucun danger; maïs que la vertu propre et personnelle à un homme de bien,
c'était de ne jamais s’écarter de la justice, même aux dépens de sa vie.”
Metellus fut banni de la ville, et Saturninus poussa le ressentiment jusqu’à proposer une loi qui défendait à tout citoyen de le recevoir chez lui. Retiré à Rhodes, Metellus s’y adonna aux lettres, jusqu’à ce que rappelé par l'ordre de ce même peuple qui l'avait exilé, il fut reçu à Rome avec une telle satisfaction, qu'un jour entier ne put suffire aux félicitations dont ses concitoyens le comblèrent aux portes de la ville à son retour.
OI ARTICLE II. L de de DE LA JUSTICE. fi fla Elle est la volonté constante, . au:
éternelle de rendre à chacun | Ja ce qui lui est dû Justinien. . (
Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas que l’on vous fit.
Si cette maxime s'adresse à tous les hommes en général, à plus forte raison doit-elle servir de règle à ceux qui sont appelés à les commander.
La Justice est une émanation céleste; elle assure les droits de cnacun. Nous la saluons, lors même qu'elle nous frappe. Sa raison est celle des cieux. Aussi la violation de ses principes sacrés entraîne après elle des maux incalculables. L’injustice au contraire est un abus de la force, et le mépris de tous droits et de tous les devoirs.
Agésila, roi de Sparte, et un des nlus grands hommes de l’antiquité, regardait la justice comme la souveraine et la reine des vertus, et assurait qu'il n’y avait pas de + vrai courage sans elle. Ce qui était une vérité il y a deux mille deux cents ans, n’a pas cessé d’en être une aujourd'hui,
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S'il est vrai que, sans discipline il n’y a pas d'armée, on peut dire que sans justice il n’y a pas de discipline. Le soldat qui fait son devoir, ne craint pas plus la sévérité de l’homue juste et équitable, qu’il ne craint la sévérité des lois ; il redoute, au contraire, les caprices de l’homme faible ou injuste, à l'abri desquels personne ne peut se flatter de se trouver, ct se méfie toujours des influences auxquelles peut se laisser entraîner celui qui ne prend pas la justice pour règle de sa conduite.
On n’est pas injuste seulement parce qu’on commet une injustice envers autrui; mais encore lorsque pouvant l'empêcher, on ne s'y oppose pas.
Le traitement injuste a cela de particulier, qu'il af. fermit et raidit l'âme de l’homme à caractère, et en retrampe, pour ainsi dire les ressorts. En effet, nous avons vu des hommes, qui, après avoir subi une punition injuste et disproportionnée, cassaient leurs armes de dépit ; d'autre abandonner leur drapeau pour se ranger sous un autre.
Mais si telles sont les fâcheuses conséquences des mauvais traîtements qui frappent les âmes fortes, la même cause en produit d’autres non moins déplorables ; c’est lorsqu'elle agit contre des hommes faiblement constitués au physique comme au moral. Dans cette hypothèse le
. soldat que l'on jette, sans un motif suffisant, dans un ca-
chot où il est privé de cette douce lumière qui vivifie tout, son moral souffre, et influe nécessairement sur l’en-
, semble de l’économie animale. Un abandon apathique, joint à l’insalubrité de l'air, le laisse dans un abattement,
une abnégation de lui-même, qui énervent son âme; son mâle caractère disparaît, le souvenir de son âme attristée se porte tout entier sur le berceau où les caresses maternelles essuyèrent ses premières larmes.
Ensuite, frappé de nostalgie, on le porte à l'hopital, où il est bientôt atteint de la fièvre qui domine dans la salle. Enfin le mal se complique, et la mort enlève au roi un soldat, à la patrie un citoyen, et au père éploré l'espoir de sa vieillesse,
Un chef militaire, quelques qualités qu’il ait d’ailleurs, dont les actions ne sont pas basées sur la justice, deviendra, en peu de temps, un objet de mépris pour ses soldats.
Un soldat ne murmure jamais contre un châtiment sévère, s’il est infligé avec justice; 1l murmurera au contraire, et se raidira contre une punition injuste, quelque légère qu’elle soit, et s’en souviendra longtemps pour se venger, s’il en trouve l'occasion.
On ne saurait croire combien une injustice détruit la bonne harmonie dans une armée,
Une récompense à un homme qui ne l’a pas méritée, le flatte peu, car il craint l’opinion publique ; elle indispose contre celui qui en est l’objet, et contre celui qui l’a accordée, non seulement celui ou ceux à qui elle aurait dû revenir, mais ceux mêmes qui n’y ont aucune prétention. “ L'esprit de l’homme est tel,” dit le maréchal de Villars, ‘ que celui qui a bien rempli son devoir reçoit une certaine satisfaction, quand on punit le fainéant,”” cette justice instruit pour l'avenir. Pour moi, je ne connais, pour mener les hommes que la justice. Il ne la faut pas
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