‹ Les Quarante médaillons de l'AcadémieChapitre 4 sur 22 · M. DE MONTALEMBERT · texte numérisé non relu

M. DE MONTALEMBERT

C'est un écrivain lourd, incorrect et terreux. Il est bien heureux de s'appeler Montalembert et d'avoir été pair de France dès sa jeunesse. Le cadre a fait la fortune du portrait. S'il avait été d'une naissance obscure, il serait resté comme sa naissance. S'il n'avait pas été pair de France, il n'eût pas cultivé de bonne heure cette faculté de parler, qui est devenue comme une mécanique de Birmingham, toujours prête à aller, et dont l'Empire, grâce à Dieu 1 a

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cassé le grand rouage. Le parti catholique, si défiant pour les hommes qui le servent, l'aurait fait attendre. Au lieu de cela, tout lui a été facile, et sa jeunesse a été charmante. Qe n'a-t-on pas dit d'extravagant et de flatteur sur son premier livre : Sainte Elisabeth de Hongrie f Livre faux de style, de couleur ; vrai seulement de niaiserie I Je ne connais pas de plus grande hypocrisie littéraire que celte histoire, qui joue la naïveté de la chronique et de la légende. Les Moines d'Occident, ouvrage de sa maturité la plus avancée, n'ont ni vues supérieures, ni profondeur d'érudition, ni rien de ce qu'il faudrait pour aborder, je ne dis pas dignement, mais seulement sans étourderie, ce grand sujet du Monachisme, père de ce monde moderne parricide. Entre ces deux ouvrages, M. de Montalembert n'a publié que des brochures, Les brochures sont des discours écrits. Autant en emporte le vent ! C'est la littérature des orateurs. Il en a fait sur l'Angleterre, dans lesquelles *

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l'Angleterre est glorifiée parce que c'est le pays du discours politique, et où il représente la France coninie muselée, parce que lui, cet indigéré de paroles, ne peut parler!... 11 en fait sur la Pologne, autre pays de disjcours, qui s'est perdue par l'anarchie de ses Asseaiblées ; la Pologne, où le veto d'un seul membre frappait de nullité les décisions et la volonté de toute une diète ! Comme orateur, M. de Montalembert vaut mieux que comme écrivain. Mais il n'est pas cependant de la famille des grands orateurs. 11 manque de poitrine ouverte et généreuse. Une ou deux fois, il a frappé fort, et alors son talent ressemblait à cette mûchoire d'àne avec laquelle Samson abattait les Philistins. Mais depuis, la mâchoire est restée à sa place. En général, M. de Montalembert est plus envenimé que puissant, et sa physionomie, doucereuse et sacristine, fait avec sa parole un drôle de contraste. Malheureusement, il manque d'esprit toujours, même quand il a du talent. Par le

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pédantisme naturel, par Vorc rotundo, il fusionne avec les doctrinaires. Catholique... du Correspondant, il ne correspond plus avec le Monde que pour lui dire des injures. Pour M. de Montalembert, Satan, ce n'est plus Satan.... C'est M. Veuillot.

En France, maintenant, quand un esprit est sur le point de ne pas être, on dit qu'il est fin. C'est devenu un éloge honteux. M. de Rémusat a eu longtemps cette réputation d'esprit fin, parce qu'il était grêle... 11 a vu jouer le billard chez madame de Staël, et il s'est cru son coup de queue. Dans son premier livre, et son meilleur, sur VHisioire de ta philosophie, il a évidemment imité la phrase à aperçus de cette femme, plus homme que lui ; mais cette

imitation, ce staëltsni e-Ruoh, a fatigué bien vile cet esprit mou, sans fécondité réelle, sans verdeur, ni couleur, ni chaleur, ni saveur, et il est retombé au style de son tempérament, qui ne lui permet pas les excès. M. de Rémusat a la chlorose de l'esprit. Je le lègue à Baudelaire ! Aussi est-il (M. de Rémusat) une des plumes les plus honorablement incolores de la Revue des Deux- Mondes et les plus chères à l'œil unique de M. Buloz. On dirait que, quand il écrit, ]\I. de Rémusat a toujours en pensée le pauvre œil dont il faut ménager la faiblesse. En philosophie, M. de Rémusat s'est interdit d'être un penseur. C'est un éclectique et un biographe. Il a touché, sans trembler, aux plus grosses têtes avec ses petites mains un peu fates : à Bacon, Descartes, Joseph de Maistre, etc., etc. Une fois même, il fit tout un livre sur saint Anselme ; mais il a été déconcerté par le ca- i puchon de cette tête métaphysique, et il n'a rien compris à la grandeur de ce moine,

plus grand encore par la règle et l'esprit de son Ordre que par sa propre pensée. Non I ce qui sied à M, de Rémusat, c'est la Revue des Deux-Mondes. Comme dirait M. Veuillot, M. de Rémusat est l'honneur de ce champ de navets. Quel fier philosophe pour M. de Mars !!! Il paraît que la passion longtemps somnolente est venue à la fin dans ce tempérament de nénuphar : c'est la passion politique. M. de Rémusat est un des ministres sans emploi interné à l'Académie, cette Salpètrière de ministres tombés et de parlementaires invalides dont rOrléanisme est incurable.

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