‹ Les quatre ages: -Scènes du foyerChapitre 15 sur 17 · LE MONUMENT DE MOLIÈRE · texte numérisé non relu

LE MONUMENT DE MOLIÈRE

Sa verve est déchirante ; il fronde, il rit, il joue ; La mort est dans son cœur, le fard est sur sa joiio L'artiste se surpasse, et Thomme disparaît.

Ahl quand nous pénétrons dans ce drame secret, Notre esprit s'épouvante et notre cœur se serre De voir tant de gaité couvrir tant de misère; - Et nous donnons des pleurs à rtiéroïque effort Qui le pousse au tbéiitre une heure avant sa mort

Si vous fûtes si grands, ô Molière ! ô Shakspeare ! Si tant de vérité dans vos œuvres respire,

.*W LE MOXtlIENT DE MOLlKTiF.

C'est que par votre voii la nature a parlé :

Vos héros ont Famour dont vous ayez brûlé ; Vos haines sont en eux, comme vos sympathies : Toutes les passions que vous avez senties, Tous les secrets instincts \^r vos cœurs obsenés. En types immortels, vous les avez gravés.

L'art ne fut pas pour vous cette stérile étudo Qui peuple d'un i*héteur la froide solitude ; L'art, vous Tavez trouvé lorsque, pauvres, errants, Vous viviez au hasard, mêlés à tous les rangs ! Pei*sonnages actifs des scènes toujours vraies (jui passaient sous vos yeux, ou tragiques ou gaies, L'art a jailli ])Our vous nouveau, libre, animé. De tous les sentiments dont l'homme est consumé ; Vous avez découvert sa science profonde.

Non dans les livides moiis, mais au livre du monde! La gloire est à ce prix. Uélas ! jiour Vobtenir La vie est l'hécatombe offerte à l'avenir.

L'âme va s'épuisant jour- par jour tout entière. Puis tout à coup se brise...

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Ainsi mounit Moli;»rf» ! . . .

A |)eine il reposait roidi tlans son cercueil, Que tous ses ennemis, profanant co grand deuil, Se lèvent à la fois. Une implacable baine, La baille des dévots, cwitre lui se décliaîne : « Il a pu nous railler et nous braver vivant ! « 11 n^est plus, disent-ils, jetons sa cendre au vent : « Que rimpie au saint tieii n'ait pas de sépulture. . . » Mille hypocrites voix giwîsissent ce munnure : ]je peuple, qu'il aimait et dont il est sorti, Insensé, contre lui le peuple prend parti ; Et vient, du fanatisme aveugle auxiliaire, Fi-apper de ses clameurs la maison mortuaire.

Mais, tandis qu'au dehors ces cris retentissaient, Près du corps de Molière en larmes se pressaient Ses amis accounis, sa troupe désolée.

Par qui sa noble vie est alors rappelée.

eu LE MONUMENT DE MOLIÈRE

Qui redit ses bienfaits, et pleure en révélant La bonté de son cœur égale à son talent. Quelques vieux serviteurs, et les pauvres encore Qui recevaient de lui des secours qu'on ignore, Tous, en le bénissant, l'appellent à la fois, Et les bruits du dehors sont couverts par leurs voix

Dominant les dévots, la volonté l'oyale Veille encor sur Molière et met fin au scandale. Puis, sans pompe, le soir, tous ses amis en deuil, Parmi les morts obscui^ vont cacher son ceiTueil * !

* l/euterreoient fut fait par deux prêtres qui aocompaguirenl le corps sans chanter. Molière fut inhumé, le soir, dans le cimetière qui est derrière la chapelle Saint-Joseph, rue Momniarlre ; tous ses amis étaient présents. Vingt-deux aos p)('* lard, la Fontaine fut enterré dans le même cimetière.

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l)eux siècles ont passée ses œuvres imnioiielles Semblent après ce temps plus jeunes et plus beliesi Dans Tart qu'il a créé, toujours original > Ainsi qu'il fut sans maître, il reste sans égal. Par ses rivaux vaincus sa gloire est confii'mée. Chacun de leurs efforts accroît sa renommée ; Tout a cliangé> les lois^ les usages, le goût, Il i)eigiiit la nature et sui-vçcut à tout!

Oi LK MONUMENT DE MOLIÈRE

Le voilà qui revit auprès de la demewe Témoin de ses travaux et de sa dernière heure, Et de son monument il aperçoit encor (>e théâtre où sa gloire en naissant prit Teisor 1 [jà chaque âge est venu de ce puissant génie Applaudir la saveur, Taudace et Tironie, Ce style inimitable, et ce vm goût du beau, Cette ferme raison qui, radieux flambeau, Dans les replis du cœur projette sa lumière, Enfin cet art divin qu'atteignit seul Molière !

Quand la foule du siècle eu tumulte à ses. pieds Passera... tout à coup, si vous vous animiez Comme le Commandeur, bronze de sa statue, Et si sa voix parlait à cette foule émue, Quedii'ait-il?... hélas! pour nous, fils orgueilleux, n aurait des leçons comme pour nos aïeux ;

LE MONOME.NT DE ÎIOLIÈRE G5

De notre âge on verrait sa sévère justice Censurer chaque erreur, combattre chaque vice ; Il oserait railler, sous leur masque moral, L'intrigant philanthrope et le faux libéral, L'avocat tout gonflé de sa creuse faconde, L'utopiste en travail de refaire le monde, Le souple: 'nhitieux au pouvoir toujours prêt, ^e servant pas TÉtat, mais son propre intérêt ; Le parvenu, malgré Tégahté conquise.

Parant d'un vieux blason sa moderne sottise ; A la fraude exercé, Tavid^ industriel Mettant en actions Teau, la terre et le ciel ; Anonyme assassin, Tabject folliculaire Calonmiant au prix d'un infâme salaire ; La femme en homme libre osant se transformer, Oubliant que sa force est de plaire et d'aimer. Enfin, si tu vivais de nos jours, ô Molière!

Tu maudirais surtout de ta voix rude et fière L'amour de l'or, ardente et vile passion Qui consume et qui pei^ la génération- :

tii LE MOMIIËNT DE MOLIÈRE

Cet aniour a tue Famour de la patrie, Par ï-oii impur poisou la jeunesse est Aétiie, L'or des plus beaux instincts fait dévier le c(mi>; Plus d'élans généreux, plus de nobles amoui-s; Le poëte lui-même, aurais-tu pu le croire?

Aime For, ô Molière! encor plus que la gloiit'. (]c culte du vulgaire a gagné les écrits, Tous encensent F idole et s'en montrent épii?.

Lcve^toi ! dis à ceux qui gouveiiient la Fraiut : « Osez combattre aussi le vice et Fignorance, « Imitez du grand roi Fcxemple glorieux; (( Enflammez pour lé bien les cœurs ambitieux ! « Si quelque satirique ^ la sainte colère (i Flagelle comnje moi les abus qu'on tolère^ c Vous-mêmes du génie encouragez Feffort; « En s'appuyant sur lui le i)ouvoir est plusfoH:

LE MOMMENT DE MOLIÈIIE iî:i

i Aux nations c'est lui qui trace la carrière ; « Devant le siècle en marche il poi-te la lumière ; »< Sentinelle avancée, il voit les temps venir, «< Et toujours au génie appartient Tavenir ! »

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Cet aniour a tue Famour de la patiie, Par ^011 impur poison la jeunesse est flétrie, L'or des plus beaux instincts fait dévier le coui's; Plus d'élans généreux ^ plus de nobles amoui^s; Le |K)ële lui-même, aurais-tu pu le croire?

Aiuïc For, ô Molière ! encor plus que la gloire. Ce culte du vulgaire a gagné les esprits, Tous encensent F idole et s'en montrent épris.

Lcve^toi ! dis à ceux qui gouveiiienl la Frahifc : « Osez combattre aussi le vice et l'ignorance, « hnitez du grand roi l'exemple glorieux ; (< Enflammez pour le bien les cœurs ambitieux ! « Si quelque satirique p la sainte colère (i Flagelle comme moi les abus qu'on tolèrej « Vous-mêmes du génie encom'agez l'effoii ; i( Eu s' appuyant sur lui le pouvoir est plus foil;

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*< Aux nations c'est lui qui trace la carrière ;

« Devant le siècle en marche il poiie la lumière ;

i( Sentinelle avancée^ il voit les temps venir,

M Et toujours au génie appartient l'avenir ! »

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POfiME COURONNÉ PAR ^ACADÉMIE FRANÇAISE

F.> HK »iK^CT. DIT 19 AOUT Wti.

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A VICTOR HIJGQ^

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