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CHAPITRE XLV

État réel de la religion en France.

Cette espèce de statistique se compose, comme toutes les autres, de deux parties : le matériel et le personnel.

Sous le premier titre se trouve renfermé tout ce qui tient aux moyens de l'exercice du culte.

Le second comprend le ministre et le sujet du culte , les moyens d'influence de l'un et les dispositions de l'autre à l'égard du culte et de ses ministres. Si l'on s'en était rapporté aux descriptions pathétiques dont des déclamateurs ou des malveillans ont rempli l'Europe , descriptions qu'ils ont tenté de faire passer pour le tableau véritable de l'état religieux de la France , on aurait pu croire qu'il n'existait plus un édifice religieux sur la face de cette contrée , et que jusqu'aux pierres du sanctuaire , tout avait disparu. On aurait voulu persuader qu'il ne restait en France, ni un monument , ni un sentiment religieux. C'est encore ainsi qu'on représentait les champs de la France

comme ayant cessé de se charger de moissons , pour ne plus produire, comme ceux de Cadmus, que des hommes couverts d'armures et prêts à s'égorger. L'étranger qui arrivait en France , et qui ne la connaissait que par ces descriptions, restait confondu en la voyant, et cherchait ces destructions, ces ruines, ces terres sans culture ; et à la vue des moissons exubérantes , de la culture la plus animée , des constructions nouvelles, des canaux, des monumens, d'un ordre parfait établi partout, il se demandait si c'était bien le pays dont les relations et l'aspect étaient si différens entre eux. En 1814, le duc de Wellington et le cardinal Consalvi, arrivant, l'un par Calais, l'autre par Lyon , me peignaient l'étonnement dont l'état de la France les avait remplis après un quart de siècle d'orages. C'est qu'ils l'avaient jugée d'après ce qu'ils avaient lu , et que dans ce moment ils la jugeaient comme ils la voyaient : et il y avait une grande différence entre le modèle et le portrait,

C'est ainsi qu'en i8i5et 181 4 on aurait cru, à entendre ces déclamateurs , qu'il ne restait plus un homme en France ,* et voilà que depuis deux ans on menace d'une surcharge de

( is> )

population ; suivant ces homVjies, alors tout le monde était mort : aujourd'hui tout est plein , tout abonde, tout regorge; et cependant la nature n'a pas interrompu ses lois, pour faire des hommes de vingt ans avec des hommes de quatre ans.

Cela suffit pour donner l'ide'e de la manière dont on e'crit sur la France. Elle a presque toujours été peinte par des hommes, enfans dénaturés autant qu'insensés , pour lesquels la patrie n'était jamais ni assez dévastée , ni assez coupable , et qui faisaient leur bonheur de ses malheurs ou de son déshonneur. Eh bien ! voilà encore comme l'on a écrit sur son état religieux.

Pour le matériel , des observations faites avec soin prouvent que, hors Màcon (i), et quelques autres lieux en fort petit nombre, la destruction des édifices religieux n'a point été à beaucoup près aussi générale qu'on s'est plu à le dire , et cela très- heureusement. Elle s'est étendue

(1) Màcon avait perdu toutes ses églises. Il n'y avait de local pour le culte, que la chapelle de l'Hôtcl-Dicu. En passant à Màcon , en i8o5 , Napoléon assigna des fonds pour la constiuction d'un édifice religieux, qui déjà en 1811 était complètement achève" , et qui est fort beau.

particulièrement et comme systématiquement aux édifices que Ton peut appeler de luxe, ou superflus, tels que ceux des couvens, des collégiales et autres du même ordre. Les cathédrales et les paroisses ont presque toutes été respectées, par l'instinct de la nécessité : il y a eu de la raison jusque dans la destruction. Il faut savoir gré au clergé constitutionnel d'en avoir préservé un grand nombre. Comme il était le clergé de la révolution , et qu'il marchait avec elle , il a pu amortir quelques-uns de ses coups : c'est là l'espèce de crédit et de force que Ton peut trouver auprès de ceux qui se lient à un ordre de choses, quel qu'il soit. Si , généralement parlant , ils n'ont pas le pouvoir de faire le bien, du moins peuvent -ils souvent empêcher le mal. Le clergé constitutionnel a tempéré les effets de celui-là à l'égard des édifices religieux. Dans ces temps, le prêtre servait de sauvegarde à son église; et, si ailleurs les hommes se réfugient dans les temples , alors c'étaient les temples qui étaient comme réfugiés auprès de ces prêtres.

Depuis 1802, les ruines ont disparu avec une merveilleuse célérité : nulle part elles n'affligent les yeux ; partout les édifices religieux

sont en nombre suffisant pour le service essentiel de chaque endroit. Dans quelques-uns, il se trouve au-delà du nécessaire : les évèchés , les presbytères , les séminaires, des maisons de retraite, ont été rendus ou remplacés par des achats et des locations aux Irais publics. Le temps perfectionnera tout.

Le nombre des prêtres est suffisant dans chaque diocèse pour le service vraiment nécessaire-, car il ne peut être question du luxe, ni de cette multiplicité propre à satisfaire des fantaisies plutôt que des besoins réels. Il n'est pas nécessaire de s'occuper beaucoup de ces personnes désœuvrées qui à elles seules occuperaient un prêtre plus que ne le ferait une paroisse toute entière. Dans l'état actuel , depuis l'évèque jusqu'au vicaire, il est pourvu à tout ou presque atout. Dans beaucoup de pays il n'y en a pas davantage , et la religion fleurit; mais il est des gens persuadés qu'il n'est point de religion là où tout n'est pas couvert d églises et de moines. Déjà des diocèses sont en état de donner le stiDerflu de leurs mois-

sons à d'autres diocèses dont la régénération est moins avancée que la leur. II est en France des diocèses qui ressemblent à des terres lévi-

tiques , dans lesquelles les prêtres ont l'air de croître naturellement ; le nombre des familles, leur défaut de fortune , l'habitude et l'exemple y multiplient les vocations ; chaque maison veut faire son prêtre. Ces diocèses sont des réservoirs toujours prêts à verser l'excédant de leurs sujets dans les contrées où les occupations et le goût des habitans sont moins dirigés vers la cléricature. Eh bien , ces espèces de cessions ont repris leur cours accoutumé. Le diocèse de Saint -Flour, quoique dépourvu d'évêque depuis dix ans , a fourni , dans le cours de 1817, trente-trois ouvriers de cette espèce aux autres diocèses de France. Ceux-ci, avec encore un peude temps, ne resteront pas étrangers à la même abondance ; car, dans tous , les séminaires sont remplis par une jeunesse florissante, qui s'apprête à combler les vides qui peuvent encore avoir lieu, et qui empêchera qu'ils ne se renouvélent.

J'aime a présenter cet espoir à la France religieuse et sociale , comme aussi à des hommes trop prompts à s'alarmer et à se plaindre que tout ne soit pas encore fait : comme si l'on pouvait tout faire en un jour ; comme si, après de grands malheurs , la certitude qu'avec le

temps tout sera fait, n'offrait pas la seule perspective que la raison puisse présenter. Ce que l'on avait fait dans un temps , on saura bien le faire dans un autre ; on a établi le culte une première fois , on le rétablira bien une seconde : à cet égard, le clergé du concordat de 1801 a rendu d'immenses services : c'est lui qui a tout réparé.

Il se rencontre quelquefois des manières bien singulières d'envisager les choses. Plusieurs palais épiscopaux ont été attribués aux préfectures dont l'établissement est antérieur à la restauration religieuse. La possession de ces palais est devenue un sujet de contestations souvent trèsvives entre le préfet et Féveque. et même le pays. J'ai vu des lieux où cette occupation par une autorité civile était un objet d'horreur , et portait à penser que la religion ne serait pas rétablie tant que l'évèque ne serait pas réinstallé entre les murailles qu'avaient habitées ses prédécesseurs. Une pareille manière de voir n'est propre qu'à matérialiser ce qu'il y a daus le monde de moins matériel, qui est la religion , comme à la faire rapporter à des choses qui sont loin detre elle-même. Il est évident que ces faux jugemens proviennent de la mau-

vaise instruction répandue parmi le peuple, La soustraction de la grande fortune du clergé , chose déplaisante pour les titulaires , comme injuste à leur égard , est aussi devenue un texte de plaintes très- vives, moins encore de la part de ceux qui en souffrent que de celle de personnes que d ailleurs l'on ne voit point faire des sacrifices bien héroïques pour le clergé, mais qui usent de ce prétexte dans des vues intéressées. En temps de parti , toute arme est bonne. Le clergé n'est plus riche : plût au ciel qu'il ne l'eût jamais été! la religion n'eût jamais été attaquée : l'Allemagne, l'Angleterre , l'Amérique du nord seraient encore catholiques. J^a fortune a fait rejeter la foi ; la fortune avait causé les extorsions , les contentions : quand, ainsi qu'il arrive toujours, les excès d'un côté et la patience de l'autre furent à bout , on déchira pour se délivrer , on se sépara pour n'avoir plus à y revenir, on changea d'autels pour se décharger des offrandes, on substitua des autels simples et pacifiques à des autels dévorateurs etdespotiques : car voilà toute la réformation. Les princes laissèrent parler les docteurs entre eux, mais ils s'arrangèrent de leur côté. Les uns ne tenaient avec les autres que

par la crainte de l'ennemi commun. Loin donc de plaindre la religion de la perte des biens de son clergé, il faut l'en féliciter.

Le concordat de 1801 a résolu le problème autant qu'il puisse l'être. J'ai montré dans l'article relatif à cet acte, qu'il avait fait tout ce qu'il était opportun de faire dans les circonstances, et qu'avoir donné au clergé ce qu'il était bon qu'il eût, en lui refusant ce qu'il était mauvais qu'il possédât , était avoir servi la religion et le clergé dans leur intérêt véritable, et qu'en pareil cas, le superflu nuisait plus que le défaut même du nécessaire. Conçoit-on, après tout ce qui venait de se passer, un contre-sens plus formel , comme plus propre à blesser tous les yeux , que le spectacle d'un clergé dans l'opulence ? Non , il n'y avait de sûreté pour la religion comme pour le clergé que dans la médiocrité, et même dans les sentimens douloureux qu'ils pouvaient encore exciter; les commettre de nouveau avec l'envie , était la perte de tous les deux à la fois.

Le budget actuel du clergé à la charge du trésor s'élève à vingt - neuf millions. 11 faut y ajouter les dépenses locales, telles que lessuppl mens de traitemens, l'entretien des cathé-

drales , les loyers et entretiens des évêchés , séminaires, presbytères, et de plus, à la charge des particuliers, le casuel et lesmesses. La totalité de ces frais ne peut s'élever a moins de cinquante millions, qui , répartis entre quarante mille têtes, font pour chacune i25o francs. Gela correspond à Tétat des juges et des militaires des grades inférieurs, qui vivent dans l'état de famille, et qui peuvent être assujétis à des dépenses plus considérables que celles qu'ont à faire les curés des campagnes.

En examinant ce qui s'est passé en France, depuis 1814, et les douleurs qu'elle a eu à supporter , on trouve qu'elle a usé d'une admirable générosité sur deux points, la liste civile et le clergé. Près de quarante millions pour l'une (i), près de trente millions pour l'autre,

(1) Y compris les domaines , qui , dans les mains de particuliers , dépasseraient un produit de 5;ooo,ooo f.

Il faut j ajouter le paiement des dettes évaluées à 25,ooo,ooo f.

Les palais , mobilier » f.

Les restitutions aux maisons de Condé et d'Orléans dépassent , en valeur foncière , la somme de aoo;ooo;ooo C

dont neuf millions depuis la fatale époque de 1 8 1 5 : cela est sans exemple dans aucun pays du monde. L'assemblée de 1814 crut ne faire jamais assez; elle se mit à donner, comme si I on avait du reste , comme si Ton était encore au temps de Louis XVI et de Napoléon. Dans l'un , il y avait famille nombreuse , et lieu à dédommagement pour ce que I on avait perdu dans une autre sphère. Dans l'autre , il y avait richesse immense et croissante , un empire avec un milliard cent millions derevenus , etuncper* spective sans bornes(i). Aussi , en 18 14 ,lesob-

(1) Il est étonnant que l'on n'ait pas fait sentir cette différence dans la discussion qui a eu lieu cette année , au sujet de l'attribution de 5oo,ooo fr. de rentes du domaine de 1 extraordinaire aux officiers de la cour. Elle avait lieu sous Napoléon : cela est vrai. Mais quelle différence dans les temps ! Il avait créé ce domaine , il était attribué à ses compagnons de victoires ; cette somme n'en formait qu'une soixantième partie. Ici c'était la fin de ce même bien. Sous Napoléon, il pouvait s'accroître tous les jours ; l'État était immensément riche , allait croissant. Rien de tout cela n'a lieu aujourd'hui. Ces considérations sont d'un autre ordre que celles qu'a fait valoir l'orateur qui a le plus influé sur cette décision. Ceux qui jouissent de ces 5oo,ooo fr. de rentes n ont rien fait pour la France. On n'aperçoit pas la nécessite' de l'appauvrir pour les enrichir. Il y a de quoi les payer , dans 5o,ooo;ooo fr. de liste civile Les chambres sout d§*-

servaleurs comparaient - ils ces immenses dotations avec la frugalité des princes qui entre eux n'avaient pas autant à dépenser que celui qu'ils remettaient sur le trône.

Depuis la restauration, la France est le seul pays de l'Europe dans lequel on se soit conduit envers le clergé dans une juste mesure. En Espagne on lui a tout abandonné. Là, on a l'air de lui faire la cour, et de penser modestement que l'on ne peut régner que par lui. Cela est

linées à avoir souvent à faire à l'avidité des courtisans ; les demandes captieuses, des extorsions plus ou moins bien palliées ne leur seront pas épargnées : toujours les courtisans visent à l'argent ; c'est leur maladie de tous les temps. Voyez leurs mariages.

Il y a beaucoup de lois sur les finances. On n'a pas encore établi un principe pour écarter à jamais toute demande et tout don qui n'aurait pas trait à un service public.

Dans la circonstance dont j'ai parlé plus haut, il semble, que l'on devait se diriger moins par un exemple que par le sentiment des convenances, qui pressait de disposer de la fortune publique sans le consentement des chambres , et de s'autoriser de l'exemple de celui que, sur tant d'autres points , l'on réprouve ! Maintenant, que MM. les courtisans ont les mains garnies , et jouissent à l'abri d'une loi , on a promis qu'à l'avenir, c'est-à-dire quand il n'y aurait plu* rien à prendre, l'on ne prendrait plus rien.

très-digne des lumières qui brillent dans celte Afrique de l'Europe. Il est vrai aussi que le clergé a signalé sa reconnaissance en s opposant tant qu'il l'a pu aux plans du gouvernement , surtout à ceux qui peuvent l'atteindre; il est pour M. de Garay comme le clergé de France est pour le ministère du 5 septembre.

Dans la Belgique , les améliorations n'ont pas dépassé les évèques et les cathédrales.

En France , les choses ont été portées au point indiqué par la raison, c'est-à-dire, par la nature des choses. Il est indispensable que le prêtre trouve dans son état subsistance et considération : sans cela, point d'état, point de ministère, point de religion ; mais , d'un autre coté , il faut aussi songer à ne pas éloigner du clergé , en le faisant sentir comme un fardeau ; l'embarras vient du nombre s la moindre au£mentation force de compter par millions. Ceux pour lesquels les sacrifices sont le moins pénibles, ou qui peuvent même s'y complaire, forment le petit nombre , comme les riches le sont partout. Mais la masse, formée des hommes auxquels le retranchement de la plus petite partie d'une fortune laborieusement acquise est bien pénible, en juge tout autrement , et pourtant

c'est le plus grand nombre. Il ne faut pas juger de ses dispositions par la facilité avec laquelle certaines personnes font ses honneurs , et parlent de centimes additionnels. Toutes les allégations de décence ou de bienfaisance qui agissent avec force sur l'esprit des uns , ne font que glisser sur l'esprit de ceux qui sont placés tout autrement dans l'ordre de la société ou dans les degrés de la fortune , et qui déjà souffrent en tant de manières. Quand donc on vient à parler d'impôts pour le clergé , à des hommes vexés en cent façons , qui ont bien de la peine à pourvoir à la subsistance de leur famille, on court risque de les aliéner du clergé : et cependant ils forment la plus grande partie du troupeau. Pour un riche et quelques hommes aisés qui habitent un village , il y a cinquante familles pauvres que «toutes les souffrances de leur curé attendrissent moins que celles de leurs enfans, auxquelles il serait peu facile de faire entendre qu'elles doivent se mettre à l'aumône pour relever le ministère ecclésiastique, et donner à leur curé les moyens de faire la charité. Il ne faut pas commencer par dépouiller pour donner les moyens de soutenir. Ne dépouillez pas , on n'aura pas besoin

tfètre soutenu. C'est ce qui glaçait d'effroi les hommes clairvoyans et vraiment amis du clergé , à la vue des largesses intempestives que l'assemblée de 1 8 1 5 lui prodiguait. A cette époque on aurait dit qu'on ne pouvait donner assez ; que la France ne renfermait que la tribu de Lévi ; qu'il fallait faire présider chaque famille par un lévite; et que le peuple devait se trouver trop heureux de mettre aux pieds de son clergé ce qu'il a\ait pu sauver des désastres de deux invasions, de vingt conscriptions , et des inclémences des saisons. Si, en, i8i4j 'a France était considérée p~r quelques hommes comme une terre d'indemnités pour Ks émigrés , en i8i5 c'était le tour du ch rgé. Tout devait lui appartenir. Ou ne saurait croire le mal que cela lui a fait , et combien ces enipressemens inopportuns ont détaché de lui des hommes qui , sans ces tendresses sincères ou affectées , mais toujours malencontreuses , ne demandaient qu'à se rallier à lui. Souvent des amis indiscrets sont ceux qui nous font le plus de mal.

D'après cet exposé, on peut juger que le matériel du clergé est sullisamment établi : le ministère est assuré ; il sera abondamment

pourvu dans quelques arme'es. La faculté d'acquérir, rendue au clergé, complétera l'œuvre; encore un peu de temps, et le gouvernement sera dans le cas d'user de la faculté que les lois lui ont donnée de régulariser la bienfaisance dont le clergé pouvait être l'objet. Il aura plutôt à arrêter qu'à exciter. On peut s'en rapporter à l'esprit de corps , surtout avec les moyens qui sont l'apanage particulier du clergé. Celuici doit s'éloigner avec soin des souvenirs de son ancien état, comme de cette espèce de courtisansque donne le malheur, qui s'imaginent faire montre d'attachement et se faire valoir en rappelant sans cesse ce que l'on a perdu. Etrange consolation ! et qui, en rouvrant les blessures faites par le passé, versent du poison sur le présent et sur l'avenir. Des hommes prétendent consoler au milieu de douleurs aiguës, en disant que l'on n'a que cette maladie; autant vaut consoler de la mort en alléguant qu'on ne meurt qu'une fois.

L'habitude de voir le clergé occuper de grandes possessions a créé cette disposition à former comme à exhaler des regrets chagrins, parmi ceux qui ont été les témoins ou les jouissans de cette opulente existence. La nouvelle

génération sacerdotale, qui n'a pas vu cet ordre, n'éprouvera pas les mêmes émotions ; l'ancien clergé, en se rappelant ses anciens temples, pleure comme faisaient les Juifs à l'aspect du nouveau. Le nouveau clergé , qui n'aura pas vu ce merveilleux temple de Salomon, lira dans son livre de la Sagesse qu'il est inutile de s'occuper de ce qui fut, et qu'il est conforme à la raison de se renfermer dans le présent , de s'en contenter, et de s'y dévouer avec sincérité.

On a demandé si , en 1801 , le clergé aurait pu se soutenir par les seules oblations des fidèles. C'était demander s'il y avait de la religion en France. Dès qu'une chose est un besoin ? et surtout un besoin d'un ordre supérieur, rien ne lui manque. Quel est le besoin réel de la société qui n'est pas desservi? quelle est la profession qui ne suffise pas aux besoins de ceux qui l'exercent? Quel est le clergé, soit catholique, soit proteslant, qui manque di: moyens de subsistance? A leur tour, quels sont les catholiques ou les proteslans qui, indépendamment de l'Etat , manquent de pasteurs? Cela n'est encore arrivé dans aucun pays de la terre. Partout le besoiu rapproche les

hommes et leurs fortunes. De quoi vivent les ministres protestans, le clergé catholique de Saxe, de la Hollande, d'Angleterre, dlrlande, d'Amérique? Les deux clergés, ennemis sur beaucoup d'autres points , se réunissent sur celui-là : il en eût été de même en France. Pour cela , il ne s'agissait que de savoir s'il y avait dans ce pays un désir véritable de la religion ; s'il existait , dès lors elle ne pouvait manquer de ministres : des hommes religieux se passeraient de pain plutôt que de culte. On en avait vu la preuve pendant la révolution et la persécution -, jamais les prêtres n'avaient été ni plus recherchés ni mieux traités. On voyait les prêtres de la petite Eglise abonder en tout. Je puis attester que, dans le diocèse de Poitiers, leur sort était beaucoup meilleur que celui des prêtres salariés d'après le concordat. Mais il y a des pays dans lesquels on a pris l'habitude de faire tout faire par le gouvernement, pays dans lesquels lui seul doit avoir des yeux, des pieds, des mains, de l'esprit ; dans lesquels on semble se méfier de l'intelligence des hommes et de leurs facultés d'agir et de se mouvoir ; dans lesquels un seul est chargé de tout donner, et les autres seulement d'accepter ; tandis qu'au con-

traire l'action du gouvernement ne doit être que le supplément de ce que les individus isolés ne peuvent pas faire. Cette habitude est la conséquence du pouvoir absolu, et de l'annulation des nations au profit d'un seul. Le midi de l'Europe, séjour du despotisme , a été beau* coup plus que le nord infecté de cette pratique. En Angleterre , ce sont les particuliers qui seuls font presque tout....

Le personnel religieux de la France, comme celui de tout pays, se compose, ainsi qu'il a été déjà dit , du sentiment religieux des peuples, et de l'influence des ministres sur eux. L'effet touche à la cause , et la cause à l'effet.

Quant aux premiers , il faut distinguer entre les sentimens et les actions. Il peut se trouver entre eux un contraste qui déroute presque tous les calculs, celui par lequel un sentiment très-religieux ne se trouve pas lié à l'observance stricte des préceptes légaux. Or, voilà le tableau que présente la France religieuse.

Je vais proférer un mot qui étonnera dans des sens différens. Mais que l'on veuille bien aller jusqu'au bout :

Jamais la France ?w fat plus religieuse qu'à F époque actuelle.

Elle l'est plus qu'elle le fut, réellement à une époque bien renommée dans les fastes de la dévotion , celle de Louis XIV.

Elle l'est sans comparaison beaucoup davantage qu'elle le fut sous Louis XV, temps de la plus grande licence irréligieuse.

Il faut s'entendre.

Par sentiment religieux, celui qui fait l'attachement à la religion , je n'entends pas seulement rattachement à tel ou tel culte, l'observance seule des préceptes légaux ; mais j'entends cette affection du cœur, provenue de la conviction de l'esprit, qui attache à une chose par le sentiment de ses attributs. Appliqué à la religion , ce sentiment attache à la religion en général avant tout , et puis après à tel culte , comme partie de cette religion. Le sentiment religieux est la base ; c'est sur lui qu'il faut bâtir. Il doit être le même dans tous les cultes et dans tous les pays ; partout il faut commencer par se pénétrer de la nécessité et des avantages de la religion : on passe ensuite au culte. Conçoit-on une entreprise plus digne de risée , que celle d'élablir une religion , sans s'être assuré d'abord d'un sentimentvraiment religieux? A quoi tient-elle alors? Lorsque les hommes

tiennent à une chose par le sentiment d'un iutérèt reconnu généralement, la chaîne devient forte, sans être lourde, comme sont toutes les chaînes volontaires ; tous les anneaux sont entrelacés les uns dans les autres ; toutes les parties s'appuient mutuellement , et forment entre elles un faisceau indissoluble. Alors la religion entre dans les mœurs d'une nation , au lieu qu'autrement la nation n'entre que dans les pratiques 5 les premières sont des gages de durée , les secondes ne sont les gages de rien.

Par conséquent , pour évaluer l'état religieux d'un peuple , il faut savoir à quoi il rapporte sa religion : s'il la confond avec ses intérêts propres , s'il y tient par conviction , par réflexion , par l'expérience des maux attachés à son oubli ; alors il est solidement religieux, il ne se détachera pas plus de sa religion que de ses plus chers intérêts, car il la place à leur tète : voyez l'Angleterre et les pays du Nord. Le culte extérieur est presque nul : point de bruit, peu de solennité, presque pas d'actes religieux , un clergé rare et simple , point de couvens, de moines, de congrégations; et cependant , voyez si le cœur des hommes qui habitant ces contrées est pénétré de religion. Es-

sayez de les y faire manquer ,de les faire railler de leur culte , de les en priver, et vous sentirez bientôt h quelles fortes ancres il était attaché dans leurs cœurs. Aujourd'hui, Rochester et Boîingbroke seraient traites en Angleterre comme Diderot et Crébillou le fils le seraient en France. Pendant toute la révolution , l'Angleterre et le Nord ont-ils été souillés d'un seul acte irréligieux ? Et pendant ce tem ps qn e fa i sa i t la France ? Cependant, d'un côte se trouvait la surcharge du culte extérieur , et de l'autre presque son absence. D'où vient la différence ? c'est qu'ici la religion était sur les livrées, et la dans les cœurs. Remettez- la donc dans le cœur, si vous voulez qu'elle soit en lieu de sûreté, et qu'elle cesse de s'arrêter à l'éeoree, mais qu elle pénètre en dedans. C'est là que se trouve ce lieu de sûreté de l'Evangile , dans lequel le dé[,ot ne craint ni le ver ni la rouille. La France couverte de monumens et de moyens de culte, exploitée, j'ai presque dit labourée, pendant cent ans par les jésuites et les jansénistes, s'est trouvée, un jour, sans religion ; et des pays dans lesquels le culte silencieux fait à peine entendre sa voix > se sont trouvés remplis de religion. Ceci est trop gra-

ve , pour ne pas renfermer un enseignement p ru fou d.

Le mal venait de plus loin , de Louis XIV. Non , sous Louis XIV, à coté de Fénélon et de Bossuet , il n'y avait pas une religion véritable , un vrai sentiment religieux ; il y avait de la pompe dans le culte, de la propension à dogmatiser, à disputer, fruit des querelles avec les proteslans et les jansénistes; il y avait de la théologie, une religion politique par opposition au protestantisme, au jansénisme; de la haine pour les autres cultes , par l'ignorance absolue des principes de la tolérance ; mais il n'y avait pas un vrai sentiment religieux. Depuis le protestantisme, la religion n'avait été qu'un instrument politique tantôt entre les mains du roi de Navarre, des princes de Coudé, des Coligny, desSoubise , et des grands de ce paiti, tantôt dans celles des Médicis avec leurs Italiens venus en France, des Guises, des Montmorency, et des grands, ennemis des premiers , et qui faisaient du catholicisme un drapeau. Mais tous ces gens-là n'aimaient point la religion d'un amour de cœur, d'esprit, de r flexion ; i!> n'avaient pas une seule fois dans leur vie raisonné sur la nature de la religion ;

ils n'y cherchaient que la partie utile à leurs intérêts. L'on était fort dévot sous Louis XIK, et Ton soutenait les protestans de la Hollande , de la Suède et de l'Allemagne, pendant qu'on les écrasait en France. Tout cela n'était que de la politique.

Louis XIV et les hommes de son temps ne se sont occupés de la religion que comme d'une chose positive, légale, et faite en opposition avec les hérétiques du temps , regardés comme les jacobins du siècle. Etait-il vraiment religieux , ce temps où depuis le monarque jusqu'au dernier des sujets on vit tant de désordres éclatans ; où la dissolution des mœurs , la fureur des duels, la frénésie clu jeu, l'amour du vin , les rapines des traitans, formaient l'état habituel de la société; le temps où l'apparition des Voisin et des Brinvilliers , ces modernes Locustes , suspendait les relations ordinaires des familles , et faisait craindre à chacun l'approche des mains auxquelles il avait l'habitude de se confier?ïNiotre âge tant insulté (1) n'a rien produit

(i) On voit des hommes faire leur bonheur de célébrer les crimes qu'éclaire notre âge , et que les journaux répandent à grand bruit. On en pren^ occasion cTaetiiser, i.e

de pareil. Etaient-elles religieuses les illustres chrétiennes de cette cour , que Saint-Simon

maudire le siècle, de lui adresser toutes sortes d'injures, et d'en faire la lie des siècles.... Mais que l'on veuille bien

songer à ce qui se passait dans d'autres temps Le siècle

de Louis XIV a éclairé plus de crimes que le noire Que

n'a-t-on pas vu sous Louis XIII ? Henri IV assassiné trois

fois ; Louis XV assassin*! ; L'affaire des Lally , des Calas

Plus de vingt mille lettres do cachet distribuées par le seul duc de La Vrillière. La despotisme tant reproché de Napoléon , n'a rien produit de pareil à l'homme au masque de

fer; ce trait , fait pour les palais de l'Orient Voyez ce que

S.iint-Simou dit du despotisme de Louis XIV et de son inquisition. Il a plus fait la guerre que Napoléon : avec moins de vingt millons d'hommes en France, il a tenu sur pied des armées proportionnellement plus considérables que celles de Napoléon. Dans l'histoire guerrière de celui-ci, se trouvet— il quelque ehûSC de comparable à la brûlure systématique du Palatinat. Louis XI\ a traité le pape , dans la misérable affaire des franchises . presque aussi mal que Napoléon a traité Pie \ II ; il allait envoyer une armée en Italie pour occuper Rome. Le cardinal de Fleury a distribué plus de lettres de cachet pour la bulle Unigenitus , que Napoléon ne l'a fait pour rester le maître en France et en Europe.... Napoléon a-t-il rien fait de comparable à la revocation de i'édit de Nantes , et à la guerre des Ce venues9.... Ceci n'est point dit pour déprécier aucun temps , mais pour apprendre à ne pas déprécier , calomnier , en montrant combien les répresaittit sont faciles

rends justice à ce qu'il y a eu de beau et de grand dans

nous peint désertant la chapelle de Versailles, à la voix perfide de Brissac, qui, pour mettre à

le siècle, dans la personne, et clans l'esprit de Louis XIV. Je sais distinguer entre ce qui fut de lui , et ce qui sortit de cette veine brillante de talens et de génie , qui vint étaler devant lui ses richesses pour décorer son règne. Quand il

en fut à ses propres créatures, cela fut moins bien mais

je me sers de ces exemples pour apprendre à s'abstenir de faire d'un temps une espèce d'acte continuel d'accusation

contre un autre Est-il rien de plus ennuyeux , de plus

dépourvu d'esprit, et de plus méchant tout à la fois, que de dire sans cesse le grand siècle ? Ce qui nous rend plus sensibles sur les difformités du temps actuel , c'est que nous sommes façonnés à une meilleure civilisation. L'exil de madame de Staël et celni de madame de Chevreuse, ont plus lait crier que toutes les lettres de cachet du cardinal de Fleury. Ceci est excellent. En établissant des garanties dans le corps de la société , en faveur de chacun de ses membres , la communication des hommes entre eux leur donne cet appui, que les gouvernemens n'osent guère franchir ; ils sentent qu'ils ont besoin de leur réputation comme les particuliers. C'est un grand perfectionnement social ; il rend les menagemens aussi nécessaires que les actes de rigueur et d'arbitraire étaient usuels , et presque admirés comme preuve de la grandeur du pouvoir.

De nos jours , Lauzun et Fouquet ne se rencontreraient pas à Pignerol après de longues années de détention. On ne verrait plus , comme cela a eu lieu sous Louis X\ r un vieillard oublié dans les cachots de la Bastille , et deman-

l'épreuve la vertu de ces anges , kur annonçait l'absence du roi aux yeux duquel ce pieux troupeau se montrait journellement empressé de venir étaler sa ferveur et son assiduité dans ce temple, ou, comme Phèdre, elles ne venaient que pour

Offrir fout à ce Dieu qu'elles n'osaient nommer (i) et (2)?

I~ tait-il religieux ce temps où l'on passa sans intermédiaire du séminaire de madame de Mainlenoo , et de ses jésuites aux saturnales de la régence .} Est-ce donc qu'un peuple vraiment religieux abjure dans vingt -quatre heures? IN on, il ne Tétait point, il ne pouvait pas l'être ; pour qu'il l'eût été , il faudrait démentir

dant d'y être ramène, comme dans le seul endroit qui lui retraçât des souvenirs. Pendant sa longue détention , causée parles affaires du jansénisme , tout ce qu'il avait connu avait cesse d'exister; il se trouva sans liens dans le monde, et, chose épouvantable , sans autre patrie que la Bastille.

(1) La Bruyère a-t-il eu raison de dire :

De quoi un courtisan n'est-il point capable , puisqu il peut même se faire dévot ?

(2) Ce trait est rapporté dans les Mémoires de Saint- Simon Il est fort curieux et amusant.

le coèur humain ; il ne se laisse pas entraîner en masse à des transitions si subites.

Ainsi que la vertu , le vice a ses degrés ; Et jamais Ton n'a vu la timide innocence Passer subitement à l'extrême licence (i).

Racine.

Le règne de Louis XV, rempli aussi de querelles religieuses, est l'époque à laquelle la

(1) On avait une singulière manière cl ètre religieux dans le temps de Louis XIV. La vie se passait en débauches ; la vieillesse arrivait, avec elle les directeurs , les confesseurs , et une pénitence publique en expiation d'une vie entière de désordres. A quoi cela conduisait-il? A ce que chacun fît de même, et donnant les deux parties valides de la vie à sa satisfaction propre , réservât la partie invalide pour Dieu. Un pareil partage n'était-il pas une dérision ? Aussi, malgré oes exemples de conversion finale, le désordre allait se soutenant , parce que chacun comptait faire de même. On voulait édifier , on ne faisait que prêter de l'appui au désordre.

C'est un ouvrage écrit avec dignité , et dans d'excellentes intentions , que la Vie de Fénélon , par M. le cardinal de Beausset ; mais qu'il est aisé d'en faire la plus cruelle satire du règne de Louis XIV et du clergé !

Quels tableaux offre cette cour pleine d'adultères et de jésuites ! Ces grands princes descendant à des alliances si bizarres; cette madame de Ma in tenon , centre de la théologie ; tous ces curés , ces supérieurs de séminaire , disputant, distinguant, divisés et groupés autour d'elle ; cette madame Guyon ; occupant et tourmentant Louis XIV ?

France fut le moins religieuse; car à Dieu ne plaise que j'associe le nom sacré de la religion à celle orgie de quarante ans , de la fange de la- (jueile s'élevèrent les vapeurs qui ont formé

Fénélon et Bossuet, ces deux prélats, l'honneur éternel de l'Église , du cœur et de l'esprit humain , so déchirant ; l'auteur du Télémaquc prostituant sa plume à répondre à tous les Factum dirigés contre lui ; Bossuet, condamnant la composition du ïélémaque par un prêtre ; le neveu de Bossuet appelant Fénélon un monstre, poursuivant à Rome sa condamnation avec un acharnement et par des voies détestables ; un ecclésiastique de nom , grand-vicaire de Fénélon , qui , vaincu par le spectacle de sa vertu, tombe à ses genoux , et va s'enterrer à la Trappe , en lui avouant que depuis dix ans il est l'espion de la cour auprès de lui; et, pour compléter le tableau, le duc de Bourgogne , dans son passage à Cambray , osant à peine adresser quelques mots à son instituteur , dans son propre palais , et le lui déclarant. Sûrement , en écrivant cet ouvrage , son auteur croyait faire une chose religieuse et éclairée. Eh bien , il dégradait à la fois Louis XIV, sa cour et son temps, surtout pur les extraits des écrits de Fénélon sur Louis XIV , qui n'a jamais été peint d'une manière plus propre à ternir l'éclat de sa renommée. Il dégradait les deux héros de son ouvrage , car n'y cherchez ni Bossuet ni Fénélon , vous n'y trouverez qu'une dupe et un ennemi de madame Guyon, deux rivaux agissant l'un contre l'autre avec toute l'obstination de l'amour-propre , et toute la souplesse des cours. M. le cardinal s'est trompé ; il a voulu élever un monument <i Fénélon , il aurait renversé ceux qu il a obtenus dans tout

les foudres sous lesquels ont succombé nos temples. Dans aucune époque comme la religion ne fut plus méprisée, plus délaissée aux basses classes, plus exilée de la bonne compagnie, plus ironiquement proscrite par le bon ton, plus largement frappée de tous les genres d'opprobres et de dérisions. Le théâtre et les arts semblaient ligués contre elle. Point de scène sans quelque dérision contre le culte , point de tableaux sans quelque effigie accusatrice , point de succès de littérature ou de société sans quelque trait décoché contre le sanctuaire et ses ministres ; et cela se passe au milieu d'un peuple religieux? Parce qu'il a des églises au-delà du nécessaire , un clergé riche et nombreux aussi au-delà du nécessaire , on croira qu'il a de la religion ? Ah ! cela y ressemble ,

le monde. Il a voulu n'omettre aucun de ses e'crits ; il ne s'est pas aperçu que Fénélon n'a et ne peut avoir qu'un livre, qui dispense bien de tous les autres, Télémaque. Il n'a voulu laisser ignorer aucune de ses actions dans sa controverse avec Bossuet , et il ne s'est pas aperçu qu'il n'était Fénélon que lorsqu'il avait cessé de controverser , et qu'il n'avait été grand que par la reconnaissance de sa faute. C'est tout ce qui reste de cette querelle 7 avec un fort vernis d'odieux sur le nom de Bossuet.

comme faisait ressembler à la santé la somptuosité des vêtemens à laquelle Louis XI ajou~ tait à mesure qu'il sentait ses forces défaillir, et la vie se retirer de lui.

Ce n'est pas ainsi que Ton est religieux.

Sous Louis XVI, la religion ressembla à la monarchie ; on croyait toutes les deux vivantes , elles étaient mortes. Elles étaient réservées à périr ensemble sous le prince auquel il devait être donné de les conserver ; car il avait toutes les vertus personnelles qui manquaient à ceux sous lesquels le mal avait été fait ; en politique, sans amour du pouvoir , sans oppression ; en religion, sans passions, sans rigorisme et sans scandale ; modèle dans l'état de famille , ce prince était dans ce juste milieu où place la raison , et qui , dans les temps ordinaires , fait la conservation. Mais, semblable à ces arbres qui poussent encore un feuillage verdoyant suspendu seulement à leur écorce , lorsque leur intérieur est miné par la pouriture; semblable encore à ces squelettes d'Herculanum qui, à travers les siècles, avaient conservé une apparence de vie , et qui tombaient en poussière au moindre contact de l'air ou de la main, eu France la religion a succombé au premier

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