LE DEPART
Garcia Fernandez, les frères Pinzon et tous les priiL cipaux de Palos accoururent bientôt au couvent, d'où l'illustre navigateur régla les détails de son entreprise.
Quelques mois s'écoulèrent avant qu'on fût prêt ; les marins du pays, remplis de terreur par la nature de l'expédition projetée, refusaient d'y prendre part.
Peu s'en fallut encore que Christophe Colomb n'échouât devant ces difficultés matérielles.
Enfin, le vendredi 3 août 1492, trois petits navires se balançaient sur le Tinto.
Le pavillon d'amiral flottait à lajpouppe de la Santa- Maria monXéQ par Christophe Colomb.
Le crépuscule ne blanchissait pas encore le ciel,
224 l'orient et l occident
quand la population, assemblée sur le rivage, vit les moines francis^-ains du couvent de laRabidase rendre à bord de la caravelle pavoisée des plus brillantes couleurs. Un autel était dressé sur le château de pouppe : Juan Pérez y célébra l'oftice divin ; Christophe Colomb, ses officiers et ses matelots communièrent et furent bénis solennellement par le vénérable prieur. La flottille fut placée sous la protection spéciale de Dieu et de la sainte Vierge; les plus touchantes cérémonies religieuses précédèrent ainsi le départ.
Colomb confia ensuite son fils Diego à un prêtre de Palos, qui devait lui donner quelque connaissance du monde avant de l'envoyer à la cour ; puis il rendit grâces à Garcia Fernandez et au prieur de la pari qu'ils avaient prise à ses démarches et à ses travaux.
Enfin, quand son fils et tous ses amis furent descendus à terre, il fit le signal de mettre sous voiles.
L'escadrille appareilla une demi-heure avant le lever du soleil.
Tandis que les pilotes conduisaient les navires hors de la rivière de Palos, Christophe Colomb avait les yeux fixés sur le monastère, où il savait que ses plus dignes amis invoqueraient le ciel pour la réussite de sa noble entreprise.
Peu à peu le promontoire de la Rabida fut éclipsé par d'autres terres élevées qni s'efîacèrent à leur tour.
Les trois frêles bâtiments s'élançaient dans l'immensité des mers en gouvernant sur les îles Canaries, d'où ils devaient ensuite voguer droit à l'ouest à travers un océan inconnu.
Christophe Colomb avait alors environ cinquantesix ans.
A rage où la carrière de la plupart des marins est achevée, il commence sa carrière de grand navigateur, et part du lieu même où les hasards de la guerre navale le firent arriver en naufragé mendiant à la porte du couvent de don Pérez de Marchena.
Supposez-le victorieux de la galère vénitienne qui l'enveloppa dans son incendie, il ne fait pas naufrage, il ne frappe point à la porte hospitalière de la Rabida, l'aide et le secours du confesseur de la reine lui manquent, et peut-être, malgré les infatigables efforts de son génie, il n'aurait point la gloire d'avoir découvert le Nouveau-Monde.
Plusieurs années plus tard, quand, à la cour de Castille, les grands se disputaient l'honneur de lui avoir prêté leur concours, il rendit justice au zèle de Quintanilla et de Saint-Angel; mais il raconta comment il avait trouvé au couvent de la Rabida plus de secours et de consolations que dans tout le reste de l'Espagne.
Les noms du moine Juan Pérez de Marchena et de son vieil ami Garcia Fernandez, le médecin de Palos, se lient étroitement à la conquête de l'Occident. Un moine modeste, qui avait abandonné les pompes de la terre pour une pieuse solitude, devint le véritable protecteur du héros. C'est ainsi que le ciel choisit les instruments de sa gloire parmi les plus humbles de ses serviteurs. ;