M. SYLVESTRE DE SACY
Un éplucheur d'éditions, un écrivain-Techener, qui n'écrit pas de notices, mais des notules; l'infiniment petit dans le sec ! Quand, les jours de dimanche, il se permet l'article au Journal des Débats, il est plus long; mais il est sec toujours. Dans quoi faudrait-il le tremper pour qu'il devint onctueux ? D'ailleurs, pour lui, sécheresse c'est noblesse. N'est-il pas Sacy ? N'appartient-il pas à une famille de jansénistes et à la tradition de cette maison de Port-Royal, qui n'a jamais donné un livre coloré et chaud
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à la France ? car les Pensées de Pascal sont dues à la colique de miserere que l'idée de l'Enfer donnait à cette grande imagination, impossible à dompler, même au jansénisme ! M. de Sacy a hérité de 1 ecritoire de plomb de ses pères. 11 a édité l'ennuyeux Nicole. « Les attractions — disait Fourier — sont proportionnelles aux destinées. »
Au Journal des Débats, M. de Sacy passe pour le plus honnête homme de France; mais il manque d'agrément, même pour les Débats. C'est un père noble de la rédaction, qui écrit sa tartine comme feu Desmousseaux (de la Comédie-Française) disait sa tirade. Sa vertu, que je ne nie point, n'a pourtant rien d'intraitable. Dernièrement, dit-on, les sollicitudes de la paternité ont adouci son austérité politique, et le rédacteur des Débats a très bien accepté les faveurs de l'Empire. C'est le contraire d'Hippolyte, dans Phèdre :
Jeune, charmant, mais fier, et même un peu farouche !
On l'a appelé le Faune grêlé du Morvan. Si cela est, je plains les Nymphes de ses montagnes! La petite vérole est la seule ressemblance qu'il ait avec Mirabeau. Mais pourquoi, diable I dites-le moi, est-il donc de l'Académie ? Elle se dit française, et il ne sait pas un mot de français. Quels sont ses titres ? Sont-ce ses Mémoires à consulter? Us ont été payés, et même assez cher. D'ailleurs, ils sont en morvanais I Sont-ce des mercuriales d'audience ou des réquisi-
toires, toujours en mor\:anais?... Est-ce la généreuse et grandiose rédaction du testament de Louis-Philippe?... Sont-ce enfin des Manuels de théologie gallicane? Il n'a pas même la prétention, si commune à ceux-là qui le sont le moins, d'être un homme de lettres, et il est le contraire. C'est un avocat. M. Dufaure, qui n'est qu'un avocat non plus, et même un avocat qui parle du nez, se croit un tête philosophique. M. Berryer se croit presque un grand seigneur... M. Dupin, lui, ne se croit pas même un homme politique. Il ne veut être et n'est qu'un avocat. Patru l'était, je le sais bien ! mais Patru aimait la langue française. Mais vous figurez -vous Patru lourdaud, pataud et en patois?...
Nouons un crêpe autour de ce médaillon.
M. de Vigny est mort hier. C était un de ces poètes pour lesquels on donnerait toutes les Académies de la terre. On s'étonnait qu'il fût de l'Académie française, où, par parenthèse, un Villemain ou un Saint-Marc Girardin, des professeurs ! avaient plus d'influence que lui et que M. de Lamartine pour faire couronner une pièce de vers. C'est toujours le mot de Cyrano de Bergerac, volé par Molière : « Que diable ! aussi,
qu'allait-il faire dans celte galère?... » M. A. de Vigny n'était pas un chef de parti littéraire comme Victor Hugo, lequel s'est rendu à l'ennemi en entrant à l'Académie. Mais il est, de génie naturel et de date, le premier des romantiques... De tous les oiseaux libres qui prirent leur essor en 1830, c'est le cygne qui partit le premier... 11 a fait deux ou trois choses immuablement glorieuses, cet Immortel, qui, comme ses collègues, ne l'est pas pour rire! Éloa, avant tout, puis Moïse, puis Grandeur et servitude militaires. Grandeur et servitude militaires, qu'on devrait imprimer à l'Imprimerie Impériale aux frais de l'État, et faire lire dans toutes les casernes de France ! Ce serait comme une éducation de l'Honneur. Avec cela, M. de Vigny pouvait se dispenser même de l'immense talent qu'il a montré dans Stello et dans Chatterton.
Comme homme du monde, il avait, en manières, le charme de sa poésie. Éloa mule, il aurait séduit Satan et aurait ainsi vengé
l'autre Éloa. C'était un esprit délicieux, auquel l'Académie, qui n'aime que les pédants, les turbulents et les gesticulants, ne comprenait absolument rien.
Par qui va- 1- elle le remplacer ? Par quelque choix honteux et comique : — un homme qu'elle comprendra.
Pas de vieillesse pour les mots justes. On a spirituellement appelé M. Octave Feuillet : « le petit Musset des familles. » C'est toujours joli. Comme nous sommes en progrés, M. Feuillet est le Berquin de ce temps progressif. Ses premières comédies, qui n'étaient pas écrites pour la scène, furent une imitation à' Un Spectacle dans un fauteuil. Le fauteuil de M. Feuillet était alors cette ganache de Revue des Deux- Mondes. M. Feuillet, dans ce temps- là, fut
à Alfred de Musset ce que Charles de Bernard était ù Balzac.
Las de réussir dans le genre simiesque, M. Octave Feuillet a voulu, un jour, avoir une physionomie à lui ; il écrivit un roman, nommé, je crois, Bellah (?), dans lequel il essayait de se débarbouiller de l'Alfred de Musset qui lui avait jusque-là fuit un visage, et il apparut ce qu'il est réellement : un esprit prosaïque et bourgeois. Ses romans, qu'il retourne en pièces de théâtre, comme les gens qui ne sont pas riches retournent leur habit pour s'en faire deux, sont d'une conception très médiocre, d'une observation superficielle et d'une morale ambiguë, qui n'est ni cathoHque, ni stoïcienne, et qui tient ce lâche milieu dans lequel les esprits de ce temps coulent et fondent. Rien donc d'étonnant à ce que M. Feuillet passe pour un écrivain moral, à une époque de transition où il n'y a ni religion, ni philosophie.
Son Jeune homme pauvre a charme les
femmes qui ne craignent point de se rougir le nez en pleurant aux vaudevilles à sentiment de M. Scribe; car voilà le vrai public de M. Feuillet 1 Les âmes de modistes lui appartiennent. Son talent leur rappelle les gravures de leurs petits journaux. Moral et mondain tout à la fois, M. Feuillet s'est cru de force, en ces derniers temps, à faire un roman religieux, et il a écrit Sibylle, cette impertinence de protecteur contre le catholicisme, dans lequel roman on voit une jeune fille, inspirée et poétique comme on peut en voir chez M. Feuillet, — qui ne fait pas de Corinnes, mais des Gorinettes, — endoctriner son curé, et brouiller toutes les notions du catéchisme, qu'elle ne sait pas, ni M. Feuillet non plus. Le fond de tout cela, le vrai fond, c'est l'humiliation du grand catholicisme, universel et éternel, sous un catholicisme de fantaisie et un protestantisme d'éventail. Romancier qui se croit entré à l'Académie par ses romans, M. Octave Feuillet a écrit un essai sur le
roman dans son discours de réception ; et, tête éventée par le succès, cet Incroyable littéraire, qui a zézayé, marivaudé et scribouillé tout le temps de son discours, a oublié Balzac ! ! ! C'est comme si dans l'histoire de l'Art de la Guerre on oubliait Napoléon ! Est-ce un oubli ou une combinaison?... Pourquoi a-t-il oublié Balzac?...
Est-ce pour lui, M. Feuillet, ou pour l'Académie?... De tendance naturelle, du moins, M. Feuillet doit être orléaniste. 11 a dans son genre d'esprit et de talent tout ce qui passait pour l'élégance suprême du temps de Louis-Philippe et de sa cour. 11 aurait été l'ornement de cette cour splendide...
Évitez de Vitet la stérile abondance!
Champignon de 1830, poussé au pied des peupliers de Juillet, M. Vitet a eu du bonheur, s'il n'en a pas donné aux autres. 11 était du Globe ! du premier Globe ! Tout ce qui était du Globe a réussi. Le Globe a été la boule du pied de la Fortune ! Les lions vont ^euls; les grues en troupe. C'est en troupe que M. Vitet est arrivé, — non par sa force personnelle, mais parce qu'il était
dans le rang... Il n'a pas, à proprement I parler, de caractéristique d'écrivain. Il parle ! de tout, de peinture, de sculpture, d'architecture, d'antiquités, d'histoire, et, comme M. Thiers, il fait croire aux badauds qu'il est compétent. Il parte de tout également, abondamment, médiocrement, passablement, sans originalité, — quelle chance ! car le crime irrémissible, l'empêchement à tout par ce temps platement et envieusement égalitaire, c'est l'originalité. — Elle est particulièrement détestée à l'Académie. J. Janin. qui n'en a qu'un grain à mettre sous la queue d'un moineau, mais qui l'a, n'est pas encore de l'Académie. Et cependant il en meurt de désir. Et que de titres ! Il est orléaniste ! Il est du Journal des Débats ! Latiniste, goutteux... même d'esprit, quelquefois... Tonneau d'albumine qui se viderait avec délices dans ce vaste crachoir de FAcadémie ! M. Victor Hugo et Alfred de Musset ne sont entrés à l'Académie qu'en demandant pardon de la liberté grande
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d'être originaux et romantiques, et ce fameux jour de bassesse littéraire où ils y sont entrés, ils ont fait bouillir du lait à M. Viennet, et même ils le lui ont sucré. Pour en revenir à M. Vitet, je crois qu'il y a quelque chose de lui qui s'appelle les États de Blois. Cela ne se lit pas plus maintenant que les Soirées de Neuilly. Puis une His~ toire de Dieppe, bonne pour les gouvernantes anglaises qui y passent. Tout cela est innocent. Ce champignon n'a jamais été vénéneux.
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