‹ Les quatre ages: -Scènes du foyerChapitre 7 sur 17 · SCÈNE DE LA VIE XORTÉGIENKE · texte numérisé non relu

SCÈNE DE LA VIE XORTÉGIENKE

Cette heure saisissante des adieux, qui de nous, Q peu plus tôt ou un peu plus tard, n'en a |n*ouTé Tamertume? Avant Tadieu suprême, Taieu irrèvoeable de toute vie humaine, quel être îune ou vieux, riche ou pauvre, n'a dû s'éloiner du foyer où il a renfermé comme dans un anctuaire toutes ses infections, embrasser en èmissant ses vieux parents, qui compteront avec ngoisse chaque jour de son absence, rassurer me femme qui promet d'avoir du courage en sau- ^lotanty et serrer sur son sem de petits enfants

qui, ne comprenant point encore ces grands mots de voyage, pleurent de voir toute la famille pleurer autour d'eux.?

Harald est le fils unique d un laborieux paysan de la Norvège, qui possède, dans les froides plaines du Christians-Âmt , au pied des cimes de neige du Dovre-Field, un petit gaard, cesl-î»dire une maison en bois avec un jardin; un pn où pâturent quelques vaches et quelques mou tons, un champ où d'ordinaire il récolte ass^^ d'orge pour sa nourriture, et un petit bois d'où il tire ce qui lui est nécessaire pour chauffer soii poêle dans les longs hivers, réparer le toit ou h ais de sa demeure, et façonner lui-même ses instruments d'agriculture. Bon an, mal an, grâe^ j un travail aride et à la rigide économie de llioth nête Brigitte, la mère d'Barald» lafamille vitsan> faire de dettes, sans être obligée de recourir :' l'assistance de ses voisins. Parfois même elle se trouve assez riche pour tuer un teatt et brasser un tonnelet de bière, et réunir à sa table de gai$ convives à la joyeuse fête de Noël.

Harald a grandi dans cette humble, paisible existence; il Ta aimée et longtemps n*si pas songé

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qull piil en avoir une auti'c. Des son bas âge, il aftéTauxiliaire de son père; tantôt conduisant les bestiaux au pâturage, tantôt guidant le cheval attelé à la charrue, tantôt courant après une vache iragabonde égarée daus les bois^ et la ramenant i Brigitte, qui Tcmbrassait tendrement, la bonne Brigitte, et disait que son fils volait son pesant d'or. Mais Harald a un oncle, un frère de sa mère, lui occupe une place, importante dans l'indus- Lrielle bourgade de Lille-Hammer. Cet oncle est 1 agent principal d'un riche marchand de bois. C est lui qui va dans les forêts, choisir, marquer, tîompter les beaux grands sapins qui, des montagnes de la Norvège, seront expédiés en Allemagne, en France, en Angleterre. C'est un brave homme, mais un peu fier de la confiance que lui témoigne son puissant patron, un peu impérieux, et très- ^ï'rètè dans ses volontés. Ses relations fréquentes ^vec les n^ociants étrangers l'ont fait dévier de ^ simplicité première. Il a chez lui des meubles ^n acajou, des asâettes en porcelaine. Il porte une redingote bleue, une montre en or à son gousset, une cravate de satin à son cou, et ou l'appelle M, Swindson,

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Marald va chaque année, à la Chandeleur, pa>ser quelques jours chez cet oncle, qui lui souhaite la bienvenue en lui frappant amicalement sur lé paule, s'informe du produit des bestiaux, du prii des bois dans son canton, et, sans que personni' le voie, lui glisse dans la main, le jour du départ. quelques beaux dalers tout neufs.

Mais ce qui plaît à Harald bien plus que ce lux'* d*une maison qui ressemble si peu à celle de son père , bien plus .que ces écus sonores , c'est s;i jeune cousine, c'est la blonde et douce Lena, qu! se réjouit si vivement de le revoir, qui lui racoiil»* avec tant de candeur et d'abandon toute' sa petite chronique de chaque mois, de chaque semaine:

qui, lorsqu'il va partir, lui dit d'un ton si touchant et si résigné : <( A Tannée prochaine, Harald! Tâchez cette fois de rester plus longtemps; mai? peut-être que cet été j'irai voir votre mère. Je If voudrais bien, et mon père me Ta presque promis. »

Les deux jeunes gens s'aiment sans savoir ce que signifie ce grand mot aimer y sans se douter que, lorsqu'ils se promènent ensemble au bord du ruisseau, dans les verts sentiers des collines, il>

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font à eux deux de jolies petites scènes qu'un poète appellerait des idylles.

M. Swindson, tout en s'occupant de ses affaires, a vu naître et se dévelq)per cette mutuelle sympathiç, et n*a point voulu Tentraver. Il a, d*un ceil perspicace, observé son neveu; il Ta quelquefois conduit avec lui dans les bois, et lui a fait faire différents calculs. 11 sait à quoi s*en tenir.

Un jour que Harald rentrait gaiement, selon sa coutume annuelle, dans la maison de Lille-Hammer^ apportant à sa cousine une boîte en écorce de bouleau, qu'il avait très>ingénieusement façonnée pour elle, son oncle le prit par la main d'un air grave, le conduisit à son comptoir, et lui dit :

— Tu aimes ma fille... Ne rougis pas, tu peux bi^i Faimer; il n*y en a pas beaucoup qui la vaillent à dix milles à la ronde. Tu voudrais Fépouser; j'y consens, quoique tu n'aies qu'un pauvre patrimoine à lui oi&ir; mais tu es un honnête, intelligent et laborieux garçon. Je te la donne donc... à une condition : c'est que tu viendras Rétablir ici; car, pour rien au monde, je ue me séparerais de Lena. Tu vivras avec nous, et tu

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m aideras dans mes travaux. Yoîb si tes 4;onseDtent à cette proposition, et, avant qui l'aient admise, pas un mot de notre entretioi à fille. J'ai confiance en toi. Retournons prèsd'

Cette fois, après son séjour habituel chez oncle, Harald reprit le chemin de la maison pal nelle dans une crudle perplexité. L'espoir d< pouser la riante et tendre Lena le ravissait. M .son ooeuT se serrait à l'idée d'abandonner sespdrafits, sa mère, qui souvent disait qu'elle ne pow rait vivre sans lui; son père, affaibli par Tâgo, qui avait besoin d'un soutien. Non, jamais il n'auiait la cruauté de prendre une telle résolution; il d V serait pas même, de peur de les troubler, ker r,onfier les projets de son oncle.

Hais, à son air pensif, à son regard rêveur ei triste, Brigitte a deviné qu*il a une peine secrète; Elle l'interroge avec douceur; elle insiste, elle prie : elle finit par obtenir l'aveu complet de son amour, de ses désirs de mariage et de ses craintes filiales. Alors elle pleure, la bonne Brigitte; elle essuie du coin de son tablier les larmes qu'elle n'a pu retenir; puis elle se précipite hors de sa nlemeure, va dans la forêt chercher son mari qui

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prépare le chauffage, et un iiidtant après le raiqène avec elle, triste, mais résigné.

Harald est assis sur le seuil de la porte, la tète entre ses mains, la poitrine gonflée de soupirs. Son père lui tend la main eu silence. Sa inère Tembrasse et lui dit : «- C'est décidé, mon enfant, il faut que tu acceptes les offres de ton oncle. Tu aimes Lena, et moi je l'aime aussi comme si elle était ma fille. J^aurais voulu vous avoir tous deux ici jusqu'à la fin de notre vie. Mais, puisque cela n est pas possible, il faut nous soumettre à la volonté de Meu. Ne tlnquiète pas de nous, mon enfant. La Providence nous est venue en aide dans toutes nos peines, elle ne nous délaissera pas; et toi qui as toujours été un bon nis, je suis sûre que tu nous resteras fidèle. Promets>nous. de venir nous voir chaque fois que tu le pourras, au mwns chaque année; tu nous amè* neras ta femme, tes enfants; nous te verrons heureux, et ton bonheur nous rajeunira.

Et le mariage dé Harald a été joyeusement célébré, et, selon sa promesse, chaque année il est venu passer les fêtes de Noël avec sa famille, et cette époque solennelle occupe longtemps d'à-

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vance la pensée de ses vieux parents. Dès Tautomne, son père conunence à compter les jours, et dit à Brigitte :

— Nous allons bientôt revoir Harald et Lena.

et notre petit Oscar, mon filleul; est-ce que ta ne songes pas à leur brasser un bon tonndet de bière, et à mettre de côté notre plus fine fleur de farine pour leur faire des gâteaux de Noêi?

— C'est bon, c'est bon, répond Brigitte; ne s'imaginerait-on pas qu'il faut se donner tant de soucis pour recevoir ces gens de Lille-Hammert Ils peuvent bien vivre comme nous, et se contenter de ce qui nous contente.

Mais, en disant ces mots, Brigitte sourit et fait vibrer un trousseau de clefs suspendu à sa ceinture. Une de ces clefs ouvre une armoire dan> laquelle elle dépose presque chaque jour, trèsmystérieusement, sans se douter que son mari connaît toutes ses petites ruses, les présent» qu'elle veut offinr à ses enfants la veille de Noâ : tantôt la laine tout entière de deux de ses brebis, tantôt un rayon de miel enlevé à sa ruche, tantôt divers ouvrages qu'elle façonne dans les longues veillées.

— Pour qui donc sont ces petits bas que tu trisoies avec tant d'ardeur? lui demande d'un air candide le vieillard; je n'en ai jamais vu de si îolis.

— C'est pour le garçon de notre voisine Martlie, répond Brigitte en baissant la tête.

— Ah! très-bien, reprend Thonnête paysan, qui sait que c'est pour Oscar.

Et il allume sa pipe, et rit en lui-même de ces iunocentes traîtrises; car il a aussi les siennes, et il les dissimule mieux que Brigitte. D a caché dans le grenier un bijou de petit traîneau qu'il a fabriqué pour Oscar, une pipe en bois sculpté pour Harald, une paire de sabots ornés d'arabesques pour Lena.

Au grand jour de Noël , tous les mystérieux présents sont, d'mie noain sournoise, tirés de leui^ retraite, et, de part et d'autre, étalés sur la table. Alors le père et la mère s'amusent réciproquement de leur profonde dissimulation; Oscar fait des bonds de joie à la vue de tout ce qui lui est destiné, et Harsdd et Lena embrassent avec une profonde émotion les deux vieillards, qui rient ^t qui pleurent, et affirment que l'année prochaine

ils ne se laisseront plus ainsi tromper. Ah! les bonnes gens ! Pourquoi doit-elle finir, la vie de •ceux qui, dans leur labeur, ne demandent à lavi^ i[\xe la fraîche rosée de ces joies si pures?

Mais voilà qu'un jour Harald revient au logi^ iivec Lena et Oscar, et une petite fille dont Bri j^itte a été l'orgueilleuse marraine. Ce jour-là, il a le cœur bien dolent, le pauvre Harald , et ^ femme est triste comme lui, et il leur semble que jamais le ciel d'hiver n*a été si noir, que janiaiî le vent du nord n'a sifflé à leurs oreilles avec un son si lugubre. 11 faut qu'ils quittent Lille-Haiomer, oii ils étaient encore si prés de la maison de leurs chers parents, qu*ils aillent s'établir a« port de Drammen, où le patron de M. Swindson a fondé une nouvelle maison de comm^ce. Ce l>ort de Drammen est si loin ! ces nouvelles a£^ai^e^ si compliquées ! M. Svnndson si absolu en ce qui tient à sa gestion ! Harald ne peut plus promettre de revenir régulièrement, selon sa coutume, au loyer paternel. Quelle sombre i%te de Noël ! Les deux jours qui la précèdent, les six jours qiii la suivent, se passent en de longs regrets et de douloureuses ap{Nréhensions. Par un effort de cou-

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}ge, les quatre affligés eherchent mutuellement se consoler et à se rassurer; itiais, au moment léme où ils s'adressent un généreux 'langage, 'expression de leur physionomie dément leurs croies.

El l'heure du départ arrive, l'heure fatale qu'on roudrait retarder au prix de plusieurs années l'existence, et qui sonne impitoyahlement.

Brigitte tient d'une main la petite main de sa filleule, de l'autre celle de Lena, et se penche en pleurant sur ces deux êtres aimés, sa jeunesse, sa joie, sa pensée perpétuelle. Le vieillard, courbé 2$ous le poids de ses émotions, est au lit. 11 se lève sur soa. séant pour contempler encore la figure de son fils chéri, incliné devant lui, pour lui donner un dernier baiser, pour lui murmurer d'une voix tremblante ces mots sacrés qui sont une double bénédiction, une bénédiction pour <ielui qui les prononce et pour celui à qui ils s'adressent :

M\ez, Harald, laissez avec confiance sous le regard de Dieu ceux qui, dans l'humilité de leur foi, dans la simplicité de leur cœur, ont suivi leur <^hemin, fidèles à la loi de Dieu. Allez, et emportez

conune une grâce céleste la bénédiction patanelle.

Heureux qui la reçut! heureux qui s*en mvient!

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