ARTICLE VII. DE LA FERMETÉ
Ils ne sont plus de l'armée d'Italie!!!
Bonaparte.
Nous entendons par fermeté, le courage de la résistance aux mauvaises passions et la force de caractère nécessaire pour réprimer les actions basses et honteuses.
Il ne faut pas confondre la fermeté avec l’entêtement. L'entêtement est un attachement stupide à ses idées, bonnes ou mauvaises, justes ou fausses. La fermeté, au contraire est une persistance éclairée dans une opinion dont on a reconnue la justesse. L’homme ferme revient sur une décision prise, quand on lui en a montré les in. convénients. L'homme entêté persiste. quand même Si la fermeté est une belle vertu, l’entêtement est le vice le plus à redouter dans notre métier ; c’est la preuve d’un petit esprit et du manque total de jugement. La
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fermeté maintient les soldats dans l’obéissance ; par l’entêtement, on pousse la troupe la mieux disciplinée à la mutinerie et à la résistance. |
La fermeté dans le commandement, est sans contredit, une des plus belles qualités dans un chef militaire, et celle qui contribue le plus à maintenir une troupe dans le devoir, ou à l'y faire rentrer, quand elle s’est oubliée au point de violer la discipline. Il faut qu’elle prenne aussi la justice pour point d'appui et qu'elle ne sorte jamais de certaines limites ; autrement, elle dépasserait le but qu’on se propose, et pourrait dégénérer en cruauté.
Quand une troupe, oubliant le plus saint des devoirs, l'obéissance, n’écoutant ni les prières, ni les conseils, oppose la force d'inertie à la voix de ses chefs, on n’y répond que par le desordre et l’anarchie, il n’y a plus à transiger ; la faiblesse, dans ce cas serait un crime ; il faut que justice se fasse, et que force reste aux règlements militaires.
César, au plus fort de la guerre civile, cassa toute une légion mutinée, et fit couper la tête aux auteurs de la sédition. Bientôt les soldats, touchés de repentir, demandèrent leur rétablissement, et lui rendirent depuis de grands services.
Personne ne posséda cette qualité militaire à un dégré plus éminent que l'Empereur Napoléon ; et cependant, jamais général ne fat plus aimé de son armée. C’est que chez ce souverain, à cette vertu s’alliaient la connaissance du cœur humain, la bonté et la justice, qualités sans lesquelles elle devient de la dureté, et est, par cela même, nuisible à la discipline.
L'allocution à la division Vaubois, sur le plateau de Rivoli, peut être citée comme un modèle de tact, de fermeté et d’éloquence militaire.
Le 6 novembre 1796, Masséna culbutait les Autrichiens et les rejetait sur la rive gauche de la Brenta, avec une perte considérable.
Le général Vaubois, en position avec 12,000 hommes sur le Lavisio, protégeait Trente, et fut moins heureux ; forcé dans sa position, il abandonna la ville de Trente, et pressé par un ennemi supérieur en nombre, il aurait pu compromettre la sureté de l’armée, si Joubert ne fut arrivé de Mantoue, avec une demi brigade qui couvrit toute la ville. Vaubois passa l’Adige, et occupa les positions de la Corona et de Rivoli, Bonaparte n’en fut pas plustôt instruit, qu’il se porta sur Vienne et par ce mouvement retrograde, attira sur lui les forces d'Alvinzi.
Parvenu au plateau de Rivoli, il réunit la division Vaubois et lui dit ‘ Soldats, je ne suis pas content de vous, vous n'avez montré ni discipline, ni constance, ni
bravoure ; aucune position n’a pu vous rallier ; vous vous êtes abandonné à une terreur panique ; vous vous êtes laissés chassés de positions, où une poignée de braves devait arrêter une armée. Soldats de la 39me et de la 85me. Vous n'êtes pas des soldats français. Général, chef d'état major, faites écrire sur les drapeaux : “ JIs ne sont plus de l’armée d'Italie.”
Cette harangue prononcée d’un ton sévère arracha des
larmes à ces vieux soldats ; les lois de la discipline ne purent étouffer les accents de la douleur ; plusieurs gre-
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padiers qui avaient des armes d'honneur, s’écrièrent ; ‘ Général on nous a calomniés ; mettez vous à l’avantgarde, et vous verrez si la 39me et la 85me sont de l'armée d'Italie.”
Ayant produit l'effet qu'il voulait, Bonaparte leur adressa quelques paroles de consolation. Ces deux régiments quelques jours après se couvrirent de gloire. (Norvins, Hist. de Nap.)
ARTICLE VIII