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Mignet aux cheveux blonds, au talent blond, mais pas blond comme madame de Senanles des Mémoires de Gramont, qui, si elle avait voulu, l'heureuse femme ! aurait pu passer pour rousse. De talent, M. Mignet ne sera jamais que filasse... Bellâtre de lettres, qui fut, avec Edmond Mallac, la fleur des pois du règne de Louis-Philippe. Dans ce temps-là, on avait compté sur son physique pour faire de la diplomatie en Espagne, mais le diplomate fut éconduit. Il
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n'aurait pas été plus grand écrivain avec la reine d'Espagne qu'avec nous 1 M. Mignet, l'ami de M. Thiers, est son contraste. Il est dans le sec ce que cet homme, à petite pluie de paroles incessantes, est dans l'humide. Comme M. Thiers, il débute dans les lettres par une Histoire de la Récolution, ce pont aux ânes que tout le monde passe, depuis M. de Cony jusqu'à M. Morin ! M. Mignet fit la sienne tout comme un autre. Très petit livre, médiocre et duriuscule, (ju'il faut opposer à ce livre lûché et verbeux de la Révolution par ]M. Thiers, pour juger les deux tempéraments. M. Mignet est, de nature, ce que ISIontaigne appelle a un esprit constipé ». Mais il a fait quelque traitement sans doute; car il a perdu la sécheresse de sa jeunesse, depuis qu'il est secrétaire de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Ses notices sur les Académiciens qui trépassent ont la mollesse et la copiosité nécessaires à ce genre d'élucubrations. Écrivain sans initiative, qui vit sur de vieux
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pjpiers, il a rapporté d'Espagne de quoi faire son Histoire d'Antonio Ferez, et de Belgique les notes des dîners de Charles- Quint, le mangeur d'huîtres, à Saint-Juste. Pompeux et terne, prétentieux et incorrect, c'est un Salvandy maigre. De titre pour être entré à l'Académie, je ne lui en connais pas plus que pour être entré au Conseil j d'État dans le temps, si ce n'est, comme ij disent les bonnes, d'avoir été le « petit ca- ;j marade du petit Thiers ». Puisqu'ils l'ont été toute leur vie, qu'ils le soient encore
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La chimère d'un temps qui a un faible pour les Crispins et les Scapins, et qui jetterait des pierres dans le carosse du grand cardinal de Richelieu, M. Thiers est la nullité couronnée par cette grande bote d'Opinion publique ! Homme politique nul, qui pouvait tout faire et qui n'a rien fait; littérateur nul, malgré ses quarante volumes; critique d'art nul; ûme nulle. Pour toutes ces raisons, ministre, académicien et grand homme. La nullité française s'adore dans 'ce parleur qui ne finit jamais, et l'admiration de la badauderie va si loin, que l'enrouement dont M. Thiers est affecté pour
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sa peine de parler comme il parle, passe pour un ornement de plus de ce grand orateur ! M. Thiers ressemble à cette femme de Walter Scott, dans ses Chroniques de la Canongate, qui, au lieu d'avoir la langue attachée comme tout le monde, l'avait par en dessous, de manière que la langue pût remuer des deux bouts, comme le poisson dans l'eau ! 11 a débuté comme journaliste au National, sous Garrel. Après la révolution de 1830, Garrel fut outrageusement nommé préfet de Grenoble, tandis que le petit camarade était nommé conseiller d'État et M. Thiers ministre. Ge fut là une des causes de la transformation du National, qui laissa allonger ses griffes républicaines et devint le National de 183i.
Je parlais plus haut de cette histoire de la Révolution, si facile ù faire, et qu'on lit n'importe par qui elle soit écrite. M. Thiers ne manqua point ce coche. 11 fit la sienne. Mais il la fit sans un principe, une vue, une décision quelconque de l'esprit. Tour à tour
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matérialiste et spirilualiste, fataliste ou providentiel, homme de révolution ou de gouvernement, pantin de chaque événement qui passe et qui, en passant, lui tire la ficelle qui le fait saluer. Niché sur les faits colossaux de ce temps, le petit homme a paru aussi grand que ces faits aux bourgeois, si forts en perspective! M. Thiers fut une minute le ouistiti de Talleyrand, qui s'amusait de la vivacité de ce touche-à-tout, lequel parlait finances et peinture de manière à être admiré du centre gauche. M. Thiers a écrit, en effet, des Salons, des Salons qui n'ont pour pendants que ceux de M. Guizot. Rivalité nouvelle ! 11 est curieux de voir à quel point ces aigles prétendus de la politique portent la myopie dans les arts. Ils sont dignes de leur gouvernement.
Quand la révolution de 1848, qu'il n'a pas su prévoir et que ses fautes ont préparée, l'eut mis par terre, dans le ruisseau, sous la c/t(fle du voyou, M. Thiers écrivit, rue de Poitiers, sous l'empire d'un mal de ventre
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affreux, son livre épeuré, inconsistant et mollasse, de la Propriété. Enfin, monument de sa vie (se taira-t-il, maintenant ?) ! il publia, volume par volume, son Histoire du Consulat et de l'Empire. Livre qui est loué, mais qui n'est pas jugé, et qui le sera un jour, et cruellement, par une Postérité inflexible. Vers la fin de l'ouvrage, l'orléaniste battu s'embusque comme le vil Paris à la porte Scée, et tire sa flèche au tendon d'Achille. Le bonapartiste Thiers renie. Il refuse à l'Empereur Napoléon le génie politique, et il l'intitule fou comme Alexandre; car, dites-vous-le bien, vous qui aimez à rire! pour M. Thiers, ce Salomon de l'Histoire, c'est un fou qu'Alexandre le Grand. Pourquoi pas un fou... triquet?... Pauvre petit M. Thiers ! Du reste, au point de vue des faits que i\L Thiers aurait pu traiter avec exactitude, dans sa position et avec ses relations, cette Histoire au Consulat et de l'Empire ne peut être considérée que comme une fantaisie historique. Il n'y a
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point, il ne peut pas y avoir, dans les temps modernes, d'histoire, si elle n'indique ses sources et si elle ne conduit par la main à leurs bords, pour y puiser. ÎM. Thiers a l'impertinence de garder le plus profond silence sur les siennes; il se contente d'affirmer les faits... Mais quelle garantie nous donne-t-il de la science, de la solidité ou de la pureté de son renseignement? Je voudrais bien aller voir, monsieur, si ce que vous me dites est vrai?... Donnez-moi la clef de la bibliothèque, et le titre du livre, et le numéro du carton où vous avez pris ce détail... Or, cette clef, qui est l'indication des sources, que tout historien qui veut sauver l'honneur de sa probité ne manque jamais de donner, M. Thiers ne la donne jamais. Et ceci restera terrible contre son histoire! La Postérité, ce juge en dernier ressort, souffrira-t-elle ce que le plus petit juge sur son tribunal ne souffre pas ? Accueillera-telle des affirmations* sans preuve, qui n'ont pas même l'autorité du caractère de celui