‹ Les quatre ages: -Scènes du foyerChapitre 2 sur 17 · D*CN CÉLIBATAIRE. K«J · texte numérisé non relu

D*CN CÉLIBATAIRE. K«J

'elle nous parlait, sa main reposait sur cette bnde tête. Je recueillais avec avidité chaque mot i s'échappait de ses lèvres ; puis, dès qu'elle se isaît, je retombais dans mon inquiète préoccuition, et j'essayais en vain de m'associer à la ieté de mes convives. J'avais besoin d'être seul.

Quand je fus rentré dans ma chambre, je ne pouvais cesser de rêver à Lucy. En fermant les yeux, je la voyais devant moi, avec ses cheveux ' tfor, sa douce figure, et j'entendais sa voix réson- [ ner à mes oreilles. Je m'endormis et la revis encore en songe. Le matin, en m'éveillant, je pensais encore à elle. Ainsi s'écoulèr^t les jours de fête de Noël. Quelquefois je me sentais heureux de ^vre près de Lucy, et quelquefois j'aurais voulu , ne l'avoir jamais connue. J'étais agité et tourmenté, sans pouvoir me rendre compte à moimême de mon agitation. Mon caractère était complètement bouleversé.

Lorsque enfin je reconnus que j'aimais Lucy profondémait, passionnément, je fus effrayé de cette découverte. Qu'allait-on dire, si l'on venait à découvrir mon secret? La jeune iille avait quoi-

que fortune, et luoi je ne^possédais lien ; et le pire de la situation, c'est que j'éteâs âgé de quaI'ant^ cinq ans et qu'elle n en avait que vingt.

J* étais son tuteur. Son père me Tavait confiée à sou lit de mort, avec la pensée que j'agirais envers elle comme il aurait agi lui-même s'il avaii vécu. Cependant je sentais que je serais affreuse ment jaloux si quelqu'un lui témoignait de raffation ; je me demandais si j'avais le droit d'éloigner d'elle un honune qui pourrait la rendre heureuse, un homme jeune qui lui consacrerait un amour plus agréable que celui d*un vieux célibataire comme moi. Que si j'essayais de me faire aiiuer d'elle, le monde ne m'accuserait-t-il pas d'avoir abusé envers elle de mon autorité de tuteur, de ravoir tenue à l'écart, afin que, dans son ignorance de la vie, elle se trompât sur la nature de ses sentiments? mais en mettant de côté toutes ces raisons, ne serait-ce pas de ma part une méchante action que de' séquestrer dans ce noir édifice uoe belle jeune fille et de Tenchainer à une morne existence? Je vis ce qu'il y avait d'ég<»sHie dans mes idées d'amour, et résolus de les bannir à jamais de mon esprit.

D'UN CEIIBATAIRE. M .

i Par malheur, elles étaient trop fortement enralinées en moi. Chaque jour ne faisait qu'accroître ifia passion. Sans cesse mes regards et mes pens étaient tournés du côté de Lucy. Je la regaris lorsqu'elle passait d'une chambre à Tautre, ^ je me glissais près d'elle sur la pointe du pied l^ur la contempler et Tentendre, sans qu'elle me pît. Un jour, par la porte entr ouverte, je la vis jpssise devant sa table à ouvrage, immobile, grave, (pensive. le me demandais d'où pouvait provenir ^rêverie. Peut-être, me disais-je, le souvenir de fUeux qu'elle a perdus... ou peut-être une image F'qmlui plaît?... A cette idée, je sentis comme un poison mortel se glisser dans mes veines, et m'enfuis sans oser regarder en arrière.

Chacun remarquait le changement qui s'était opéré en moi. Lucy m'observait parfois avec inquiétude et me demandait si j'étais malade. Tom Lawton s'aflligeait de me voir si abattu, et luimême devenait aussi sérieux qu un vieillard. Un soir que, selon ma coutume, je iai^ais ma lecture à Lucy, tout à coup je fermai mon Uvre, et, regardant attentivement la jeune fille, je lui dis : — 11 me semble, Lucy, que vous êtes fatiguée

de notre façon de vivre ; vous ne m'aimez plus comme il y a quelques mois.

— Vous vous trompez, me répondit-elle, et je ne sais pourquoi vous parlez ainsi, à moins que}' ne vous aie fait quelque peine ; oui, sans doute, bien malgré moi, je vous en ai fait, et voilà pour quoi, de jour en jour, vous me traitez plus froi dément et ne voulez pas me dire quelle faute j'â commise.

En disant ces mots, elle se rapprocha de moi, et, prenant mes mains dans les siennes, elle ajout' en pleurant :

— Je sais que je n'ai pas un meilleur ami f^ vous. Mon père est mort avant que je comprise' ce qu'il était pour moi; mais, s*il avait vécii,j« crois que je n'aurais pas pu Taimer plus que je ut' vous aime.

— Bien ! bien ! Lucy, je n ai pas voulu voii^ causer la moindre peine, et n'ai, je vous assure, nul reproche à vous adresser. Je ne suis pa^ bien, et quand je souffre, je ne sais ce quej^ dis.

— Embrassez-moi donc, reprit Lucy, et rép^ tez-moi que vous n'êtes pas fâché contre nioi

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veux faire tout ce qui dépendra de moi pour m rendre heureux ; et d'abord, ce n'est plus us qui lirez le soir à haute voix, c'est moi. loi, je TOUS ai vu silencieux et triste, et n'ai int osé vous interroger ; et vous vous êtes imaé que je souffrais de rester ici. Désormais je X vous égayer : je lirai, je chanterai pour vous, i nous jouerons aux dames ensemble. Oui, j'aime iette vieille maison et tout ce qui s'y trouve, el

E'ai jamais été si heureuse que depuis que j'y emeure.

Je passai ma main sur sa tête, et lui donnai en silence un baiser sur le front.

— Vous tremblez, me dit-elle ; non-seulement jvous êtes malade, mais vous avez un chagrin qui (VOUS poursuit. Avouez-le-moi donc; peut-être pourrais-je vous consoler! Je n*ai pas tant d'expé- (rience que vous ; mais les ignorants peuvent quelquefois donner un bon conseil aux plus instruits. Peut-être aussi que vous aggravez vous-même votre chagrin en vous y abandonnant. Vous amassez les nuages sur votre esprit, et vous ne pouvez plus discerner le remède qui vous guérirait ; et , Yovcz-vous, il faut que vous me disiez la cau^e d»*

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votre tristesse, sinon je serai très-tourmentée, et je m'imaginerai toutes sortes de malheurs plus redoutables que celui qui existe réellement.

— Non, Lucy, lui répondis-je, n'ayez point une telle inquiétude. Je suis seulement, depuis quelque temps, un peu mal à Taise ; je vais me mettiv au lit, le repos me fera du bien.

J'allumai mon flambeau et me hâtai de sortir, de peur de trahir mon secret en restant près d'elle plus longtemps. Elle m'avait plus péniblement impressionné par son langage affectueux qu'elle n'eût pu le faire par un froid dédain. Elle m'avait dit qu'elle m'aimait comme m père; eUe m'avait parlé de mon expérience et de mon âge. Avais -je donc l'air si âgéf Oui ; non pas tant par les années que par ma grave physionomie, par mes habitudes, par mon vêtement suranné. J'en voulais en ce moment à mon père de m'avoir fait une vie rigide comme la sienne. Je regardais avec un sentiment de répulsion mon costume, façonné à la mode d'un autre siècle, qui maintenant ressemblait à une mascarade, et tout à coup un nouvel espoir s'éveilla fli moi. Je voulais changer ma façon d'être, m'iia*

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