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CHAPITRE XXVI

Motifs et droits du pape dans les refus directs ou indirects des bulles.

Par le devoir de sa place le pape doit pourvoir au service des églises. C'est-Là le but de l'institution. Il ne peut pas plus refuser le service à l'Eglise que le prince ne le peut à l'égard de l'État. Que dirait-on d'un prince qui entreprendrait de régler le mouvement de l'État sur les degrés de sa satisfaction propre, qui arrêterait le gouvernement quand il serait mécontent, et qui le remettrait en jeu, lorsque la satisfaction serait rentrée dans son cœur? Le pape n'est pas le chef de l'église pour lui, mais pour elle, parce que si elle peut se passer de tel chef, elle ne peut jamais se passer d'un chef. Tout ce qui entre dans l'intérêt de l'église en général, et dans celui de chaque église en particulier, ne peut donc se présenter aux yeux du pape que sous les rapports du devoir et par conséquent indépendamment de toute considération personnelle. Par les concordats, les papes ont le

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droit et par conséquent le devoir d'instituer(i) les évèques nommés par les princes. Ceux-ci en accordant au pape la faculté d'instituer, lui ont accordé une fort grande chose, et fort intéressante pour leurs États; Car le maintien de l'ordre religieux qui au premier chef a lieu par le maintien de Tépiscopat, et qui ne peut aller sans lui, est une chose fort intéressante pour les princes. Quand ils ont consenti à introduire le pape dans leurs États, ce n'est point inruinam, (mais,) in œdificationem. Ils ont voulu et entendu se conformer à des règles certaines et fixes et non point s'exposer eux et leurs États au jeu des passions, des fantaisies, ou des intérêts.

Les concordats sont des traités avec les papes : mais des contestations et des débats "n'annulent point les traités, ne suspendent pas leurs effets, surtout à l'égard des parties qui par la nature de ces contrats s'y trouvent intéressées. Les concordats n'ont jamais dit

(i) Je parle dans le sens de l'ordre établi par les concordats: on ne me soupçonnera pas, je l'espère, après tout ce que j'ai dit dans cet ouvrage, d'attribuer à un pouvoir temporel la dispensation d'un pouvoir spirituel.

que les bulles cesseraient d'être données, que les églises cesseraient d'être servies, et que les titulaires cesseraient de jouir de leurs droits, lorsque le pape croirait avoir à se plaindre d'un prince. Encore si la contestation même tombait sur quelque point qui par sa nature affectât la concession des bulles ou la rendit létigieuse, on apercevrait quelque fondement dans cette manière de procéder! mais lorsqu'il n'en est nullement question, à quel titre les y faire entrer? Les traités doivent s'exécuter dans l'esprit qui les a dictés. Or, c'est pour un service durable, et non passible d'interruption que le prince doit nommer aux évèchés, et par conséquent que le pape doit instituer. Ce n'est pour le pouvoir ou le plaisir d'aucun des deux que cette prérogative leur est conférée, mais pour assurer la perpétuité du service de l'église. Ainsi il a été réglé que si le prince laisse passer un terme fixé sans nommer, le pape est aussitôt saisi du droit de nomination. Pourquoi cela? C'est qu'on a senti que l'intention comme le besoin de l'église était que le ministère ne fut jamais interrompu. Par conséquent, quelle que soit la position relative du pape à l'égard du

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prince, et celle du prince à l'égard du pape, celui-ci a le devoir d'instituer parce que ce n'est pas au prince seul qu'il refuse un évêque, mais à l'église qui ne peut point s'en passer.

On a contracté à Rome une singulière habitude : celle de considérer les actes afférens à la religion comme des grâces. Des bulles sont des grâces î l'érection d'un évêché utile à l'église est mise au nombre des grâces! Quelle étrange confusion d'idées ! il faudrait inviter, remercier, et l'on fait grâce!

Dans le cas actuel , Napoléon érigeant un évêché dans une grande ville comme Mautauban où le protestantisme est encore en vigueur, faisait certainement une chose utile par elle-même pour la religion. Cet acte n'atteignait le pape chef de la religion catholique, que sous le rapport de l'utilité de l'église. Un siège épiscopal servant de contrepoids à un culte opposé, et très-nombreux dans une ville importante, ce siège placé dans une contrée où les sièges épiscopaux sont fort distans les uns des autres, présentait un avantage incontestable pour la religion. Il semble que le pape ne devait y voir que ce qui s'y trouvait, c'est-à-dire un bienfait pour la religion. La

demande de ce siège ne renfermait pas le rappel d'aucun des griefs que de son côté Napoléon croyait avoir contre le pape; car enfin , en toute contestation, chacun croit avoir quelque chose à alléguer. Il semble donc que la réponse devait correspondre à la demande, et que l'accord pur et simple de la bulle était la chose de convenance comme de devoir. Au lieu de cela qui était si simple , que fait-on ? Après une énumération étudiée de griefs étrangers à l'objet de la demande, on l'accorde, mais d'une manière offensante personnellement pour le prince, et de pluscontraire aux droits de l'Etat. Il eût été plus convenable de refuser ouvertement. L'effet eût été le même; car en donnant une chose que l'on sait ne devoir point être acceptée, on fait la même chose que si l'on ne donnait pas. Seulement on met de son côté des apparences qui trompent le vulgaire, ou servent les malintentionnés, mais qui n'en imposent pas plus aux esprits éclairés qu'elles n'échappent aux yeux elairvoyans. Il en était de même pour les bulles des évêques nommés. Le pape, en les conférant d'une manière irrégulière, ne les donnait pas du tout. 11 eût été plus franc, et t. ir. il

même il eût été plus juste de les refuser; carr en acceptant une démission, et en accordant une bulle irrégulière, le pape dépouillait régulièrement du premier siège, pourvoyait irrégulièrement à l'occupation du second, et par là exposait le titulaire k manquer de l'un et de l'autre, comme cela m'est arrivé. En acceptant ma démission de î'évèché de Poitiers, et en pourvoyant irrégulièrement à mon passage à l'archevêché de Matines, il faisait que je n'étais plus rien pour le siège de Poitiers, et que je ne pouvais être mis en possession de celui de Matines; par conséquent, d'un coté, il contribuait à me priver de mon premier siège, et de l'autre, il ne contribuait pas à m'assurer le remplacement par la jouissance du second. Cependant à Rome où se font toutes les translations de siège, on sait bien que l'on ne quitte pas un siège sans remplacement; mais il y a des momens dans lesquels les choses les plus simples sont celles qu'on a l'air de n'avoir jamais sues.

C'est en cela, que consiste le défaut de justice du pape à 1 égard des évêques nommés. Il les expose à perdre à la fois la place dont

ils se sont démis d'après toutes les règles de l'Eglise et de l'Etat, comme à manquer de celle à laquelle ces mêmes lois leur donnent droit. Le pape est le chef des évêques; à ce titre, ceux-ci Lui doivent le plus grand respect : mais il est éveque comme eux, et à ce titre aussi, il doit aux évoques la plus tendre sollicitude, et le plus grand respect pour leurs intérêts. Il n'y a point de maître dans l'Eglise; il y a encore moins de victimes des prétentions des uns, ou des intérêts des autres. La ju«ti( e y réside auprès de la charité, et son plus bel attribut est de s'y confondre avec elle. La justice extrême , rigoureuse, est pour les tribunaux humains, la justice de la charité siège dans les temples. C'est donc entièrement contre la justice de la charité que Ton se conduit, lorsque dans les affaires qui intéressent les membres de l'Église, à plus forte raison ses premiers pasteurs, le pape se conduit de manière à compromettre grièvement leurs intérêts, comme il nous est arrivé.

Lorsque sous Louis XIV le pape refusait les bulles à trente-cinq évêques, à cause de la régale, de l'abbaye de Charonne, des quatre

propositions du clergé, qu'avait tout cela de commun avec les bulles en général, avec chaque église vacante en particulier, avec les nommé saux évêchés ? Quel était l'article de foi , ou la règle de mœurs attaquée en général, ou transgressée par les nommés, et qui put leur être imputée? On voyait distinctement le défaut de liaison et par conséquent 4e raison entre le refus des bulles, et les causes de ce refus. On touchait, on palpait en quelque sorte l'injustice commise à l'égard des églises et des titulaires.

Dans cette circonstance les papes refusèrent ouvertement de pourvoir aux églises. Le temps comportait cette manière de procéder.

Aujourd'hui elle ne prendrait pas , et c'est parce que l'on s'en est aperçu, qu'on a eu recours à une autre méthode. On a senti que des ménagemens pouvaient être nécessaires, qu'il ne fallait pas s'exposer au reproche de laisser manquer directement les églises, mais que pour arriver au même résultat, il suffisait de donner des bulles inacceptables par le prince : qu'en le mortifiant autant que par un refus direct, on parviendrait à lui causer les mêmes embarras, parce que des bulles

non acceptées auraient le même effet dans l'Etal que des bulles refusées, et que de plus, elles feraient tomber les reproches sur le prince, et les détourneraient du pape, qui aurait toujours à alléguer pour sa justification, qu'il avait pourvu aux églises, autant qu'il était en lui. Cette tactique, toute subtile qu'elle fût, n'était pas propre à échapper à des yeux aussi pénétrans que ceux de Napoléon, non plus qu'à le ramener à des sentimens plus pacifiques; il entrait peu dans ses habitudes de céder. Entre up pontife sur le retour de l'âge, et un jeune guerrier, les armes étaient inégales : le pape était au-dessus de la plainte, au-dessus de la vaine satisfaction de faire ressentir une mortification à Napoléon, au-dessous de l'espoir de le ramener par des rigueurs: le pape avait fait une chose si grande, si religieuse, si honorable pour lui en joignant son pouvoir à celui de Napoléon pour rétablir la religion en France, qu'il est bien à regretter qu'il ait délaissé son propre ouvrage , et laissé une lacune dans i'épiseopat qu'il avait concouru à rendre à L'église gallicane. Les choses religieuses, grandes, propres v. rappeler les douces idées de la bienveil-

lance et'de la paternité évangélique, sont celles qui se mettent le mieux en harmonie avec le caractère divin des fonctions qu'exerce le chef de l'église, comme en particulier avec la douceur angélique du caractère de fie VIL

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