‹ Les quatrains de PibracChapitre 4 sur 24 · Pasquier, Lettres, XIV, 2, col. 416-CD · texte numérisé non relu

Pasquier, Lettres, XIV, 2, col. 416-CD

LES QUATRAINS DK l'inUAC. 9

les esprits'. De fait, il s'appliquait à cette tâche avec uue intellij^ente téaacit('', et il paraissait plus que tout autre désigné pour raccotn[)lir, alttuidu qu'il n'avait rien d'un sectaire, qu'il était pur do tout fanatisme, et qu'il montrait, en cette crise, comme beaucou[) d'humanistes, une tolérance affligée-. Sa province maternelle'' ne fut pas le dernier théâtre de son activité. Il devait, avant le grand repos, voyager encore, et il suivit en Flandre (1582) le frère du roi, qui l'avait choisi pour chancelier.

Esf.-il besoin de le dire? Je n'ai eu l'intention, dans les

1. Lettres de Catherine de Médicis, publiées pnr le comto Ba<,Mionaiilt de Pucliesse, VI, lCU-1, 259.

2. Cet esprit de modération n'était pas rare dans la famille de l'auteur des Quuti-aiiis; les Pibrac réprouvaient la violence, et ils s'opposèrent plus d'une fois au zèle meurtrier des catholiques. Dans cette Toulouse, que d'Aubigné appelle « la cruelle », leur douceur les rendit suspects, et ils furent souvent accusés ou de faire le jeu des protestants ou de partager leur doctrine. Louis du Faur, le frère de Guy, eut à se défendre contre les menées des capitouls, et surtout contre un certain Bousquet, qui avait pris part aux massacres de 15B2, et les avait racontés dans un libelle intitulé : Hugaiieorum profligalio. Chargé par ses collègues d'aller, avec trois bourgeois, se plaindre de Louis du Faur devant le Conseil privé, cet homme reprocha au juge mage d'empiéter sur les attributions des consuls et des capitouls. De plus, il le peignit probablement comme enclin à l'hérésie. Mais Guy du Faur intervint : il demanda réparation des faits « escandaleux » proposés contre son frère. Le Conseil lui donna gain de cause, et la requête de Bousquet fut lacérée et rompue. (Bibl. nat. , f. fr. 16231 , f° 200 ; 13 déc. 1566. — Arch. Haute-Garonne , B, Édits, t. IX, f" 80.) — Vers la même époque, il y avait au Parlement de Toulouse deux frères nommés Charles et Michel du Faur. Ils furent aussi persécutés. Au mois de mai 1562, on les chassa de la ville sous prétexte que les idées nouvelles trouvaient en eux des amis. Ils furent, en octobre, rétablis par commandement du roi, et Monluc écrivit, à propos de l'un d'entre eux (Michel), qu'il était « un très fidèle serviteur de sa Majesté >•). (Éd. de Ruble, lettre du 28 déc. 1562.) Mais, en 1568, les du Faur furent de nouveau en péril, parce qu'ils ne repoussaient pas l'idée d'une transaction avec le parti des Réformés. Michel, que l'on avait mis, en septembre, aux arrêts dans sa maison, et qui avait pris la fuite, fut déclaré par la Cour déchu et privé de son office. (Arch. de Toulouse, liasse 7633.) Les deux frères résolurent alors de porter l'affaire devant le Conseil privé; il révoqua (28 oct. 1570) les arrêts rendus contre eux, et ordonna que leurs biens et leurs charges leur fussent restitués. (Arch. de la Haute-Garonne, B, Édits, IX, f" 286. — Arch. mun. de Toulouse, Actes polit, et adrninistr., t. II, p. 39 et 143.)

3. C'est plutôt la Gascogne que le Languedoc. La famille de Pibrac était originaire d'Aucli. (Cf. Revue de Gascogne, 1891, p. 231, n. 2.)

lignes qui précèdent, ni de raconter ni même de résumer l'existence de Pibrac; j'ai choisi seulement quelques traits propres à éclairer son caractère et à prouver que les Quatrains ont été composés par un homme d'expérience et qui savait combien les jeux de la passion et du destin sont riches en combinaisons. L'histoire de sa vie témoigne en faveur de son ouvrage. J'ajoute que les belles âmes du xvi« siècle, les personnages qui brillèrent par l'érudition ou la vertu, les honnêtes gens des deux Eglises, les écrivains de tous les partis louent unanimement Pibrac. Il fut l'ami de Paul Manuce^ et de Scaliger, — l'ami, malgré un nuage passager, de Florent Chrétien 2, par qui les Quatrains furent traduits en latin et même en grec, — l'ami de Daurat, de Ronsard^, de Baïf et de toute la Pléiade, — l'ami de Rapin qui l'appelait « decus secli » et de Du Bartas qui lui dédia Le triomphe de la foi^ — l'ami de Scévole de Sainte-Marthe, de de Thou et de Pasquier^, — l'ami de L'Hospital, de Pithou et de du Vair, — enfin, il était aimé et admiré par Montaigne, et le magnifique éloge que lui décerne cet auteur ^ paraît au plus haut point significatif, lorsque l'on songe à ce passage du chapitre de la Présomption où le sceptique déclare que, parmi ses contemporains, il n'estime presque personne.

De telles sympathies, Pibrac n'a pu les gagner que par une science et une vertu dont le prestige est encore sensible aujourd'hui. On ne pense pas sans émotion à cette âme aussi ferme qu'étendue, à cette intelligence nourrie de la sagesse des anciens, à cette vie harmonieuse dans sa variété, et quand on se représente — en son étroit cabinet, dont la fenêtre domine une paisible campagne — Pibrac qui façonne, assis

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