‹ Les quatre concordats (volume 2)Chapitre 10 sur 43 · III · texte numérisé non relu

III

car, s'il a été pourvu, quoique d'une manière détournée , à l'entretien des sièges , par la loi sur les bois , il ne peut manquer , quoi qu'on fasse et qu'on dise , d'avoir à pourvoir aux cathédrales , séminaires , maison» de retraite , toutes choses qui coûteront beaucoup , et pour lesquelles il faudra recourir de nouveau à la munificence nationale.

io°. Auparavant que le concordat fût admis parmi les lois de l'Etat , on a vu les évêques qui en dépendent déjà nommés ; cela a paru bien prompt, et décider ce qui était en question.

Que le choix de ces évêques n'ait été l'objet de la plus grande attention , et le résultat des plus respectables intentions ; que sous le rapport des vertus ecclésiastiques, il n'y ait qu'à applaudir; il ne peut y avoir de doute à cet égard. Mais l'état de la France , comme les principes du gouvernement représentatif, ne devaient-ii^ pas aussi être pris en considération dans cette circonstance? Depuis quelques années, on n'entend parler que de bo?is prêtres , d'ecclésiastiques respectables : rien de mieux en soi , et pour soi seul. Mais ce n'est pas tout que d'être un bon prêtre , il faut encore être capable lorsque l'on a à agir sur les autres ; car alors on

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est deux , le bon prêtre et le sujet du ministère. Pour que celui-ci ait tout son effet, il faut que le ministre et son sujet s'entendent ; il faut que la lumière soit compagne de la vertu , que le pasteur et le troupeau ne se méfient pas l'un de l'autre , et ne parlent pas deux langages différens. À le considérer sous les rapports purement ecclésiastiques , rien n'est plus vénérable qu'un missionnaire ; et cependant combien de missionnaires sont propres à être évêques ? et combien y a-t-il d'hommes , dans un pays tel que la France , qui s'accommoderaient d'évêques missionnaires ? cela n'est plus bon qu'au Canada ou dans la Louisiane. La vertu purement ecclésiastique ne suffit donc pas : c'est la base il est vrai ; mais il faut un accompagnement de plus , suivant le poste qu'elle est destinée à occuper : il faut encore que les peuples connaissent leurs chefs et soient disposés à leur abandonner leur confiance.

Les Églises ont beaucoup souffert par la prolongation des vacances. En leur donnant des évêques , il fallait donc les pourvoir de chefs durables : d'ailleurs le bien ne peut provenir que delà durée, et des administrations changeantes ne peuvent guère l'opérer. Mais comment

trouver cette stabilité parmi un épisccfpat valétudinaire, pour la solidité duquel chaque changement de saison , chaque coup de vent fait trembler? On nomme en 1 8 1 7 des octogénaires , des infirmes ; combien y en aurait-il en place en 1820? Les viduités d'Eglises vont donc recommencer ; il faut un long temps pour les nominations , les bulles , les installations : quand les Eglises seront-elles servies ? Il était à prôpos de leur éviter à la fois et des regrets et un défaut de services par la perte de titulaires que le cours de la nature ne peut leur permettre de garder long-temps , ni utilement. En accordant beaucoup de respect aux vieillards , il faut savoir leur refuser les places qui exigent de la force et de la durée.

Mais le point capital était de ne pas mettre à la tête du clergé un trop grand nombre d'hommes qui ne connaissent pas la France , et qui ne sont point connus d'elle , qui depuis trop long-temps ont été absens , cachés , ou bien oisifs , qui se sont signalés par une longue opposition à ce qui s'est passé en France , à son esprit actuel , et qui , avec les meilleures intentions du monde, sont exposés à commettre de graves méprises par le sentiment même du T. m. 8

bien qui est dans leurs cœurs , el qui peut les égarer sur les résultats. En général les évêques nommés sont connus par leur attachement au parti opposé à ce qu'aime et ce que veut la France. Cest un fâcheux préjugé qu'ils doivent dès l'abord travailler à dissiper; car ils le retrouveraient dans le cours de leur ministère : il est délicat , cq ministère, car l'on a affaire à deshommes attentifs, éclairés, et qui ont eu l'habitude de voir beaucoup d'hommes et de choses. La France ne se prête à être maniée que par des mains connues d'elle , dans lesquelles elle sent à la fois de la douceur et de l'habileté ; elle s'éloigne ou échappe de celles que le temps aurait endurcies. Le rigorisme , le rappel du passé , l'urgence des observances minutieuses , ne feront pas fortune en France : dans ce pays, pour que l'autorité ait tout son effet , il faut la faire accepter , même la faire désirer , beaucoup plus <jue l'imposer.

Je sais que les nominations se sont rapportées en partie à l'illustration des noms , et à cette espèce de récompense dont la décence même peut se regarder comme tenue envers la fidélité. Ceci me donne occasion de développer une opinion que je crois utile.

ÎSous sommes dans le gouvernement représentatif; il a tout changé, il faut tout régler sur lui. Par lui, l'illustration des noms a changé de nature ; elle n'est plus d hérédité généalogique ; elle est actuelle et personnelle. Quand l'illustration de la personne ne répond pas à celle du nom , c'est encore pire ; car il y a dégradation. Par la révolution le prestige des noms a été effacé ; tout ce qui le formait, et qui semblait réservé pour leur composer un apanage exclusif, a été imité, égalé, surpassé: ou a assisté , à la (ois , à la mort et à la création de tout. Les soldats sont devenus connétables , les commis ministres , les marchands grands seigneurs; tout le bas a monté , tout le haut a descendu ; les nouveaux rôles ont été aussi bien joués par les nouveaux acteurs que par les anciens. Des lors tout le prestige des anciens s'est évanoui ; les temples des grandeurs anciennes ont été envahis , et Ton a eu le loisir de reconnaître la valeur véritable des objets qui reposaient sur leurs autels : cette religion I fini là.

La révolution a tracé une ligne de démarcation entre le passé et le présent: tout ce qui est au - delà de celui-ci , est un peu suspect

Comme il faut bien reconnaître que les grands et les nobles ont généralement montré de 1 eloignement pour la révolution , par-là même , il faut reconnaître aussi que la France les craint encore plus qu'elle ne les considère. Ce sont eux qui tiennent leurs noms à la baisse ; car , lorsqu'ils se trouvent portés par ceux qui , depuis trente ans, se sont tenus aux sentimens nationaux , dans ce cas malheureusement trop rare , la nation exhausse encore ces noms sur ce qu'ils ont fait pour elle , et, dans sa reconnaissance , elle les grandit de tous les sacrifices qu'elle suppose lui avoir été offerts par eux. Les Français ont vu trop et trop grand pour être frappés par quoi que ce soit ; le présent a délustré le passé.

Dans l'état actuel des esprits en France , tout est rapporté à l'utilité. Les Montmorency , les Rohan , les Châtillon , ne feraient plus , dans les départemens, les apparitions triomphales qu'ils faisaient dans les provinces. Les grands de France peuvent ressembler aux grands d'Espagne , qui se tutoyent entre eux pour se distinguer ; les nôtres peuvent s'honorer entre eux , et attacher respectivement une grande importance à leurs noms, à leur ancienne exis-

tence : les Français ne troubleront pas plus ces plaisirs qu'ils ne s'y associeront. Qu'il soit permis de le dire , la route des noms est changée ; jadis, pour avoir toute leur valeur, ils devaient aller du temps présent au temps passé ; maintenant , par une marche inverse, il faut qu'ils reviennent du temps passé au temps présent, et qu'ils s'y retrempent. Aujourd'hui , plus de Français savent les noms de Masséna et de Moreau , comme de Marengo et d'Austerlitz , que ceux de Couci ou de Rohan , de Bouvines ou d'Ivry. Lorsque, pendant quinze ans, toute l'histoire de la France , et presque celle de l'Europe a eu un intitulé Corse, la fumée du blason s'est trouvée tout-à-fait évaporée.

La considération des noms anciens est donc absolument nulle dans la proposition aux emplois publics. En elle-même , elle n'a aucun rapport avec eux. Ce ne sont pas les figures sculptées à la proue du vaisseau, qui lui donnent la force de se soutenir sur les flots et de braver leur effort ; c'est la force des mâts et des antennes, et l'habileté de la main qui tient le gouvernail.

On doit dire aussi que l'intention des récompenses dans l'ordre politique est changée. Lq

gouvernement représentatif n'admet que des services publics , et par conséquent , pas d'autres titres que la capacité. Un service public ne peut être une récompense , c'est une charge ; on ne récompense pas pour servir, mais pour avoir servi. Si le service se rapporte au prince, il récompensera par ses moyens propres : mais donner comme récompense d'un service rendu à sa personne r un service public, c'est renverser toutes les notions de la raison et du gouvernement représentatif. Des hommes, pour être restés à Londres , ou bien oisifs par fidélité , n'ont pour cela aucun droit , ni aucune aptitude h des évèchés. Le premier de tous les services , est le service delà patrie, et celui qui donne les premiers droits aux récompenses dont elle fait les frais.

De plus, à l'époque d'un établissement , lorsqu'il s'agit de consolider à la fois le prince et la nation , et surtout la nation pour mieux assurer le prince ( car si la nation n'était pas bien établie , le prince ne le serait ni bien, ni longtemps) , il semble que le prince, n'ayant à songer à lui-même, qu'en vue de l'État , n'a plus à consulter ni à satisfaire ses affections personnelles : VEtat n'est pas lui, comme disait

Louis xfiv, mais c'est lui qui est tÊtat; car ils sont identifiés ensemble , et la première dette acquittable par les moyens de l'Etat , est visà-vis de ce même Etat. Dans cette position , le prince, dans la distribution des places, est, pour ainsi dire, forcé à l'égoïsme , mais à un égoïsme d'état et de raison, d'après lequel il ne doit donner qu'autant qu'on peut lui rendre. Ce n'est pas au prince à prêter de la force à un homme , c'est à tous les hommes qu'il constitue en dignités , à lui prêter la leur propre ; il doit prêter ses grâces à cet intérêt bien légal assurément , et il perd ses places et son argent toutes les fois qu'il ne fait que les donnera des hommes qui ne sont bons qu'à les recevoir , sans pouvoir , de leur coté, lui rien rendre en force et en considération. Un général , un administrateur accrédités par des services entrés dans la mémoire de la nation , porteront bien plus d'appui au prince que ne le feront les courtisans ou les faiseurs de l'ancien temps, dont la génération actuelle n'a jamais entendu parler. Cette reconnaissance de la puissance individuelle, est bien autrement utile au prince , que la reconnaissance du seul sentiment d'un homme isolé et dépourvu de tout pouvoir dans la nation.

Montesquieu a dit une chose admirable par ces paroles : « Les courtisans vivent des grâces du prince , et les peuples de ses refus. » Le gouvernement représentatif est assez beau pour n'avoir pas laissé de place même à ces refus. Chez lui , il n'y a point de place pour les grâces , il n'y en a que pour la justice et le service public.

C'est d'après ces principes que les nominations aux places doivent être dirigées dans le gouvernement représentatif en général, et surtout dans notre position actuelle. Nous nous établissons , nous ne pouvons pas agir comme si nous étions établis ; nous devons rapporter tout à consolider cet établissement. De son côté , un établissement particulier du clergé tient une grande place dans notre établissement général , d'après le mauvais ordre de nos sociétés qui le rend partie nécessaire de Tordre politique. Le clergé peut exercer de l'influence sur l'opinion ; il est inévitable qu'il ne cherche à en acquérir , qu'on ne cherche à lui en donner , et même à lui en faire prendre. Sa composition est donc d'une importance majeure , et plus grande dans ce moment qu'elle le serait dans tout autre»

Pour s'être pressé de nommer les évêques et de les faire instituer, il est arrivé trois choses singulières.

i°. Un grand nombre, parmi les évêques nommés , ont résigné les postes qu'ils occupaient; ils ont subi des déplacemens, des séjours prolongés à Paris , souvent des dépenses supérieures à leurs facultés ; ils ont eu à supporter tous les désagrémens attachés à l'ébauche d'un Etat qui, de jour en jour, ne se complète point. Dans ces derniers temps , une indemnité leur a été attribuée. Assurément elle était bien légitime de leur côté ; mais elle n'a pas moins été onéreuse pour le public , puisqu'elle n'avait pas son motif dans un service dont il profitât. C'est une indemnité, une réparation d'un tort provenant d'un mauvais calcul ; le gouvernement représentatif n'admet point de traitement aux frais publics, sans service ; ici le paiement a précédé le service , et la trésor public doit payer une erreur de date , qui peut rester long-temps à sa charge.

2°. Les nommés sont institués par le pape. Leur mission est complète ; mais ce sont d'autres qu'eux qui en ont les titres, les bulles. Ils -ont évêques autant que tous ceux de la dire-

tienté; ils le sont devant Dieu, devant Rome ; il n'y a qu'en France, siège de leur mission, qu'ils ne le soient point, lis peuvent exercer en conscience , mais ils ne le peuvent pas en droit civil : tout cela est bien singulier.

3°. Parmi les évêques nommés , il y en a plusieurs dont les sièges n'ont point souffert de changement par le concordat de 1817. Tels sont les sièges de Paris, de Poitiers, etc. Je crois que leur nombre s'élève a douze. Leurs bulles étant arrivées à Paris , on a cru qu'il était bon et tout simple de les publier. Mais comme la loi présentée aux chambres skétait pas encore adoptée, il était nécessaire que l'enregistrement au conseil d'Etat fût fait en vertu de la loi de 1801 , comme étant la seule subsistante. Ici il se passait une chose singulière , c'est que les nommés en vertu du concordat de 1817 étaient installés en vertu du concordat de 180 1 que celui de 1 81 7 vient détruire, de manière à ce que la vérification de l'acte destructeur fût faite par l'acte détruit. C'est porter loin l'imbroglio et l'oubli des précédens. Les évêques se sont tenus pour avertis, et ont paru éloignés de recevoir des bulles, de l'acte même que leur titre de nomination détruit. En cela on ne

peut les accuser d'inconséquence. Rien de pareil n'aurait eu lieu, si l'ordre naturel eût été observé, c'est-à-dire, si 1er, nominations n'avaient (ait que suivre l'accomplissement des formalités ordinaires , au lieu de les précéder (1).

1 1°. Le rétablissement du concordat de i5i G, combiné avec l'abolition de celui de i8ol et des lois organiques, a fomenté des craintes pour les libertés de l'Église gallicane, comme pour le retour des annates.

Ces craintes sont sans fondement.

Que le gouvernement représentatif s'établisse en France, et les libertés de son église , comme toutes ses autres libertés seront en sûreté. Toutes ses garanties sont là. Avec le gouvernement représentatif, non plus militant mat£ triomphant, la stabilité de toute nature

(i) Il paraît que les évoques ont généralement obtempéré xux demandes de démission qui leur ont été adressées. M. i'évèque de Cambray a eu à résister à des instances qui étaient devenues pressantes. Il eût été singulier de voir remplacer un prélat accrédité par quinze uns de travaux , dans un diocèse qui compte neuf cent mille ames , par un homme qui depuis vingt-cinq ans était au repos ; et c'est ce qui allait arriver.

sera acquise. C'est de lui, comme cause, quli faut s'occuper avant tout, et non point d'elles, comme effets. Sans lui , je ne réponds ni de celles de l'Eglise , ni de beaucoup d'autres. D'ailleurs , ce que les parlemens ont fait sans le secours de l'opinion , le gouvernement représentatif, immortel interprète de cette opinion dont lui-même est l'ouvrage, ne le ferait pas! Ah! que Rome se garde bien de s'attaquer à lui , il lui faut d'autres institutions pour avoir où se prendre. On ne saurait assez faire de vœux pour que l'harmonie la plus parfaite soit invariablement maintenue entre Rome et la France , pour qu'aucun nuage n'obscurcisse la sérénité de l'horizon sous lequel elles ont à se rencontrer; mais, si un sort ennemi en décidait autrement , c'est alors qu'on connaîtrait toute la force que renferme en lui le gouvernement représentatif pour la protection des libertés de l'Eglise gallicane , et que l'on verrait si , avec lui , elles reposent sous une faible égide. Quant aux annates, le concordat de 1817 ne suppose pas leur retour. Il n'exclut pas non plus la continuation de l'accord fait avec Rome à la suite du concordat de 1801 , en vertu duquel le gouvernement payait 4000 francs par

renouvellement d'évéché, et 5ooo francs pour celui des archevêchés. On a déjà montré que l'ensemble de cette dépense , comme envoi de fonds à Rome, ne dépassait pas 20,000 fr. par anuée. Le nombre des sièges ayant été augmenté et porté à 92 , occasionnera une dépense de 00,000 fr. , ce qui équivaut à peine à la perte du temps que Ton mettrait à en parler.

Tel est l'ensemble des actes qui forment le corps du concordat , et qui , par leur réunion , montrent un acte d'une nature singulière ; les allocutions du pape , la lettre au moins modeste de M. le comte de Blacas, la revendication d'Avignon, le silence des agens français sur cette étrange résurrection des droits du pape, car ce concordat fourmille de revenans, la méconnaissance de l'autorité du congrès de Vienne auquel le pape doit la moitié de ce qu'il possède : tout cet amas de contre-sens et de maladresses a préparé le triste accueil que ce concordat a reçu. Sûrement les inconvéniens que nous venons de retracer ne trouvaient point de compensation dans la forme vraiment gothique d'une partie de ces actes. Une moitié des allocutions et des bulles du pape est consacrée à des réservations, injonctions, inhibitions, déro-

gâtions de dérogations , et autres clauses d'après lesquelles on ne sait vraiment que penser de tout ce chaos. On voit que le projet de loi présenté aux chambres renferme de son cote deux articles, les deux derniers, par lesquels on accepte des actes sans les accepter, sans approuver les clauses qu'ils renferment, en déclarant que lesactes faits par un autre ne pourront préjudiciel' à des lois, franchises, libertés que cet autre ne reconnaît pas : quel langage! quel vague ! quel est le particulier qui voudrait faire ses affaires de cette manière ? Que les chancelleries devraient bien se rajeunir et se persuader que la vétusté n'ajoute rien à la force des actes qu'elles scellent, et qu'au contraire elle leur fait perdre beaucoup de considération ! Que signifient les trois quarts des phrases dont se composent ces allocutions ? Que signifient les formules impératives et personnelles qui ont Fair de faire venir du côté du pape des créations de dotations pour lesquelles il n'a jamais fourni et ne fournirait pas une obole? car Rome reçoit , mais ne donne pas , il ne faut pas s'y tromper. Que signifient ces transports de joie pour la substitution d'un acte à un autre acte , qu'à une autre époque on avait consenti

avec tout autant de joie , mais avec beaucoup plus de raison de se réjouir? Comment nous faire entendre que les bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul sont charmés de voir abolir aujourd'hui ce qu'ils avaient été enchantés de voir établir il y a quinze ans? Est-ce donc que le ciel change d avis comme la terre ? Tout en ayant l'air de changer, dans le fait , il n'y a rien de changé : on se réjouit en 1817 , comme on s'était réjoui en 1801 et en 1 5 16. Chaque temps a ses joies : les chapeaux s'en vont pleuvant , comme ils faisaient alors; il n y a de changé que les têtes qu'on leur fait empourprer. Plaise au ciel que ces variantes ne soient jamais imputées à tort à la religion et ne donnent pas aux bienheureux apôtres des sujets de tristesse beaucoup mieux fondés que ceux des joies dont on les gratifie à leur insu. Il serait bien temps de parler aux hommes le seul langage qui peut dorénavant les affecter; celui de la raison , de la clarté et de la nécessité. Hors de là, ils n'entendent plus, ou méprisent.

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