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XLVI ANNALES

Saint-Victor, etc., etc., les grands noms de la photographie sur plaque métallique et sur verre, sont des noms français.

Wedgewood, Talbot, les grands noms de la photographie sur papier, unis au nom d'Archer, le réalisateur de la photographie sur collodion, suffisent, certes, à honorer l'Angleterre.

Chacun des quatre grands genres de photographie qui ont paru tour à tour, la photographie sur métal, la photographie sur papier, la photographie sur verre albuminé, la photographie sur verre collodionné, a ses avantages et ses inconvénients. Sur métal, et produit dans l'atelier d'un artiste consommé, le portrait est d'une exécution facile et presque instantanée; la netteté, la vigueur du ton, le modelé des formes, l'harmonie de l'ensemble, la finesse des dé tails, la dégradation des teintes, ne laissent absolument rien à désirer; mais cette épreuve si belle est un type unique, elle miroite désagréablement; elle est altérable et les traits du modèle y sont renversés.

Avec la photographie sur papier, telle que savent la faire les artistes que nous avons déjà cités, les reproductions peuvent atteindre des dimensions énormes et peuvent être multipliées à l'infini : le miroitage n'existe plus, l'opérateur a des allures plus

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libres, il peut varier à son gré le caractère de l'épreuve; il la renforce si elle est trop faible, il l'affaiblit si elle est trop foncée ; il devient artiste presque au même degré que le graveur; il fait, comme il lui plaît, un tableau vague ou ferme; le papier coûte peu, il résiste au frottement et se conserve indéfiniment: mais, en revanche, la texture fibreuse du papier, ses aspérités et ses creux, la communication capillaire qui s'établit entre les diverses parties de ta surface inégalement imbibées, sont autant d'obstacles qui s'opposent à la rigueur absolue des lignes et à l'exacte dégradation des ombres et des lumières : la précision de l'image laisse à désirer, les détails sont plus confus, les traits bien moins accusés : il en résulte toutefois une certaine homogénéité d'ensemble, une fusion insensible des lumières et des ombres, une imitation meilleure des effets que l'art des peintres et des dessinateurs cherche à produire.

Les épreuves sur albumine ont bien toute la finesse désirable, l'image est parfaitement nette, les détails complètement accusés; la glace peut être préparée longtemps à l'avance, elle offre, sous le rapport de la facililé du transport, un avantage incomparable; mais la finesse excessive de l'épreuve la rend sèche et dure, elle est presque toujours d'un aspect faux;

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comme relation de ton entre la lumière et les ombres, elle ne rend pas assez les effets de la nature. L'action de la lumière est si lente que le portrait négatif sur albumine est presque impossible, et quant à obtenir une couche albuminée propre et sans poussière, c'est un travail d'une difficulté extrême.

La couche de collodion est, en quelque sorte, une feuille très-mince de papier, à pâte parfaitement homogène, sans inégalité aucune; elle a au plus haut degré la propriété de se laisser imprégner complètement par les liquides , qui lui communiquent une sensibilité exquise.

Par la promptitude d'impression, elle lutte avec la plaque métallique, mais elle est fragile à l'excès et d'une grande altérabilité : un souffle, la poussière, l'agent chimique le plus faible, l'altèrent quand l'image est en voie de formation.

Si l'on fait la balance des avantages et des inconvénients des diverses méthodes, on pourra conclure immédiatement :

1° Que s'il s'agit d'obtenir un portrait unique, d'un beau caractère, avec une grande finesse de détails, une dégradation parfaite de lumière et d'ombre, une ressemblance absolue, il faut recourir à la plaque d'argent ;

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2° Que dans la reproduction des monuments de l'art ou des paysages, sur grande échelle, la préférence doit être accordée au papier ciré, albuminé ou gélatiné ;

3° Que pour la reproduction sur petite échelle et en grand nombre de sujets immobiles, rien, surtout pour le photographe voyageur, ne remplace la glace albuminée, que l'on peut garder plusieurs jours sensibilisée, avant et après l'exposition à la chambre noire, sans la soumettre à l'agent révélateur (1). La glace albuminée est bien plus précieuse encore et tout à fait indispensable quand il s'agit d'obtenir des positifs sur verre pour le stéréoscope , des vues panoramiques, des dissolving views ou de fixer les objets agrandis par le microscope solaire , avec des contours fortement accusés et des détails parfaitement dessinés ;

4° Enfin , pour les portraits , pour les académies, qu'il s'agit de multiplier, pour toutes les scènes plus ou moins animées de la nature, partout, eu un mot, où il y a vie, respiration, mouvement, et lorsque l'objet doit être représenté avant que la lumière qui

(I) Nos dernières expériences sur collodion conservé humide nous font donner la préférence à ce dernier.

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l'éclairé ait été modifiée , l'albumine et le papier doivent céder le pas au collodion.

Tout bien pesé, la part qui reste au collodion est la part du lion, et la photographie sur glace collodionnée est la première de toutes les photographies.

Après avoir successivement étudié et pratiqué les autres procédés , nous nous sommes exclusivement livré à l'enseignement des quatre branches de la photographie ; et après plusieurs années d'études sérieuses et d'une pratique de tous les jours, nous croyons rendre un service signalé à ceux qui s'occupent de cet art, en leur indiquant les moyens les plus simples d'obtenir des clichés parfaits et des épreuves positives sans reproche.

Entrons donc hardiment en matière avec cette assurance que nous donnent nos études, nos succès , et l'espoir d'être utile aux photographes , en leur aplanissant la route qui conduit à la perfection.

Nous ne voudrions pas terminer ces annales sans dire quelques mots de la Société Française de photographie et du but qu'elle se propose d'atteindre par la publication de ses bulletins , par ses réunions hebdomadaires et par les discussions de ses grandes séances.

Fondée par des personnes éminentes dans les

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sciences et par des photographes sérieux, patronnée par des hommes de goût et composée de vrais artistes, la Société Française de photographie sera au sein de la capitale un centre d'activité , une tribune de vulgarisation, un sanctuaire d'hospitalité.

Signaler les vrais progrès, en les discutant, empêcher l'erreur de se glisser à l'abri d'un nom ou d'une coterie , ouvrir les portes du temple aux fidèles, en chasser les marchands, tel est son programme. La dissolution de la Société héliographique , qui avait donné un si grand essor à la photographie, laissait un vide bien regrettable, et les vrais amis de cet art demandaient à grands cris que l'on comblât cette lacune.

Le vœu a été exaucé , et la Société Française de photographie vient de se constituer. Nommer son président et les membres de son conseil, c'est dire que nos espérances les plus hardies ne manqueront pas d'être réalisées. Il ne nous reste plus qu'à souhaiter de voir bientôt quelque auguste personnage prendre sous sa protection une œuvre aussi utile et faire de ;la Société Française la digne émule de sa voisine d'Outre-Manche.

DAGUERRËOTYPIE.

DAGUERRÉOTYPIE.

INTRODUCTION

Si la découverte de la photographie appartient incontestablement à Nicéphore Niepce, si l'histoire a gravé son nom sur ses tables éternelles, le nom de Daguerre a mérité aussi sa place à côté de celui de ce grand homme et il aura sa part de gloire et d'immortalité.

Par un sentiment de reconnaissance envers Daguerre, ses contemporains ont donné le nom de Daguerréotypie à l'ensemble des moyens [employés

k DAGUERRÉOTYPIE.

pour obtenir sur du flaque un dessin par la lumière ; c'est une justice qu'on lui a rendue.

Niepce avait employé les plaques d'étain ou d'argent, le bitume de Judée, l'essence de lavande : Daguerre remplaça par l'iode la substance bitumineuse, et il mit le mercure à la place de l'huile de lavande.

Il résolut ainsi le problème de la formation des images dans un temps relativement très-court; il découvrit seul et mit en pratique le premier cette série d'opérations si remarquables qui constituent le procédé auquel on a donné son nom.

La daguerréotypie, comme les autres branches de la photographie , est basée sur l'impressionnabilité bien connue des iodures d'argent ;

Avec cette différence cependant que, dans la photographie sur plaque, l'iodure est avec excès d'iode, tandis que, dans les trois autres modes de photographie, Fiodure est en présence d'un excès de sels d'argent.

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