Essais, II, XVII
2. Vidi Fab)-icii Pibrachii vita, scriptore Oarolo Paschalio; Paris, 1584.
— Lépinc do Grainville, Mémoires sur la vie de M. de Pibrac, avec les pièces justificatives, ses Lettres amoureuses et ses Quatrains ; Amsterdam, 17(31. — Le premier de ces ouvrages a été traduit en français (Paris, 1617); l'abbé Séplior a enrichi et amplement augmenté le second.
— Consultez, en outre, Th. Hue, Guy du Faur, seigneur de Pibrac {Revue de V Académie de Toulouse, février 1856) et Jules Claretie, Les Quatrains de Pibrac, Paris, Lemerre, 1874.
3. Oriiatissimi cujusdam viri de rébus gallicis ad Stanislaum Elvidium epistola. — Cf. Histoire de Monsieur de Thon, des choses arrivées de son temps, mise en françois par P. Du Eyer (Paris, 1659), t. III, p. 703.
Bénédictins traitent gravement cette question ^ Alors même que Pibrac aurait eu son été de la Saint-Martin et qu'il se fût laissé émouvoir par une reine impure, mais très belle, devrait-on lui jeter la pierre? Beaucoup d'autres y furent pris, et c'était, en ce qui le concerne, moins une faute qu'un malheur. — Quant à l'éloge de l'abominable tuerie, en vain les amis ou les historiens de Pibrac ont cherché à l'excuser. Il ne sert à rien de dire que la politique et la prudence exigeaient un tel panégyrique, ou qu'il fallait amoindrir, chez les nations étrangères, l'horreur de cet acte impie. Tromper la conscience publique, ce n'est pas la soulager; les droits de l'humanité priment la raison d'État; plus l'apologiste fut habile, plus il fut coupable, et si les contemporains lui ont pardonné sa Lettre à Stanislas Elvide, elle demeure cependant une tache à sa mémoire.
Étrange défaillance chez un homme, d'ailleurs, accompli.
Ce qui nous frappe d'abord, c'est l'ampleur de son érudition. Il se montra digne de ses maîtres, Pierre Bunel, Cujas, Alciat ; il fut un juriste éclairé, il usa du latin comme d'une seconde langue maternelle : il le parla et l'écrivit avec autant de délicatesse que d'abondance. Il possédait l'histoire et la fable, méditait volontiers les lettres sacrées, courtisait la muse française, et s'appliquait à des travaux fort divers. Il fut, presque à la même date, élu mainteneur des Jeux Floraux et nommé commissaire royal aux États de Montpellier. Qu'il jouât le rôle de diplomate, de légiste, de magistrat, de poète ou d'humaniste, il passait toujours pour excellent, mais on le louait surtout eu qualité d'orateur. Non content de discourir lorsque les circonstances l'exigeaient, il aimait l'élo-
1. Hist. gén. de Languedoc, par dom Cl. Devic et dom J. Vaissete, t. XII, p. 40 et suiv., n. 8 : « Si Gui du Faur, s"' de Pibrac, fut amoureux de Marguerite de Valois, reine de Navarre. » Cette dissertation établit péniblement qu'il a, sans doute, été sous le charme, mais qu'il ne s'écarta jamais du respect. Bayle {Dictionnaire historique et critique) ne s'attarde pas à discuter, et il dit en parlant de Marguerite : « Le sage et fameux Pibrac fut son amant. » Il ajoute en note : « Allez-vous fier après cela à ces vénérables magistrats qui font des Quatrains moraux si graves et si sententieux que Caton même se feroit honneur de les avoir composez! »
quence pour elle-même, et c'est de lui que date la coutume d'ouvrir par une harangue la session du Parlement'. Au dire du président de HarJay, l'ibrac avait, en «'exprimant, non moins de facilité que de félicité - ; sa voix était prenante, son geste animé, ses périodes éclatantes-', et l'on ne pouvait rien lui reprocher, sinon l'abus des citations et allégations',
A cause de ses talents variés, de son esprit vaste et sérieux, le poète des Quatrains nous parait déjà singulièrement recommandable. Mais lorsque l'on se propose de mettre en lumière un système de morale, il ne suffit pas d'être docte, il convient d'avoir de l'expérience, c'est-à-dire de s'être mêlé au confiit des passions et d'avoir pris part, comme acteur, au spectacle de la vie réelle. Tel est le cas de Pibrac, et l'autorité des Quatrains dérive en partie de ce fait qu'ils ont été rédigés par un homme qui connaissait le monde et qui avait encore plus agi que médité.
Nombreuses et diverses furent les charges qu'il a remplies. Juge mage de la sénéchaussée de Toulouse", il chercha, sans renoncer à cette magistrature, les occasions de gloire et de labeur : en 1560, il représente ses concitoyens aux États tenus à Orléans; en 1562, envoyé comme ambassadeur au concile de Trente, il prononce une harangue hardie, et dont le retentissement fut immense. Il occupe ensuite la fonction d'avocat général au Parlement de Paris, mais il n'est point de ceux qui aiment à suivre une carrière toute tracée, et il n'hésite pas à accompagner le duc d'Anjou en Pologne. Ce