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CHAPITRE VIII

Des écrits sur les affaires religieuses.

Dams le temps actuel , en religion comme en politique , tout ce qui se passe devient l'objet d'une discusion publique -, les hommes éprouvent le besoin de répandre leurs idées , et ce penchant que quelques-uns veulent représenter comme une maladie particulière du temps, n'est que l'elfet nécessaire de la communication des hommes entre eux et de la civilisation-, ils aiment à converser sur les affaires qui les intéressent en général , comme sur celles qni n'ont pour objet que leurs plaisirs ou leurs intérêts particulier. L'imprimerie est le moyen descoinmunicationsde la première espèce, comme la conversation Test de cellesde la seconde. Plus l'ordre des sociétés modernes s'affermira et s'étendra, plus l'usage des discussions publiques, sur tous les objets qui seront portés à la connaissance du public, ou qui rentreront dans ses intérêts, enfin qui peuvent l'atteindre de quelque manière que ce soit, deviendra habituel et général. Il faut savoir s'y attendre, et ne pas vouloir des sociétés sans ce qui les constitue. Les sociétés

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modernes sont ainsi faites, l'imprimerie en forme le nœud en quelque sorte -, il faudrait les dissoudre avant de les en priver , et celle-ci entre dans la vie moderne , comme les denrées nées dans un autre continent et que le nôtre a adoptées et savoure de manière à ne pouvoir plus en supporter la privation. Voyez ce qui se passe en Angleterre, et en Amérique où la discussion publique ne languit pas un seul jour, un seul instant ; aussi n'y a-t-ilrien qui soit plus dépourvu de sens, et je dirai même de sociabilité, que ces vagues dérisions dont quelques écrivains composent tout le sel de leurs déclamations contre les discussions politiques -, on voit des bommes dont la profestion est d'écrire , dont l'existence tient à l'imprimerie, qui comparaissent tous les jours devant le public, dans ces feuilles légères sur lesquelles chaque matin la curiosité recherche les évènemens de la veille , et le sujet de la conversation de la journée, on voit, dis-je, ces écrivains obligés gourmander les écrivains volontaires comme cédant à la manie et a la démangeaison d'écrire, comme si ceux-ci pouvaient et devaient rester étrangers au nouvel ordre des sociétés. Il n'est pas rare non plus de voir assigner à chacun les sujets qu'ils doivent regarder comme de leur domaine , en considérant les autres comme leur étant interdits. Tout cela est sans raison ? parce qu'il est

sans harmonie avec l'ordre du monde, et qu'il n'y a rien de sensé dans ce qui le choque ou le contredit. Il ne s'agit donc pas de rechercher les titres des écrivains, mais l'esprit de leurs écrits -, le nomhre de ceux-ci , mais leur valeur , et celle-ci dépend sur-tout du hut de ces écrits. Ce qu'ils proposent est-il faisable ? car par cela seul ils peuvent être utiles ; la décence se trouvet-elle dans l'expression, la mesure dans le ton , la vérité dans les principes , et dans leur application , dans l'allégation des faits , dans la peinture des hommes et des choses , l'éloge , Fencouragement doit appartenir à ces écrits, qu'ils croîssent et multiplient. Au contraire, servent-ils de moyens de propagation à des systèmes sans accord avec ce qui est établi généralement , sans liaison avec un ordre qu'on ne peut ébranler sans convulsions , à des peintures sans harmonie avec la couleur particulière à chaque fait , ainsi qu'à chacun des acteurs mis en scène -, alors que ces écrits inutiles aient le sort de toutes les inutilités, dont la diminution ne peut être un sujet de regret. C'est sur ces principes qu'il faut évaluer tout ce qu'a fait éclore l'apparition du concordat depuis 1817. Elle a rouvert la lice des discussions religieuses. Celles-ci ont pris un triple caractère, i° une hardiesse exagérée, et un ton de provocation ; 20 le rappel d'un ordre de choses impos-

sîble à effectuer , sur-tout dans ce temps -, 3° une discussion plus calme, bornée à l'examen des principes, et à Fexplanalion des faits avec l'indication des choses réellement applicables et dans le temps et par la nature même des clioses. Tl ne faut ni s'étonner, ni s'irriter de cette différence clans la manière de présenter les sujets; elle tient à la diversité des esprits-, aussi tout ce qui va suivre, loin d'avoiraucunbutde critique, ne tendil qu'à ramener vers le point que l'on croit le plus utile à la religion même , en préservant ceux qui, en écrivant, ont l'intention réelle de la servir, des égaremens qui peuvent faire méconnaître cette intention , ou la priver de son effet.

Quelques bommes, en traitant les questions religieuses, commencent par s'établir dans les hauteurs de la philosophie. C'est de ses sommités qu'ils considèrent ces questions, et qu'ils les jugent. De cette élévation ils voient le monde religieux comme une plaine rase, semblable en cela à ces navigateurs aériens à la vue desquels , du haut des cieux, les inégalités* qui couvrent la terre , ont disparu. Les hommes se complaisent dans cesspéculations indéfinies et sans bornes, parce que l'esprit y est au large , et qu'il aime à s'y trouver. Malheureusement aucune application n'est à l'usage de cette manière d'envisager les choses : le monde est une chose de fait.il tient par

mille racines h ce qui est : la correction , le reareS1 sèment, le changement n'arrivent que par l'action inaperçuedu temps,oubicn par la violence des ouragans-, mais ces cli an gem en s ne sont jamais l'œuvre de contemplations mises en pratique. On leur prêté l'oreille, mais on ne s'y conforme pas. Les déclamations sur les vices les plus difformes d'une civilisation n'y font pas renoncer ceux-là mèruesqui ont a en souffrir-, les démonstrations philosophé quessur les erreurs et les bizarreries des croyances religieuses qui couvrent la terre, n'amèneront pas à une abjuration générale :1e fonds de ces discussions abstractives est nécessairement la religion purement naturelle, et la destruction des cubes existans.On peut appliquera tous, ce que l'on dit d'un seul. Les satisfactions que l'esprit peut rencontrer dans ces spéculations n'en compensent pas les inconvéniens. Appliquée à la religion chrétienne , cette méthode établit tout de suite une ligne de démarcation au-delà de laquelle un écrivain catholique ne peut pas porter le pied. L ue considération importante me parait avoir échappé à ceux qui font choix de ce terrain , c'est celle du renfort que contre leur gré ils apportent à leurs adversaires , qui de leur côté $6 fondant sur un ordre de craintes en faveur de la religion, se servent des facilesdémonstrationsque cesécrits viennent leur offrir, pour se donner rai-

la

son à eux-mêmes et pour égarer la partie de la multitude quilessuit.Onne peut se faire l'ide'e du mal que Ton produit par ces explosions philosophiques , d'un ordre démesuré avec toutes nos circonstances. Que la sagesse préside à toutes nos démarches. Qu'avons-nous besoin de ces abstractions ? nous vivons dans un ordre donné : il a des inconvéniens , ils se font vivement ressentir; cherchons par ou nous pourrons en émousser les pointes sans renverser l'édifice jusqu'aux fonderaens. Eh quoi! nous combattons depuis nombre d'années , pour amener la cour de Rome à adopter un ordre qui cesse de troubler l'Etat , d'affliger l'Eglise , et l'on partirait de ce point si juste , je dirai même si naturel , pour arriver jusqu'à l'effacement du christianisme, pour le faire disparaître devant des considérations philosophiques, et purement spéculatives ! où se trouve la raison dans cette manière de procéder, qu'elle est la possibilité d'exécution ? On veut la tranquillité éternelle de l'Etat , et l'on demande de quoi le bouleverser! Ah! éloignons à jamais ces transitions aussi irréfléchies que démesurées , qui d'un seul point de conservation , fait passer tout de suite à des monceaux de ruines.

Les questions du concordat ont ravivé une espèce de controverse qui a eu son principe dans les querelles religieuses qui succédèrent à celles

du protestantisme ; un éloignernent très prononcé pour la cour de Rome, une grande âcreté dans la manière d'exposer un rappel continuel de l'antiquité et des libertés de l'Eglise gallicane, forment les caractères particuliers de cette école.

A l'occasion des concordats, elle a beaucoup demandé le retour de la pragmatique : le concile de INicée, celui de Bàle, ont été fort souvent allégués; on a cité Bossuet, on a redemandé les libertés de l'Eglise gallicane : cela revient à tout propos. Beaucoup d'instruction a été montrée-, de très bonnes intentions inspiraient ces réclamations. Qui plus que moi en est convaincu î... Mais elles laissaient toujours à désirer le point de l'utilité, c'est-à-dire celui de l'application. Rien n'est plus auguste que le concile de Nicée, c'est un de ces pivots de la foi chrétienne qui inspiraient à saint Augustin ce haut degré de vénération, qui lui faisait dire qu'il respectait les quatre grands conciles qui avaient déjà eu lieu de son temps, à l'égal des quatre évangiles. Mais la foi de Nicée n'est pas la discipline de Nicée ; l'une est immortelle comme la religion même, comme le ciel dont il fut l'organe ; l'autre est passagère et variable comme les sociétés auxquelles elle s'applique. La discipline de Nicée était sainte, elle a régi l'Eglise pendant des siècles; plût à Dieu quelle eût continué à faire sa règle!

Mais le temps et les vicissitudes auxquelles toutes les sociétés sont sujètes, ont agi sur elle. Le pouvoir canonique qu'elle avait placé là a été déplacé et porté ailleurs-, l'usage légal a montré a FEglise à le voir et à le reconnaître à cette nouvelle place. Que faut-il faire alors? L'arracher <Toù il est pour le replacer dans son premier poste. Mais comment? Vous ne pouvez pas même obtenir de la cour de Rome de régulariser l'usage de son pouvoir d'institution de manière à ne plus contrisler les princes et les églises, et vous allez lui demander de s'en dessaisir tout-à-fait î ïl s'agit de régulariser, et vous demandez d'abdiquer ou de reprendre ! Il s'agit d'éloigner tout prétexte de troubles, et vous commencez par leur ouvrir une large porte! La cour de Rome a acquis, par les attaques auxquelles elle a été en Lutte pendant vingt-cinq ans, une sauve-garde nouvelle, fondée sur les ombrages que le clergé et beaucoup de fidèles ont conçus en faveur de son autorité , par laquelle leurs craintes durent encore. On a tant fait, que l'ultramontanisme s'est fortement implanté en France , et c'est ce temps que l'on prendrait pour montrer l'intention d'enlever àRomel'autorité que l'ordre résultant des concordats lui a conférée, et qui est devenue l'état religieux reconnu par l'Europe catholique! Il n'y a aucune apparence de succès pour une direction

pareille -, il n'est pas plus profitable de se prévaloir des conciles de Bàle et de Coutance, de redemander la pragmatique, d'argumenter des réclamations passagères du clergé, des oppositio ns par lementaires et des quatre propositions du clergé en 1682.... Tout cela ne fait rien à la chose. Lu ordre différent a prévalu, il est devenu la loi du monde catholique -, s'il a des inconvéniens , réformez-les-, mais la manière de les consacrer, et celle-là serait la plus sûre, est de vous y prendre comme vous le faites. Vous voyez l'Europe entière agenouillée devant Rome, vous voyez votre clergé absorbé dans l'ultramontanisme-, vous pouvez à peine, à force de temps et de sueurs, ohtenir de Rome un provisoire pour votre épiscopat agonissant, et vous passez de ce point avec légèreté, à demander de reprendre l'ordre des conciles de Coutance et de Râle. En vérité, y pensez-vous! et quelle idée vous faites-vous de la manière de conduire les affaires parmi les hommes!.... Toute la scienca théologique des hibliothèques ne fait rien à ceci , ce n'est pas sur cette docte poussière que Rome compte pour se défendre, ce n'est pas davantage elle qu'elle craint, elle s'appuie sur la force des choses résultantes d'un ordre généralement établi, et qui a créé, dans tous les esprits, une disposition qui lui est favorable. Si, derrière ce rem-

part, Rome a bravé Louis XIV et Napoléon ; si, protégée par lui, elle en impose encore à l'Europe, qui n'ose pas attaquer la question véritable de l'institution, jugez ce que feront vos rappels de Nicée, de Baie, de Bossuet!... Rome a anathématisé les quatre articles du clergé j Bossuet les a abjurés, lorsqu'il a pu dire : Abeat ergo qubcumque voluerit ista déclarât io. A le bien prendre, ces articles mêmes étaient un hommage pour Rome -, ils n'attaquaient en rien son pouvoir. Napoléon, après les avoir médités, nous dit un jour, avec ce sens exquis qui lui appartenait : Jl n'y a rien dans vos quatre articles , dont vous faites tant de bruit , et il avait raison. C'est donc bien à tort , parce que c'est bien en vain que l'on va se perdre dans l'antiquité et dans des choses effacées depuis long-temps, pour sortir de l'embarras dans lequel on se trouve. 11 n'y a plus qu'une question avec Rome : une seule importe a la fois à la religion , aux élats et aux fidèles, celle de la régularisation de l'institution, de laquelle il résultera enfin un ordre où l'institution sera toujours assurée,les états toujours exemptésde troubles, les titulaires toujours à l'abri d'injustice , et les fidèles toujours a l'abri de la privation de leurs premiers pasteurs. C'est cet ordre qui avait été établi par le concordat de Fontainebleau } cet acte que l'on pourrait appeler la grande

cliarie de l'Eglise catholique, et qui, inévitablement, redeviendra sa loi. Les écrits qui se bornent à la rappeler, qui unissent la raison au sentiment religieux, la puissance du raisonnement avec le respect dû au chef de l'Eglise en général et en particulier , aux vertus de celui qui remplit dans nos temps ce poste élevé; les écrits qui ne demandent que des choses praticables, qui par là réunissent l'utilité générale et particulière, qui excluent l'aigreur, les provocations, la violence, les allégations irrespectueuses-, ces écrits, dis-je, peuvent seuls être utiles, parce que c'est à eux seuls que des sociétés éminemment policées aiment à se reconnaître et peuvent le faire. Ces sociétés ont besoin de la paix, c'est elle qu'elles demandent , et non point le concile de Nicée, pas plus que celui de Bàle, qui se rapportent à d'autres temps, et dont le retour est impossible. S'il faut cent ans de combats avec Rome pour les obtenir, il vaut mieux commencer par s'en passer et ne pas condamner le monde catholique, en attendant leur retour, à se voir troublé et dépouillé des premiers attributs du ministère ecclésiastique, qui est

l'épiscopat Que l'on régularise tout ce qui

concerne celui-ci, et tout est dit avec Rome; il n'y a plus de contestations possibles avec elle ; de son cùlé, clic n'aura plus de moyens de do-

iriination perturbatrice. Dès -lors elle rentrera clans le caractère qui l'honore, qui la fait chérir, qui l'associe à la Divinité, en la montrant uniquement comme la dispensatrice de ses bienfaits et comme le canal de ses grâces, et dans ce sanctuaire sans tache et sans reproche , les hommes n'ayant plus de motifs pour la craindre , n'en sentiront plus que pour la vénérer et pour la défendre.

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