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DE LA VALEUR

*“ Bois ton sang, Beaumanoir, et la soif s'éteindra.”

De Tinténiac, à la bataille des

Trente, 27 mars 1331.

La valeur militaire doit, comme le courage, se diviser en deux parties : valeur morale et valeur physique.

La valeur morale est le génie qui dirige; la valeur physique, la force qui exécute.

La première peut être exclusivement l’apanage du général et de l'officier, dont les fonctions sont de com-

mander et non de combattre. Le génie, la connaissance

de la tactique et de la stratéoie : l’art surtout de les bien = ?

appliquer ; le talent d'émouvoir la troupe par la parole,

de l’enthousiasmer, de l’entraîner, de la précipiter au combat, de calmer son ardeur impatiente; tous les talents militaires en un mot, voilà la valeur morale.

Chez les modernes, ambre des généraux brillent au premier rang Frédéric . 1" de Prusse, et Napoléon, Empereur des Français, qui, l’un et l’autre, ont mérité le surnom de GRAND.

Beaucoup de princes, beaucoup de généraux, à la valeur morale ont uni la valeur physique ; mais chez un homme parvenu à un si haut commandement, ou né sur les marches du trône, cette valeur est-elle une vertu ? On serait tenté d’en douter, lorsqu'on voit Charles XIT roi de Suède, ne devoir la perte de ses états qu’à sa valeur physique, que la fougue de son caractère ne lui permet pas de modérer ; la France, devoir aussi à François ler, des désastres qui eussent pu être évités si ce prince, qui n'avait que de l’héroïsme dans la tête, eut été doué des qualités qui font le grand général. Murat lui-même, maloré sa valeur fabuleuse, Murat à qui les anciens auraient élevé des autels comme au dieu de la guerre, Murat n’a laissé chez nous, malgré ses brillantes actions, que la réputation d’un sabreur intrépide mais téméraire.

La valeur physique doit être spécialement l’apanage du soldat combattant, et plus particulièrement du cavalier. Elle suppose toujours la force du corps, la fougue de la jeunesse, l’adresse et l’agilité, unies au courage militaire.

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Une cavalerie sans valeur est plutôt nuisible et embarrassante, qu'utile. A la guerre, chez le cavalier surtout, le courage ne peut briller que par , valeur. Le corps le plus grêle peut contenir l’âme la plus ardente et la plus courageuse ; mais bientôt épuisé, accablé sous le poids des fatigues, il dépérit et succombe, ou ne peut lutter avantageusement contre un ennemi réunissant ces deux qualités indispensables au véritable homme de gcurre,

Aussi l’on ne saurait trop, dans les corps. encourager l'escrime, la danse, la natation, l'équitation ‘u: tendent à développer les forces, et tous les exercices qui contribuent à rendre le soldat souple et vigoureux. L'on ne peut se figurer la confiance que des homn 3 rompus à de tels exercices ont en eux-mêmes ; rien ne les arrêtent, rien ne les étonnent ; pour eux il n'existe pas d'obstacles ; ces qualités donnent naturellement naissance à l'intrépidité qui porte de tels soldats à affronter toute espèce de dangers. Les combats sont lcurs jeux favoris ; le mouvement, le tumulte, font le charme de leur vie; passant avec la même insouciance de la fatigue au repos et du repos à la fatigue, ils courent au-devant des dangers comme d’autres au devant des plaisirs. Se frayer un chemin à travers d'épaisses forêts, franchir des fleuves rapides à la nage; continuellement couchés sur la neige ou exposés aux rayons d’un soleil brulant, supporter toutes les intempéries des saisons; souffrir de la faim, de la soif; éprouver des privations de toute espèce sans plainte ni murmures ; escalader les murs, sauter les fossés, monter à l'assaut ; après les marches forcées passer des nuits sans sommeil ; affronter tout, ne craindre rien; voilà le soldat

valeureux.

Avec de tels hommes, on peut tout entreprendre ; ils étonnent, fascinent leurs ennemis, quelque soit leur nombre, par ces actions glorieuses, étonnantes d'énergie et de témérité, qu'on appelle ACTIONS D'ÉCLAT qui leur paraissent très-simples, et que le vulgaire trouve surnaturelles, admire et ne peut comprendre.

On n’est jamais à l'abri des coups d’une troupe valeureuse et aguerrie. De tels soldats sont insaisissables. Quand on les croit au loin, ils tombent comme la foudre sur une troupe qui a eu le malheur de s'endormir dans une fatale sécurité. Ils sont partout où on ne les croit pas et on ne les trouve jamais là où on espère les surprendre.

Le trait suivant nous servira à demontrer ce qu'on peut attendre d’un soldat valeureux, et en l’inscrivant dans ses annales, l’histoire enseigne que, si la gloire ne se partage pas, elle prodigue, au moins, indistinctement ses palmes, sans exception de rang, aux guerriers qui, par leur valeur et leur dévouement à la patrie savent s’en rendre dignes.

A Hondstchoote, un cavalier du 6ème Régiment, nommée Mandement, avait été chargé de porter des cartouches à l'infanterie qui attaquait ce village. Il apperçoit dans un pré un groupe de soldats qui gardaient un drapeau. Trompé par les apparences, il les prends pour des Français, s’avance vers eux, et à travers la haie qui environnait le pré il leur crie : “ Camarades, voilà

des cartouches.” On lui répond : “ apportez.” Man-

dement franchit la haie. 1l était entouré quand il reconnut son erreur. On saisit son cheval par la bride et

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on lui dit de se rendre. Mandement laisse échapper son sac de cartouches : et tandis que ceux qui l’arrêtaient, s’occupaient à ramasser les munitions, il tire son sabre s'empare du drapeau, se fait jour à travers les soldats et franchit la haie. A peu de distance il trouva le bataillon, dont il venait de saisir le drapeau, aux prises avec les Français. Il traverse cette troupe au milieu des baïonnettes et d’une grêle de balles. Arrêté dans sa course, il se trouve encore dans la mêlée et entouré de soldats ennemis. Il distingue le chef du bataillon, et se précipite sur lui, en s’écriant d’une voix formidable : ‘ C’est la cavalerie française qui accourt pour vous charger ; ” et profitant du premier effet que produisent ses paroles sur les soldats déjà étonnés de son audace pour se dégager d’eux, il jette son drapeau, et entraine leur commandant qui devient son prisonnier.

Dans l’armée française, Murat a tenu le premier rang parmi cette foule de héros, qui par leurs actions éclatantes ont porté si haut la gloire du nom français, et si loin la reputation d’intrépidité de la cavalerie. Ce guerrier, couronné par la gloire, frappait non seulement de terreur, mais encore d’étonnement et d'admiration, ses ennemis qui regardaient sa valeur chevaleresque plutôt comme l’attribut d'un Dieu, que comme la vertu d’un mortel.

La fameuse bataille de Balaklava est encore un exemple de la valeur : écoutons un spectateur français.

Et si l’incurie des Anglais pour la garde de leurs camps paraît surprenante, il faut dire qu’ils ont admirablement

racheté cette faute par des actes de bravoure dignes des plus grands éloges. En face d'une cavalerie russe plus

nombreuse, au moins trois fois, que la sienne, le général Scarlet n'hésite pas à lancer en avant la petite troupe des Ecossais gris (Scotch Greys) et des dragons d'Enniskillen. Il y eut alors un de ces combats, tel que l'imagination se les représente sans pouvoir les dépeindres. Nuus étions accourus, de nombreux français, sur les hauteurs qui dominaient le théâtre de l’action. A travers la poussière soulevée par les pieds des chevaux, et la fumée, non moins épaisse de la poudre, on voyait briller l'acier des “sabres qui reflétaient la vive lumière du soleil, et puis des éclairs perpétueks, causés par le feu de la mousqueterie, fendaient lanue. Alors les cohortes grises et les cohortes rouges des anglais étaient vues traversant les masses foncées des Russes. On avançait; on reculait, on se traversait avec une impétuosité sans exemple, pendant que les spectatcurs levaient les mains au cicl, et puis regardaient les mouvements avec inquiétude, et, de temps en temps, soutenaient l’ardeur des généreux anglais par des bravos enthousiastes. Cependant la mousqueterie des highlanders avait mis en déroute les bataillons ennemis qui les menaçaient. La bataille pouvait se considérer comme finie. Mais les anglais brûlaient de reconquérir leurs positions perdues et leurs canons. Un aide de camp de lord Raglan, apporte au général lord comte de Lucan, l'ordre de charger avec sa cavalerie légère. C’est presque un arrêt de mort; lord Lucan l’a compris, mais l’ordre est donné ; il le faut. Le noble lord lance immédiatement, lord Cardigan avec une faible division de cavalerie légère contre une armée toute entière bien postée et parfaite-

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ment en ordre. Des nuées de projectiles accueillent ces braves. Nous les voyons tomber comme la feuille jaunie des arbres, au souffle d'un vent d'automne, La terre en est jonchée, Les chevaux sans cavaliers, errant à l’avanture, ajouteut au tumulte. Mais la troupe vaillante avance toujours. ÆElle est arrivée jusqu'aux batteries russes ct sabre les artilleurs sur leurs pièces. Elle traverse les lignes ennemies, les brisent, et sans s'inquiéter

de les voir se réformer par derrière, se retourne, les brise encore et les traverse de nouveau. Le tonnerre ne fait pas plus de ravages lorsqu'il fond terrible sur un arbre . séculaire, le brise en éclats, le déchire et disperse au loin sur la terre étonnée, les branches ct les feuilles criblées.

Quand ces nobles chevaliers eurent traversés une dernière fois les lignes ennemies pour opérer leur retraite, une décharge de mousqueterie les prit en flanc et renversa encore bien des braves. Enfin cette belle brigade ne comptait pas plus de 200 lorsqu'elle vint déposer l'hommage de sa fidélité aux pieds de son général heureux et triste de tant de bravoure et de pertes si regrettables.

ARTICLE XII

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