LES OBJECTIFS
Du foyer optique et du foyer chimique.
Tout appareil photographique se compose de deux parties distinctes, quoique en réalité inséparables : l'objectif et la chambre noire. Nous avons insisté sur l'importance qu'on doit attacher à la partie mécanique de ces appareils ; revenons encore sur le choix d'un objectif, choix toujours fort difficile à faire et qui demande une grande expérience.
Un objectif parfait, voilà à notre avis le véritable desideratum de la photographie.
Depuis l'époque où Daguerre publia sa découverte, la mécanique et l'optique ont subi de nombreuses modifications et réalisé de grands progrès.
Le génie inventeur des Niepce et des Daguerre a
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laisse tomber un germe sur un sol fertile, et ce germe fécondé par l'industrie a donne d'admirables fruits.
L'optique n'est pas restée en arrière, elle a fait un pas immense dans la voie de l'application ; aussi, quoique nous ne puissions guère exiger d'un art encore tout nouveau le degré de perfection auquel de longues années d'expérience et d'étude pourront à peine lui permettre d'arriver, nous voulons cependant que l'on soit aussi sévère que possible dans le choix d'un objectif.
Il est extrêmement rare de trouver un objectif dont Yachromatisation (1) soit tellement parfaite que ses deux foyers, optique et chimique, n'en fassent qu'un seul, dont les courbures bien calculées ne produisent aucune déformation, dont la longueur focale soit telle, qu'il n'en résulte un champ ni trop vaste,
(1) L'achromatisation est une correction que Ton fait subir aux instruments d'optique, et grâce à laqutlle on détruit les effets de la dispersion de la lumière.
La dispersion des rayons lumineux fait qu'au foyer d'une lentille l'image d'un point éclairant, d'une étoile par exemple, n'est pas un point blanc et nettement tranché; mais bien un petit cercle iris 3 qui représenîe mal le point auquel il doit sa formation. Par l'achromatisme on efface le cercle coloré et on rétablit la correspondance parfaite entre l'objet et son image.
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ni trop restreint; en un mot, il est fort difficile de rencontrer un objectif parfait.
Mais le défaut capital d'un objectif ne consiste pas dans la non-coïncidence du foyer optique avec le foyer chimique, car, une fois la distance des deux foyers établie, si l'instrument fonctionne sans rien laisser à désirer du côté de la netteté et de la précision, l'opérateur peut le considérer comme bon, et doit le conserver avec soin.
Le défaut principal d'un objectif, véritable vice rédhibitoire, consiste dans la déformation partielle ou totale de l'image, qui provient, soit de la disposition particulière de la lentille, soit de la matière employée à sa confection, soit des courbures qu'on lui a données, et qui ne laissent de netteté qu'à un tout petit espace de l'image reproduite, tandis que les autres parties demeurent confuses et difformes. Ainsi, il n'est pas rare de trouver des objectifs à portrait qui donnent l'image de l'œil très-nette, pendant que la moustache, par exemple, à peine indiquée, reste à l'état d'ébauche, et que les parties encore plus éloignées du foyer sont déformées et d'un vague désespérant.
Il n'est, toutefois, pas impossible de construire des lentilles achromatiques ou des systèmes doubles
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de lentilles achromatiques tels, que les deux foyers y coïncident, et quelques opticiens ont souvent résolu ce problème.
Les objectifs de MM. Lerebours et Secrétan, si justement appréciés des hommes les plus habiles en photographie, ont acquis une réputation européenne bien méritée par leur bonne achromatisation et l'excellent choix de leurs verres. Ce n'est pas d'aujourd'hui, du reste, que cette maison date ses succès : dès 1846, elle avait déjà trouvé une méthode pour ramener les objectifs à deux foyers distincts à n'avoir qu'un seul foyer. -Nous lisons, en effet, dans un extrait des comptes rendus de l'Institut, séance du 28 sep- . tembre 1846 :
« Du foyer chimique et du foyer apparent dans les ob- «jectifs du daguerréotype, par M. Lerebours. (Commis- « saires : MM. Arago, Pouillet, Babinet, Despretz.) — «En étudiant, à l'aide d'expériences précises, la «cause du manque de coïncidence des deux na- « tures de foyers, M. Lerebours a été conduit, par « des moyens certains, à faire disparaître ce défaut; « il construit maintenant des objectifs avec lesquels « il n'y a plus de distinction à établir entre le foyer « chimique et le foyer lumineux apparent. »
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Toutefois, nous ne croyons pas que la solution ait été encore entièrement formulée et traduite en règles invariables, et, quelle que soit notre confiance dans une maison recommandée, nous ne saurions accepter un objectif sans l'essayer préalablement avec soin, afin de déterminer l'absence de foyer double, ou le repère à adopter, si le double foyer existe, pour reconnaître la bonne ou mauvaise qualité des lentilles, etc., etc.
Déjà depuis longtemps, les objectifs à système de lentilles doubles étaient entre les mains des opérateurs, et personne ne s'était encore aperçu que le plus grand nombre de ces objectifs était entaché du défaut assez grave de la non coïncidence du foyer optique avec le foyer chimique.
Ce fut M. Claudet qui découvrit ce défaut. Le 20 mai 1844, cet habile expérimentateur communiqua à l'Académie des sciences les résultats des recherches auxquelles il s'était livré dans le but d'affranchir la photographie des causes d'insuccès venant du défaut d'achromatisalion des lentilles.
Aujourd'hui, grâce à cet infatigable chercheur, personne n'ignore que , le plus souvent , le foyer d'action photogénique ne coïncide pas avec le foyer visuel, formé par les rayons lumineux.
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Que la différence de ces deux foyers varie suivant l'achromatisation des lentilles et suivant leur pouvoir dispersif.
Que dans presque tous les objectifs achromatiques le foyer chimique est plus long que le foyer optique.
Que la distance entre ces deux foyers varie avec la distance de l'objectif au modèle.
11 est très-facile de déterminer la différence qui existe entre les deux foyers, et M. Claudet a inventé à cet effet un petit appareil qui remplit assez bien son but. Nous croyons cependant, d'après ce que nous avons dit plus haut, que le meilleur moyen de reconnaître les différences de foyer consiste à essayer l'objectif en faisant un portrait. En effet, le petit appareil (écran-éventail) de M. Claudet est trop petit et ne donne jamais le degré de profondeur qu'on cherche dans un bon objectif ; car, à supposer même que les deux foyers coïncidassent, on ne saurait dire pour cela a priori que l'instrument est bon, puisqu'il pourrait ne donner de parfaitement net qu'un petit espace de quelques centimètres carrés , ce que l'appareil Claudet n'indiquerait pas, mais dont on pourrait s'apercevoir en faisant un portrait, car on remarquerait dès la première épreuve si et où le trouble de l'image commencerait à se montrer. Mettez la ligne
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des paupières au loyer, le foyer chimique coïncidant rarement avec le foyer optique, vous ne trouverez pas aux paupières de l'épreuve cette finesse de détails que vous aviez remarquée sur la glace dépolie, mais vous la rencontrerez par exemple vers l'oreille , ou bien elle donnera au haut de la tête une telle précision, une telle netteté, que vous pourrez presque compter les cheveux du modèle. Plus de doute alors, le foyer apparent ne coïncide pas avec le foyer chimique , et ce dernier se trouve être le foyer conjugué de l'oreille ou des cheveux. Lors donc que vous aurez mis au foyer apparent, et que l'image de l'œil sera parfaitement nette, allongez (avant de mettre la glace sensible) le tube de l'objectif de deux millimètres environ ; dans le plus grand nombre des cas , ce repère sera le bon, ou à très-peu de chose près ; une seconde épreuve rectifiera le résultat de la première expérience et vous mettra à même de tracer le repère avec exactitude.
Par les trois expériences que vous venez de faire, vous aurez pu reconnaître la valeur de l'objectif et vous saurez à quoi vous en tenir, non-seulement sur l'achromatisation, mais encore sur l'aberration sphérique des lentilles.
Comme on le voit , en tenant compte de ces di-
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verses circonstances, on peut parvenir à déterminer a priori, avec une précision presque mathématique, le foyer chimique pour un objectif donné et pour chaque distance des objets à reproduire.
Toutefois, les tâtonnements qu'exige rétablissement d'un repère à chaque épreuve constituent un travail des plus gênants et sont une cause fréquente d'erreurs et d'insuccès. Nous ne laisserons donc pas de recommander de nouveau le choix d'un objectif dont le foyer d'action photogénique coïncide avec le foyer apparent (1).
(1) M. Boutrais, rue St-Christophe, \%% nous fournit d'excellents objectifs dont les foyers coïncident.